
Reconversion après l'Enseignement | un Second Souffle
Devenir prof et se réorienter : au-delà des obstacles, une seconde carrière épanouissante
Reconversion dans l’enseignement : des mots qui résonnent de plus en plus souvent dans les salles des profs ou les groupes d’entraide sur les réseaux sociaux. En 2024, 3 185 postes d’enseignants n’ont pas trouvé preneur. Le constat est clair : l’école peine à recruter, mais aussi à retenir. Conditions de travail dégradées, perte de sens, pression accrue face à des élèves aux besoins toujours plus spécifiques… Autant de raisons qui poussent un nombre croissant d’enseignants expérimentés à envisager une seconde carrière.
Dominique CAZAURAN fait partie de celles qui ont osé franchir le pas, à un âge où cela devient difficile, 56 ans. Après un long parcours dans l’Éducation Nationale et une fatigue professionnelle difficile à ignorer, elle a choisi de se réorienter. Rencontre avec une femme qui a retrouvé son énergie dans son nouveau métier
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Évolution professionnelle des enseignants : des savoir-faire éducatifs, atouts pour rebondir
Reconversion ou mobilité : la carrière enseignante comme socle solide de compétences
Je ne suis pas devenue professeur des écoles tout de suite. Mon parcours a d’abord été tourné vers l’ingénierie : je suis diplômée dans le domaine de l’industrie graphique. J’ai également obtenu un DEA (Diplôme d’Études Approfondies) en sciences et génie des matériaux grâce à un double cursus. J’ai ainsi travaillé pendant une dizaine d’années, à la fois dans l’industrie et dans l’enseignement auprès de jeunes adultes. Par la suite, j’ai exercé dans le domaine de la veille technologique au sein de mon ancienne école.
C’est après la naissance de mon troisième enfant et plusieurs déménagements que j’ai choisi de passer le CRPE (Concours de Recrutement de Professeur des Écoles). J’ai un temps hésité avec le CAPES (Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement du Second degré.), mais c’est finalement vers le premier degré que je me suis tournée. J’avais depuis quelque temps déjà l’envie d’enseigner.
Une fois le concours en poche, j’ai intégré l’Éducation nationale où j’ai exercé pendant près de vingt ans, principalement en maternelle, dont sept années en tant que directrice.
À la fin de mes années d’enseignement, l’idée d’une reconversion vers la graphothérapie commençait à faire son chemin. J’ai commencé à me former tout en continuant à enseigner.
Mon expérience d’enseignante m’a beaucoup aidée dans cette nouvelle voie. Plusieurs compétences acquises au fil des années me servent aujourd’hui dans ma pratique :
- une bonne connaissance de l’enfant et de son développement ;
- une compréhension fine des programmes scolaires ;
- la capacité à construire des apprentissages progressifs ;
- la créativité pour inventer des activités adaptées ;
- et bien sûr, le lien avec les parents.
Concernant ce dernier point, ma posture a changé : les familles viennent désormais me voir avec une demande claire, parce qu’elles cherchent une aide ciblée. Cela donne un cadre d’intervention très différent, mais tout aussi riche.
Quitter l’Éducation Nationale : un parcours qui évolue, des expériences qui demeurent
Plusieurs projets menés durant ma carrière dans l’enseignement m’ont particulièrement marquée.
Le premier s’inscrivait dans le cadre d’un partenariat avec l’USEP (Union sportive de l’enseignement du premier degré). Ce projet s’intitulait Vélo citoyen. Après un cycle d’apprentissage du vélo, nous avons organisé avec la classe un déplacement à vélo entre Grenoble et Échirolles. L’objectif était d’apporter un message citoyen à une autre école. Beaucoup d’enfants ne savaient pas faire de vélo au départ de ce projet. Comme notre école était située sur un terrain en pente, il était compliqué pour certains enfants d’être à l’aise en vélo à ce moment-là. Mais ce fut une expérience forte et très valorisante pour les élèves.
