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LES EXEMPLAIRES : hommage à Christine RENON


Guillaume CRETON est scénariste et réalisateur. "Les Exemplaires" est son 1er film, en hommage au professeur des écoles Christine RENON autour duquel il a réuni toute une équipe d'acteurs, et de professionnels techniciens du cinéma. Après une Fac d'anglais poursuivie jusqu'en Licence, il poursuit 3 années à 3IS (Institut International de l'Image et du Son) et décide de réaliser ce court-métrage sur un sujet grave qui le sensibilise: le suicide des professeurs "dans les murs" . Un appel au secours qui n'est pas assez entendu de leur employeur...

 

 

Aide aux Profs lui a proposé cette interview pour connaître les raisons qui l'ont incité à rendre hommage à ces hommes et ces femmes, ces professeurs, qui décident un jour de se suicider dans les murs de leur école, de leur collège, de leur lycée, un geste qui reste incompris de leur employeur qui invoquera toujours "des problèmes personnels" ou "une fragilité psychologique" sans jamais remettre en question son fonctionnement interne, son mode de management, ni les multiples difficultés que peut endurer un professeur professionnellement.

 

Puisse ce puissant court-métrage continuer d'ouvrir les yeux et les consciences de celles et ceux qui se donnent bonne conscience en préférant incriminer l'individu plutôt que l'institution dans certains de ses gestes désespérés.

 

1. Vous avez choisi de réaliser un court-métrage sur le suicide d'une professeure, pourquoi avoir pris ce thème ?

 

Nos professeurs à 3iS Bordeaux nous avaient fortement conseillé de traiter un sujet de société sur lequel nous pouvions faire beaucoup de recherches afin d’être vraiment ancré dans le réel. Après deux pitchs dont je n’étais pas fier, j’ai ouvert le journal en ligne et j’ai cherché pendant des heures un sujet de société à traiter.

 

Je suis alors tombé sur un article parlant de l’histoire de Christine Renon. 

Cette histoire m’a immédiatement touché et après avoir lu sa lettre, j’ai passé le reste de la journée à faire des recherches sur elle et sur les conditions de travail des professeurs. Au détour d’un article, j’apprends que ceux qui ont reçu sa lettre avaient reçus des pressions pour ne pas la diffuser. Je me suis alors dit que cette image d’un politique venant mettre la pression sur des professeurs endeuillés était très cinématographique. Les jours qui ont suivis, j’ai lu des interviews, visionné des reportages, interrogé des professeurs autour de moi et j’ai compris à quel point les conditions de travail des professeurs étaient exécrables. 

 

 De plus, les problématiques des professeurs (manque de moyens, manque de considération etc.) sont des problématiques applicables à d’autres métiers essentiels, ce qui me permettait de traiter en sujet de fond la sourde-oreille et l’incompétence des instances dirigeantes. 

 

2. Dans ce film, les professeurs sont très virulents vis-à-vis du recteur : pensez-vous que ça se passerait ainsi dans la réalité ? Qu'avez-vous voulu montrer ainsi ?

 

Oui, c’est une remarque qu’on m’a souvent faite. « Ça ne se passerait jamais comme ça dans une vraie réunion. » Certes, mon intention était d’être assez réaliste au niveau des problèmes abordés ou des éléments de langage du recteur mais il faut se remettre en tête qu’il s’agit là d’un film de fiction avec une intention de réalisation et un propos. Certes, ce genre de réactions virulentes a très peu de chance d’arriver dans la réalité, malheureusement. Mais elles représentent l’état d’esprit et le ras-le-bol des professeurs.

 J’ai donc mis en scène dans ce film ce que j’aurai aimé qu’il se passe. A mon sens, face à un tel comportement venant d’un politique, c’est ce genre de réaction qu’il faudrait avoir pour montrer notre désaccord. Si les politiques n’écoutent pas les professeurs, il faut bien se faire entendre ! Cela m’a fait penser à la réaction d’Adèle Haenel aux Césars : face à un événement inacceptable, « On se lève et on se casse ».

 

3. Attendez-vous une prise de conscience de l'Education Nationale sur sa posture vis-à-vis du suicide d'un professeur "dans les murs", après avoir vu ce film, et quelle pourrait-elle être ?

 

En écrivant le scénario, j’avais une idée assez précise des réactions que je souhaitais. Mais je n’attends aucune prise de conscience de ceux qui dirigent l’Education Nationale car ce sont eux qui font les règles. On dit souvent que les dirigeants sont déconnectés et qu’ils ne connaissent pas la réalité du terrain. Mais avec le recul, je pense justement qu’ils sont très au courant de ce qui se passe mais décident sciemment de ne rien faire et de tout balayer sous le tapis.

