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De professeur des écoles à graphiste...


1. Initialement pourquoi étiez-vous devenue professeur ?

Je ne suis pas devenue enseignante par vocation. Après une DUT de gestion qui ne correspondait pas à mes attentes, j’ai passé le concours de l’Ecole Normale.

 

2. Combien de temps, dans quelle discipline et type d'établissements et comment avez-vous exercé ?

J’ai été institutrice (puis prof des écoles) pendant 20 ans. J’ai exercé dans plusieurs écoles, plusieurs milieux sociaux, tous les niveaux (de la petite section au CM2). Même si je n’ai pas choisi ce métier par vocation, je l’ai apprécié, j’ai beaucoup appris et fait de belles rencontres. J’ai été directrice pendant 5 ans. Je me suis beaucoup investie dans mon métier.

 

3.Qu'est-ce qui vous a donné envie de changer de voie, de quitter l’enseignement ?

A l’approche de mes 40 ans, je me suis posé beaucoup de questions sur la suite de ma carrière. Naturellement, je ne supporte pas la routine. J’ai essayé de voir ce que proposait l’Education Nationale mais parmi les rares possibilités (conseiller pédagogique, maître-formateur,...) rien ne me tentait ! C’est à ce moment là que les aspects négatifs du métier ont commencé à me peser : le Mammouth, le discours de la hiérarchie qui varie au fil du temps, l’école responsable de tous les maux de la société, les collègues qui font le minimum syndical et qui se plaignent à longueur de journée, le bruit des enfants… bref, une seule solution : partir.

 

4. Quelles démarches avez-vous alors réalisées, de la formation jusqu'à votre départ effectif ?

Partir… c’est résoudre 2 problèmes :

- le côté financier : car on ne peut oublier que l’on travaille pour gagner de l’argent ! De ce côté-là j’ai eu de la chance : mère de 3 enfants j’avais la possibilité de partir avec la retraite anticipée : avantage énorme je le conçois ! D’autre part mon époux gagnait correctement sa vie et ma perte de salaire n’était pas ingérable.

- le plus dur : que faire ? Lorsqu’on a enseigné pendant 20 ans, on a le sentiment de ne pas savoir faire grand-chose.

 

Mes démarches :

- J’ai pris contact avec l’Inspection Académique : mon but était d’obtenir un bilan de compétences (M. Sarkozy venait d’annoncer que tous les fonctionnaires y avaient droit !)(2007-2008) : La loi existe bien mais aucun crédit n’est attribué pour les bilans de compétences des enseignants ! D’autre part l’Education Nationale peut proposer certains postes de reclassement dans l’administration à condition d’être dépressif ! Ce qui n’était pas mon cas. Donc de ce côté-là aucune solution ne m’a été proposée.

- Je me suis renseignée sur le congé formation mais j’ai vite abandonné : après une année de congé formation, nous devons 3 ans d’enseignement à l’Education Nationale ! 

- J’ai découvert le site "Aide aux Profs" : je ne suis pas seule ! J’ai donc pris contact avec vous, j’ai répondu à votre questionnaire qui a fait apparaître ce que je savais déjà mais a permis de conforter mes centres d’intérêt : le domaine artistique et l’informatique.

- Après un an de réflexions et de recherches j’ai trouvé l’école « Lignes et Formation » qui propose des formations par correspondance (idéal pour la mère de famille de 3 enfants que je suis) dans les métiers créatifs. Je les ai contactés pour une formation d’illustratrice mais après un entretien avec un formateur celui-ci m’a suggéré la formation de «designer-graphiste ». J’ai financé moi-même cette formation.

- Mon projet était lancé : je me suis mise à mi-temps pour dégager du temps pour ma formation. J’ai travaillé, beaucoup travaillé mais j’ai énormément apprécié cette formation !

- Parallèlement les auto-entreprises commençaient à se créer un peu partout dans tous les domaines.

- J’avais un nouveau métier et une structure juridique pour lancer mon activité.

- J’ai quitté l’Education Nationale depuis maintenant 9 ans

 

5. Que faites-vous aujourd'hui ? Expliquez-nous votre seconde carrière.

Je suis graphiste et je réalise la communication visuelle de collectivités, d'entreprises ou d’associations (logotype / chartes graphiques / bulletins municipaux / brochures / dépliants / flyers….tout ce qui est du domaine du print).

 

Parallèlement, depuis un peu plus d’un an je crée des livres personnalisés pour les écoles, une façon de relier mes 2 carrières !  

 

En janvier 2013 j’ai changé de structure car mon CA dépassait la limite autorisée par l’auto-entreprise, je suis aujourd’hui en Entreprise Individuelle en tant que profession libérale.

Aujourd’hui, je suis bien installée dans cette nouvelle carrière, je suis arrivée à nouer des liens avec des professionnels de la communication et ensemble nous élaborons de nouveaux projets. 

 

Pas un seul jour, depuis septembre 2010, je n’ai regretté mon choix. J’aime mon nouveau métier et quelle joie lorsque mes clients me félicitent pour mon travail et mon investissement dans leur projet. Grâce à eux je découvre ce qu’est la reconnaissance dans le travail !

 

6. Quels conseils donneriez-vous à des professeurs qui souhaitent réaliser une mobilité comme la vôtre ?

"Lorsqu’on a enseigné pendant 20 ans, on a le sentiment de ne pas savoir faire grand- chose."

FAUX ! 

Je me suis rendue compte qu’au-delà de ma formation de graphiste, mes 20 ans d’enseignement m’ont permis de développer des compétences que l’on retrouve dans tous les métiers : capacité d’écoute, organisation, capacité rédactionnelle…. bref, contrairement à ce que l’on pourrait croire, on ne repart pas de zéro ! 

Aujourd’hui, avec mes clients, j’évoque mon passé d’enseignante avec fierté, c’est une force plutôt qu’une faiblesse ! 

J’ai gardé beaucoup de contact avec les enseignants car beaucoup d’histoires d’amitié sont nées de mes rencontres dans les écoles. Lorsqu’ils évoquent mon parcours, parfois avec une certaine envie, j’ai toujours droit à la même remarque : « Pour toi c’était facile, tu savais faire autre chose ! »

FAUX ! 

Je n’étais pas graphiste 3 ans avant de quitter l’Education Nationale, je n’imaginais pas possible de me reconvertir dans un monde professionnel si éloigné de mes 20 ans d’enseignement ! Et pourtant….

 

Pour réussir sa mobilité professionnelle, il faut juste y croire, faire preuve de patience, savoir s’écouter et foncer ! Quel bonheur !

 

 

 


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