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Médiapart a interviewé AIDE AUX PROFS sur le peu de Ruptures Conventionnelles accordées aux professeurs en France


Médiapart est l'un des derniers médias nationaux à ne pas censurer les propos de ses interviewés. Ce très bel article a respecté ce que nous y avons transmis : l'éducation nationale en France fonctionne comme une dictature planquée dans une démocratie. Les hauts fonctionnaires, administrateurs civils, Recteurs, Dasen, IGeSR, IA-IPR, IEN, Chefs de Division, qui constituent "la hiérarchie", se comportent en dictateurs locaux envers les professeurs. Très peu de ruptures ont été accordées en 5 ans.

 

Ainsi, alors que la loi DUSSOPT le 6 août 2019 promet des ruptures conventionnelles aux professeurs, prenant le relais des Indemnités de Départ Volontaire (IDV) qui ont été opérantes de 2009 à 2019, les 2 décrets du 31.12.2019 décrivant les modalités d'obtention des ISRC (Indemnité spécifiques de rupture conventionnelle) n'ont pas été correctement mis en application par cette usine à gaz qu'est l'Education nationale, plus prompte à agiter le chiffon rouge de la "nécessité de service" que d'accepter la demande du professeur.

 

De 2020 à 2025, les académies auront tout fait pour refuser le maximum de projets, plus de 15 académies n'ayant jamais publié de circulaire d'application de l'ISRC pour en informer les agents de leur académie, 15 autres académies ayant publié leur circulaire un ou deux ans seulement en l'oubliant ensuite, seules 10 académies l'ayant publiée chaque année de 2020 à 2025.

 

Dès le départ l'Education nationale, donc ses hauts fonctionnaires de la DGRH et des différentes académies, ont tout fait pour plomber ce dispositif voulu par le législateur.

 

MEDIAPART qui nous a contactés en mars 2025 pour ce très beau dossier a résumé parfaitement la synthèse de 5 ans de véritable calvaire psychologique que des milliers de professeurs demandeurs ont vécu, se confrontant lors de leur entretien à des IEN-RH, des IA-IPR RH, des Chefs d'établissement-RH, des Chefs de Divison-RH dont l'objectif principal aura été de destabiliser psychologiquement le professeur, de le décourager ("vous voulez créer une entreprise, mais de quoi allez vous vivre ? Vous feriez mieux si vous êtes fatigué(e) de demander un congé de longue maladie, ça ira mieux après"), par des questions perfides, par des silences insupportables (jusqu'à 6 mois de silence absolu sans réponses aux mails inquiets des demandeurs), par des remarques négatives "vous allez quitter vos élèves ? Seuls les traîtres abandonnent le navire".

 

Si nous faisions témoigner les presque 100 adhérents que nous avons accompagnés en 5 ans vers une rupture conventionnelle sur les remarques désobligeantes que tous ont entendu des hauts fonctionnaires des 30 académies d'où ils étaient issus, ce serait un véritable florilège de découragement, qui montrerait au grand public ce qu'est l'administration de l'éducation nationale intrinsèquement: un ministère qui veut attirer et retenir les professeurs sans leur accorder de droit au départ, les privant de leur liberté personnelle de mobilité tout comme elle met un zèle infini à les priver de leur liberté d'expression.

 

Le quotidien d'un DRH, d'un Chef de Division, c'est de refuser des ruptures conventionnelles, des démissions, des demandes de disponibilité, de détachement, c'est d'empêcher autant que faire se peut les départs, alors que la pression de ceux qui veulent repartir parmi les professeurs ne cesse de monter.

 

Ces 5 années (2020-2025) sont juste une honte pour la France de la manière dont se sont passées toutes ces demandes et ces 76% (en 2020-2021) à 85% de refus de toutes les demandes formulées (en 2022-2023 et 2023-2024).

 

Il nous a fallu maints et maints recours pour parvenir à arracher des professeurs à ces académies qui refusaient leur demande initiale sans tenir compte de la qualité de leur projet. Et les conseillers mobilité carrière, plaignons-les de tout notre coeur, devaient se plier aux décisions des Dasen, des chefs DEP, DIPE, sans pouvoir défendre la personne qu'ils avaient accompagnée, la décevant in fine. Une partie sont tombés en congé de maladie, mis sous pression par leur hiérarchie intransigeante et maltraitante.

 

Leur mission à ces conseillers mobilité ? C'est d'éviter que le professeur réussisse à quitter l'Education nationale. Toute obtention d'une rupture conventionnelle aura été vécue comme un échec pour l'administration, après avoir tout mis en oeuvre pour empêcher le professeur de repartir.

 

Tout ce dont l'éducation nationale a été capable pendant ces 5 ans c'est d'écoeurer les professeurs de faire la demande de rupture conventionnelle et de s'organiser ainsi pour que le moins de professeurs la demandent. Et ceux qui ont organisé les entretiens ont démontré leur manque d'empathie pour ceux qui comme eux (professeurs devenus IEN ou IA-IPR ou Chef d'établissement) avaient envie de faire autre chose, mais PAS dans l'éducation nationale pendant leurs 43 ans de carrière jusqu'à leur retraite.

 

L'éducation nationale n'a jamais créé les "500 postes par an" et encore moins les "1000 postes par an" de secondes carrières promis en 2005 par François FILLON Ministre de l'Education nationale puis par Dominique DE VILLEPIN Premier Ministre. Tout cela a été oublié.

 

A LA PLACE, l'éducation nationale a créé des plateformes de publication de postes à pourvoir avec des fiches de postes longues comme le bras décrivant les savoirs, savoir-faire et savoir-être attendus pour que chaque professeur même avec son Bac+5 se sente totalement incompétent. Voilà à quoi ont travaillé les académies: pour maintenir coûte que coûte le professeur en poste, il faut parvenir à lui démontrer qu'il sera incompétent ailleurs.

 

Le métier de professeur en France est l'un des rares où la mobilité professionnelle (hors mutation géographique est la plus faible en cours de carrière. Il y a à peine 1,5% de possibilités de faire autre chose pour 100 professeurs. Chef d'établissement, IEN, IA-IPR, Secrétaire général de collège ou de lycée, éventuellement concours pour revenir en catégorie B (quelle humiliation pour un catégorie A titulaire d'un Master2 !), voilà les rares possibilités que tous ces hauts fonctionnaires ont été capables depuis la réforme des retraites de 2003 et son article 77 sur les "secondes carrières", de concevoir, depuis 22 ans. Ils ont brassé du vent, se sont réunis, ont discuté, et il en est sorti pas grand chose.

 

François BAYROU veut faire des économies ? Il devrait commencer par amaigrir les administrations centrales et notamment celles qui coûtent le plus cher à l'Etat, celle de l'Education nationale: DGESCO, DGRH, DGESIP. Et fusionner tous les services qui existent en doublon dans toutes les académies et ces administrations-bis. Et on aurait peut-être un peu plus d'efficacité.

 

ARTICLE DE MEDIAPART du 28.08.2025

 

Et en accès public pour tous nos lecteurs ci-dessous:

 

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Pour retenir ses profs, l’Éducation nationale refuse les ruptures conventionnelles à la chaîne
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