Un deuxième projet que j’ai particulièrement apprécié, et que j’ai eu l’occasion de renouveler plusieurs années, concernait les classes vertes et les classes transplantées. Dans le cas de mon école, elles étaient organisées en montagne pour ne pas partir trop loin, puisque je travaillais avec des élèves de maternelle. Nous avons exploré différentes thématiques comme la faune et la flore en Chartreuse, ou encore un projet mêlant montagne et musique dans le Vercors.
Enfin, le troisième projet que j’ai eu vraiment beaucoup de plaisir à mener a été d’ordre artistique et culturel, en collaboration avec la mairie de ma commune. Nous avons travaillé avec des artistes locaux qui exposaient dans la ville. Des œuvres étaient prêtées à l’école, les classes visitaient l’exposition à la mairie, puis menaient un travail autour d’une technique ou d’un thème inspiré d’un artiste. Chaque classe faisait des œuvres un petit peu différentes, sur des thèmes différents. En fin d’année, nous organisions une exposition collective dans les mêmes locaux que les artistes, avec un vernissage en présence des familles. Ce projet a été un vrai moment fort, valorisant pour les enfants, et il se poursuit encore aujourd’hui.
Reconversion après l’enseignement : entre épuisement et besoin de renouveau
Changer de voie après l’école : retrouver l’énergie d’agir dans un nouveau cadre professionnel
Plusieurs raisons m’ont conduite à quitter l’Éducation Nationale.
La première, c’est une forme de fatigue. Ce n’est pas que j’avais l’impression d’avoir fait le tour de mon métier, mais j’éprouvais une fatigue liée au fonctionnement global de l’institution. J’étais de plus en plus lassée de ce cadre de travail souvent imposé et de cette hiérarchie que je trouvais rigide et peu empathique.
Il y avait aussi, parfois, une difficulté à trouver sa place au sein d’équipes où l’investissement et les visions du métier pouvaient diverger. Cela créait une certaine forme de décalage entre collègues.
Professionnellement, je trouvais que la gestion quotidienne de la classe devenait de plus en plus difficile. En maternelle, l’hétérogénéité des élèves est particulièrement marquée. Les aides disponibles, quant à elles, ne sont pas toujours adaptées, ni immédiatement accessibles. J’ai connu des années très éprouvantes, avec des enfants en détresse, très agités, qui criaient et qui étaient extrêmement difficiles à gérer. On nous demande de faire face à cela avec des outils, comme un tableau de comportement, mais ce dernier ne correspond pas toujours aux besoins réels de ces enfants.
Enfin, j’éprouvais de plus en plus de frustration. Frustration de ne pas pouvoir accompagner chaque élève comme je l’aurais souhaité, faute de moyens ou de solutions concrètes, tout en ayant la responsabilité de faire avancer l’ensemble du groupe.
Vieillir dans l’Éducation nationale : une inquiétude qui alimente les projets de changement
Concernant la crainte de vieillir dans ce métier, je l’ai clairement ressentie. Je ne me projetais pas jusqu’à la retraite en tant qu’enseignante. L’enseignement demande une énergie considérable. Et cette énergie que j’avais au début de ma carrière… je sentais bien qu’elle s’amenuisait. Peu à peu, j’avais la sensation de ne plus exercer mon métier comme je l’aurais voulu.
Par exemple, ce qui m’épuisait le plus vers la fin de ma carrière, c’était tout ce qui se passait en dehors de la classe :
- les fêtes de fin d’année ;
- les spectacles ;
- les kermesses ;
- les carnavals ;
- etc.
Autant d’événements qui mobilisent énormément de temps et d’énergie. À cela s’ajoutait la gestion du groupe classe, qui reste une part très exigeante du métier. Le travail en collectif, avec beaucoup de monde, tous ces aspects m’ont lassée.
Et puis, il y avait cette prise de conscience personnelle : la retraite approchait, mais je ne voulais pas passer mes dernières années à subir. J’avais encore envie de trouver une motivation dans mon activité professionnelle, de retrouver du plaisir à travailler. Aujourd’hui, je suis heureuse d’avoir pu rebondir. C’est très agréable de se retrouver à avoir très envie, à avoir l’énergie de faire autre chose.
