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Tous ces professeurs ont trouvé leur oxygène ailleurs


AIDE AUX PROFS observe que d’année en année, de nombreuses possibilités s’offrent aux professeurs de ne plus enseigner, tous les moyens sont bons pour s’extirper de son métier quand le professeur ressent le besoin de « changer d’air».

 

Ce ne sont pas forcément des positions de reconversion, mais le fait de les utiliser montre bien que le professeur se sent mieux dehors que dedans en les utilisant, pour prendre le temps de réfléchir à autre chose, ou de s’occuper de sa vie personnelle.

 

Nous estimons que le nombre de professeurs en « année N » hors enseignement est situé au moins entre 40.000 et 60.000  (hors retraités et décès). 

 

Comment estimons-nous ce chiffre ?

 

Sources :

1) Situation rentrée 2018* : Note d'information, n°20.16 © DEPP d’avril 2020.

 

2) Observations du taux moyen de refus des disponibilités, des démissions et des détachements parvenant de toutes les différentes académies à notre association via ceux auxquels elle a été refusée.

 

3) Les « retours » des profs vers l’enseignement sont souvent des retours obligés pour ceux qui avaient obtenu une disponibilité pour convenances personnelles, écourté après 1 ou 2 ans par leur académie qui leur fixe un ultimatum : réintégrer, ou démissionner.

 

4) Ce travail d'une agrégée de sociologie travaillant sous la direction de Agnès VAN ZANTEN, Directrice de Recherches au CNRS, a montré que ceux qui contactent Aide aux Profs représentent la même répartition en % que leurs effectifs en % par académie.

 

SITUATION RENTREE 2018*

PROFESSEURS 1ER ET 2ND DEGRES

ESTIMATION DU TAUX DE REFUS/DEMANDES par Aide aux Profs

ESTIMATION PAR AIDE AUX PROFS DES DEMANDES REFUSEES

 

Congés maladies longs

CLM, CLD

>6.000

20% avec maintien en CMO*

>1.500

Postes adaptés de courte (PACD) et longue durée (PALD) et profs en occupation thérapeutique

 

>3.000

?

?

Congés maternités et congés parentaux

 

?

?

 

 

Activités non enseignante (réussite concours interne ou externe, décharge totale pour direction d’école, inspection, animation pédagogique, etc)

>17.000

?

?

Mises à disposition

<50

?

Les postes MAD sont en voie de suppression

Détachements administratifs

>1.500

60% refus de départ

 

>2.500

Détachements postes enseignement (étranger, supérieur, etc)

>10.000

?

Disponibilité de droit pour enfants moins de 12 ans, pour suivi de conjoint

 

>3.000

-

-

Disponibilité (sous réserve de nécessité de service) pour convenances personnelles

 

<600

70% refus

>2.100

Décharges syndicales

Réparties sur 6.000 profs environ (estimation Aide aux Profs)

2.390 ETP

(chaque syndicat gère son quota comme il veut)

-

Démission des titulaires

 

1.399

70% de refus

>2.500

 

Démissions des stagiaires (en cours de formation)

864 (cf Bilan social MENJ 2017-2018 dans réponse au Sénat du 05.12.2019)

 

-

-

Licenciement (dont des professeurs qui abandonnent leur poste car leur démission a été refusée)

660

Cf refus sur les démissions et les IRC

 

Rupture conventionnelle avec indemnité (IRC)

296

76% de refus en 2020 (80% estimé par Aide aux Profs pour l’année 2021)

 

740

Départ en retraite (souvent anticipée en amputant son taux de pension)

 

>13.500

 -

 

Décès (dont certainement les suicides, le plus petit nombre annuel a été donné en 2018)

 

454

-

-

 

TOTAL DES DEPARTS (en « année N »)

 

>63.700

 

 

>9.340

 

Aide aux Profs constate, sur toutes les académies, que les départs des professeurs sont faibles en % car leur hiérarchie refuse en majorité tout ce qui n’est pas « de droit » :

- disponibilités pour convenances personnelles,

- démissions,

- ruptures conventionnelles avec indemnités.

 

Des centaines de professeurs qui avaient obtenu une disponibilité de ce type se voient obligés de revenir au bout d’un an ou deux, sous la contrainte de leur administration (et une partie préfère alors démissionner).

 

Systématiquement le système de GRH fonctionne par l’injonction, la contrainte : c’est juste de la gestion d’effectifs, le professeur en France n’est pas un cadre moyen de catégorie A comme les autres : il n’a pas la liberté de sa mobilité professionnelle. Il doit sans cesse demander des autorisations à faire ceci ou cela, avec en face des chefs de Division plus habitués à refuser qu’à accepter.

 

Redonner de l’attractivité au métier de professeur, au 21e siècle tel que nous le vivons, avec le pouvoir de chaque professeur de s’exprimer librement sous pseudo sur les réseaux sociaux (beaucoup de groupes de profs sur Facebook, totalisant plus de 30.000 profs, échanges régulièrement leurs recettes chaque année pour partir définitivement), ne réussira pas par des campagnes de publicité à coups de millions d’euros ni par des témoignages de professeurs heureux ou d’inspecteurs incitateurs, tant que chaque professeur mécontent, frustré, constituera un contre-pouvoir bien plus influent.