 

Face à un tel niveau d’immoralité, mon film n’a aucune chance de faire prendre conscience de quoi que ce soit.

 

La cible de ce film est donc plutôt ceux qui ne font pas partie de l’Education Nationale. Tout ceux qui en m’écoutant dire que les conditions de travail des professeurs sont atroces me répondent « Eh les profs ils travaillent 18 heures par semaine et ils sont toujours en vacances, y a pas de quoi se plaindre. »

Mon but c’est d’essayer de démystifier leurs idées reçues et faire en sorte que les gens s’intéressent un peu plus à l’éducation que l’Etat offre à leurs enfants.

 

4. Vous avez nommé ce court-métrage "Les Exemplaires" : qui doit être exemplaire selon vous ? Les professeurs, ou l'institution ?

 

Je suis très content de ce titre et je le dois à Monsieur Blanquer. Dans sa réforme sur « l’école de la confiance », c’est lui qui demandait aux professeurs d’avoir un comportement exemplaire, ce qui ne veut rien dire. Exemplaire pour qui ? Par rapport à quoi ? J’ai vite compris que pour Blanquer, être exemplaire, ça veut dire se taire.

 

Le titre est donc une référence à cette réforme mais elle a deux sens qui jouent sur la polysémie du mot. Tout d’abord, je donne à Monsieur Blanquer ma vision de l’exemplarité : hors de question de se taire, il faut se lever, crier et montrer l’exemple à ceux qui n’osent pas se lever. 

 

D’autre part, j’ai compris que le système dans lequel évoluent les professeurs et les élèves avait pour conséquence de faire d’eux des « exemplaires », des copies conformes. Il faut aller vite, trop vite, finir les programmes, ce qui laisse peu de temps pour la création, le débat. Tout le monde est cuit dans le même moule et pense la même chose. Brider l’éducation, c’est être sûr de produire une nouvelle génération incapable de réfléchir par elle-même.

 

5. Le suicide est-il mieux traité dans d'autres environnements professionnels ? Avez-vous des exemples ?

 

Les références qui me viennent directement sont "Au nom de la terre" d’Edouard Bergeon pour les agriculteurs, "Polisse" de Maïwenn pour les policiers, et "En guerre" de Stéphane Brizé pour le monde de l’industrie. Le suicide joue un rôle important mais il intervient à la fin du film pour cristalliser le mal-être des personnages. Mon traitement du suicide était différent : il n’était pas une conséquence des événements du film mais un point de départ pour une réflexion. Il n’est pas question d’empêcher que cela arrive mais de comprendre pourquoi cela arrive. L’une de mes références était Corporate de Nicolas Silhol où une DRH fait face au suicide d’un employé et où la froideur des réactions des patrons a beaucoup inspiré le traitement du recteur.

 

Je ne sais pas si le suicide est mieux traité dans d’autres environnements professionnels mais en tout cas, il est minimisé quand il s’agit des enseignants. Quand je parlais autour de moi du suicide des professeurs, on me répondait souvent « Mais ils ne se suicident pas à cause de leur travail ». Alors que c’est une phrase que personne ne songerait à dire si on évoque la vague de suicides chez France Telecom. 

 

Oui, il serait trop simple de dire que le travail est la seule et unique raison de leurs gestes. Mais je considère que quand on passe un tiers de sa vie à travailler et dans les conditions décrites par bon nombre de professeurs, il est idiot de penser que le travail n’aggrave pas l’état psychologique des professeurs, en plus de les épuiser physiquement.

 

Tout ça car le métier de professeur traîne encore une réputation de « gréviste-fainéant-râleur-privilégié. Alors que si on regarde un peu les archives, les problématiques des professeurs d’aujourd’hui sont très similaires à celles du siècle dernier. Rien n’a changé, même les mentalités.

 

6. Quels sont les autres thèmes de réalisation qui vous inspirent dans les tensions que notre société vit aujourd'hui ?

 

 

Il y a beaucoup de thèmes que j’aimerais traiter à l’avenir mais récemment, le thème qui m’a le plus marqué, c’est celui des violences policières et les violences étatiques en général. A l’origine, au début du film, les professeurs reprochaient au recteur la violence des CRS lors de la marche blanche organisée le jour de l’enterrement de leur collègue. Mais j’ai décidé de couper ce moment du montage final pour raccourcir le film et le rendre plus impactant. Mais ce n’est que partie remise !

 

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Le suicide est un thème traité sur nos sites d'Aide aux Profs, vous trouverez de nombreux exemples de suicides relayés par les medias sur cette rubrique

 

Christine RENON

 


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