Rester dans le système scolaire, mais autrement ? Une mobilité interne vite écartée
Me tourner vers un poste de chef d’établissement ou d’inspecteur ? Non, je ne l’ai pas envisagé. J’ai eu l’occasion d’exercer des fonctions de direction pendant plusieurs années, et cela m’a beaucoup plu. J’y ai découvert une autre facette de l’école : la gestion administrative, les partenariats, les échanges avec l’institution… C’était enrichissant. Mais malgré cet intérêt, j’étais heureuse de garder un pied dans la classe. C’était important pour moi.
Des fonctions purement hiérarchiques, comme celles de chef d’établissement ou d’inspecteur, ne me correspondaient pas. Il y a trop de rapports hiérarchiques dans ce type de poste. Je n’aurais pas trouvé d’épanouissement dans ces professions.
Curieux ou curieuse de découvrir le parcours d’un enseignant qui a choisi d’évoluer vers un poste d’inspecteur ? Voici le témoignage de Gérard, ancien professeur d’histoire-géographie devenu inspecteur d’académie (une interview réalisée par Rémi BOYER).
Seconde carrière des professeurs : se préparer, s’entourer, se lancer
Utiliser son expérience du milieu scolaire pour se réorienter
Mon parcours dans l’Éducation Nationale m’a permis de développer de nombreuses compétences qui m’ont été précieuses dans le cadre de ma reconversion en tant que graphoéducatrice.
Tout d’abord, j’ai acquis de solides capacités d’organisation. En tant qu’enseignante, l’organisation est essentielle, car la gestion du temps est primordiale dans notre métier.
Ensuite, l’adaptabilité est une autre aptitude que j’ai pu développer. En classe, nous devons constamment nous ajuster et réagir sur le moment. Parfois, nous n’avons pas une minute pour nous poser. Cette flexibilité, cette capacité à réagir et rebondir est indispensable pour répondre aux besoins immédiats des élèves.
Le travail en équipe a également été un aspect clé de mon expérience. En tant qu’enseignante, nous devons collaborer constamment avec nos collègues, ou d’autres partenaires comme les orthophonistes ou les psychologues scolaires. Nous avons aussi besoin d’être créatifs et polyvalents.
Aujourd’hui encore, l’organisation, la capacité d’adaptation et la créativité sont des compétences que j’utilise quotidiennement. Par exemple, je dois adapter des méthodes et créer des programmes d'apprentissage pour mes jeunes élèves. Je travaille également avec des adultes mais pas encore avec des seniors. Je pense que je vais pouvoir évoluer petit à petit vers ce secteur d’activité qui m’intéresse également.
Si un jour je devais conseiller quelqu’un qui souhaite se lancer dans ce métier, je lui dirais de bien prendre conscience qu’il s’agit d’un environnement qui peut sembler fermé au début. Entrer dans l’Éducation Nationale, c’est un petit peu comme entrer dans une boîte. Mais cette boîte n’est pas une fin en soi. Elle nous permet de développer des compétences qui ouvrent la porte à d’autres opportunités. Il faut par ailleurs être motivé, car la reconversion n’est pas toujours évidente, mais elle est tout à fait possible.
Reconversion après l’enseignement : l’accompagnement d’AIDE AUX PROFS
Dans le cadre de mon changement de voie professionnelle, j’ai été vraiment ravie de découvrir l’accompagnement d’AIDE AUX PROFS. Je suis tombée sur leur site un peu par hasard, en explorant les possibilités de réorientation hors de l’enseignement. Je lisais des forums, des témoignages, et c’est ainsi que j’ai trouvé leur site.
J’ai rapidement décidé d’adhérer. Les échanges avec Rémi BOYER ont été particulièrement constructifs. Ils m’ont notamment aidée à constituer un dossier solide pour ma demande de rupture conventionnelle. Lorsqu’on est en poste, tout ce côté administratif est un aspect complètement méconnu. On ne sait pas comment s’adresser à une hiérarchie qu’on n’a jusque-là jamais sollicitée (ou en tout cas pas pour ma part). Cet accompagnement a donc vraiment été déterminant.