 

La seule solution qu’a le management de l’Education nationale, qui peine à changer radicalement de « logiciel psychologique de fonctionnement », est de supprimer les nécessités de service pour tous les professeurs de plus de 15 ans d’ancienneté, afin de considérer qu’à partir d’un investissement de 15 ans, le professeur, cadre A, doit être autorisé à réaliser la mobilité de son choix, sans en être empêché.

 

Si le métier le plus beau du monde est réellement le métier le plus beau du monde, il faut changer complètement de mode de fonctionnement et revaloriser moralement les professeurs dans le libre choix de leur évolution professionnelle. Or depuis 2011 (Ministère de Luc CHATEL) les nécessités de service ne cessent d’augmenter, une forme d’infantilisation professionnelle que ne supporte plus la génération nouvelle des professeurs, de moins de 15 ans d’ancienneté.

 

La note n°20.16 de la DEPP d’avril 2020 écrit « seulement deux enseignants sur mille démissionnent ». Elle oublie d’écrire que ce sont les Recteurs, les Dasen, les Chefs de Division, les DRH, qui unissent leurs forces pour limiter a minima ces démissions, créant de multiples frustrations chez des diplômés d’un Master 2, d’un Doctorat, d’une agrégation, d’un diplôme Sup de Co ou Science Po parfois. Ce mode opératoire ne convient plus du tout à la gestion de cadres de catégorie A aussi diplômés, qui se sentent enfermés, comme capturés, emprisonnés, empêchés de partir, pour la minorité qui veut partir (et que nous n’estimons pas à 1.400/an, mais à plus de 4.500 par an en termes de demandes initiales).

 

Le comportement des professeurs a beaucoup changé avec le numérique, qui plus est avec la covid19 et l’envolée des reconversions des salariés du privé, ce qui a accentué les demandes de départs des professeurs en poste, et les académies, qui ont du mal à recruter, n’arrivent pas à gérer ce flux, et passent systématiquement par une politique de frustration - sans aucun état d'âme apparemment tellement leurs primes statutaires de hauts fonctionnaires sont importantes - des professeurs expérimentés.

 

Avec une inflation actuelle en France déjà de 1,9% ce qui signifie une perte annuelle de pouvoir d’achat de 410,40 € pour un professeur qui gagnerait 1.800,00 € nets/mois, l’augmentation des professeurs en 2021 de 29 à 57,00 €/mois ne suffira donc pas à revaloriser une profession négligée depuis 30 ans par les gouvernements successifs. Et c'est sans compter l'augmentation du gaz...

 

Le gel de l’indice de la fonction publique y est pour beaucoup, et on voit mal comment un gouvernement pourrait redonner de l’attractivité au métier de professeur autrement qu’en augmentant le turn-over entrées/sorties, en revenant à des concours au niveau de la 3e année de Licence, et en augmentant le recrutement de contractuels sur des contrats sécurisés de 2 à 6 ans avec progression indiciaire garantie tous les 2 ans par exemple (nous le suggérons) et prime de risque selon la nature de l’établissement scolaire d’affectation.

 

Il ne sert à rien de "serrer la vis" et de jouer les cerbères aux issues pour ceux qui veulent s'en aller.

 

Il devient urgent, du fait de la conjonction des départs croissants en retraite des générations du baby-boom et de la pénurie de bons professeurs aux concours, de concevoir un recrutement au niveau de l’EPLE, au lieu de continuer à laisser le national ou l’académique gérer les choses. Chaque chef d’établissement est le plus pertinent pour gérer ses richesses humaines, et le recrutement pourrait être confié aux professeurs de chaque discipline les plus expérimentés, avec avis consultatif du chef d’établissement.

 

Le rapport de la médiatrice de l’Education nationale et de l’enseignement supérieur de l’année 2020, Catherine BECCHETTI-BIZOT, « favoriser le bien-être pour la réussite de chacun », a mal choisi son titre, puisqu’elle indique 18.800 saisines, soit 18% d’augmentation en un an, « 3.000 de plus qu’en 2019, où la situation s’était déjà révélée très tendue ». 16% des saisines proviennent de difficultés liées au déroulement de carrière. 15% des saisines sont liées à l’organisation du travail, avec les problèmes de management.

 

Aide aux Profs attire l'attention de tous ses lecteurs sur le cas de ce professeur des écoles empêché depuis 3 ans dans son département par ses Dasen successifs de démissionner pour obtenir d’abord son IDV, puis son IRC (puisque l’IDV a été supprimée depuis le 30.06.2020) afin de créer son entreprise. Il a gagné par deux fois au T.A, mais la décision du T.A n'a pas été appliquée. Voilà la manière dont un Cadre A d’enseignement est traité malgré ses « bons et loyaux services antérieurs ». 

 

Au 21e siècle, non, ce n’est plus possible de gérer les professeurs de cette manière si l'objectif de la "belle et grande maison" est réellement de redonner de l'attractivité au métier de professeur. 

 

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Commentaires: 2
  • #1

    VOISIN (jeudi, 02 septembre 2021 11:28)

    Bonjour, j ai entamé des études pour être psychothérapeute. Quelle démarche a suivre pour quitter le navire ensuite ? Je n en peux plus.

  • #2

    Aide aux Profs (jeudi, 02 septembre 2021 14:29)

    Bonjour
    Nous contacter par exemple ici
    https://www.apresprof.org/accueil/comment-adherer/
    Cordialement.