J’ai aussi pu bénéficier de conseils concrets pour construire mon projet : élaborer un business plan, structurer mes idées. Cet ensemble a représenté du travail, bien sûr, mais cela m’a permis de donner une vraie cohérence à mon projet professionnel.
Quant à la question de savoir si l’administration m’a laissé partir facilement ? La réponse est non. Ma rupture conventionnelle ne m’a pas été accordée. Pourtant, mon projet était prêt, j’étais résolue à changer et pourtant AIDE AUX PROFS est remontée jusqu'au DGRH, au Ministre, à l'Elysée....comme ils l'ont fait maintes fois pour d'autres pour qui cela avait fonctionné. Je ne me voyais pas non plus prolonger en congé maladie qui, pour moi, ne faisait que repousser une évidence.
Mon entreprise était sur le point de démarrer, alors j’ai démissionné, AIDE AUX PROFS ayant fait le forcing au plus haut niveau de l’éducation nationale pour me permettre malgré le refus de rupture conventionnelle, de réussir à partir. Une fois ma lettre de démission envoyée, j’ai eu très peu d’échanges avec ma hiérarchie.
Se lancer dans une seconde carrière après l’enseignement : le grand saut
Une fois cette démission acceptée, j’ai ouvert mon cabinet de graphothérapie. L’ouverture a eu lieu l’an dernier. La graphothérapie, c’est un accompagnement autour de l’écriture : il s’agit d’aider, de rééduquer l’écriture lorsque celle-ci devient source de gêne, qu’elle soit illisible, trop lente ou douloureuse.
C’est une approche qui peut concerner aussi bien les jeunes enfants que les adolescents, les adultes ou les personnes âgées.
Chez les plus jeunes, on travaille souvent sur la posture, le geste graphique, le rythme… Chez les adultes ou les seniors, l’objectif est parfois différent : il peut s’agir d’adapter l’écriture suite à une pathologie comme l’arthrose, les tremblements, ou après un AVC, voire une sclérose en plaques.
À celles et ceux qui envisagent de quitter l’enseignement, je dirais qu’il faut s’armer de patience, et bien se préparer. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que la voie de la démission reste souvent la seule issue, car les ruptures conventionnelles sont de plus en plus difficiles à obtenir. Il faut donc anticiper : prévoir une sécurité financière, un matelas pour amortir la transition. Sans rupture conventionnelle, il n’y a pas d’allocation de retour à l’emploi.
Une seconde carrière demande par ailleurs une vraie foi en son projet. L’essentiel est de bien s’entourer : trouver des personnes positives, bienveillantes, qui croient en vous et en cette reconversion. Ce soutien-là est indispensable. »
Vous ou votre enfant rencontrez des difficultés avec l’écriture ? Que vous soyez parent, enseignant ou simplement concerné, si vous habitez autour de Saint-Égrève, Dominique CAZAURAN, spécialiste en rééducation de l’écriture, peut vous accompagner. N’hésitez pas à la contacter pour plus d’informations.
Adresse : 26, rue de la gare 38120 Saint-Égrève
Email : dcazauran.graphotherapeute@gmail.com
Téléphone : 06.59.01.58.91
La reconversion après l’enseignement n’est plus un tabou. C’est, pour certains, un choix vital pour retrouver du sens, de l’élan et un équilibre personnel et professionnel. Dominique en est la preuve : une carrière ne se résume pas à un seul métier.
Derrière les murs de l’école, il existe d’autres chemins où l’expérience pédagogique devient un formidable tremplin. Pour les enseignants en quête de renouveau, le plus difficile reste souvent de faire le premier pas.
Et maintenant ? Si vous êtes-vous aussi en quête de reconversion, vous pouvez adhérer à l’option IDÉES AIDE AUX PROFS vous y propose un véritable « 360° de vos possibles » pour identifier vos pistes d’évolution et affiner votre projet, bien plus économique qu’un Bilan de Compétences et tout aussi efficace.
Interview réalisée par C.K. SEO, Rédactrice web SEO pour AIDE AUX PROFS
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