Tiphaine, Professeur des Ecoles, est devenue Graphothérapeute


Vous avez été professeur des écoles pendant 14 ans. Quel a été l'élément déclencheur de votre envie d'évoluer professionnellement ?

 

Plusieurs éléments ont concordé lors de mes réflexions pour évoluer et changer de métier.

En effet, le métier a changé en une quinzaine d’années notamment les conditions d’exercice de celui-ci (effectifs chargés, RASED en voie d’extinction, inclusion des élèves handicapés dans les classes sans formation ni moyens supplémentaires, gestion des conflits familiaux).

 

Aussi, l’impression d’une hiérarchie très éloignée des problématiques de terrain et peu reconnaissante du travail effectué.

 

Aussi, au cours de ma carrière, j’ai rencontré énormément d’enfants souffrant de troubles des apprentissages. Ces dernières années, j’ai constaté sur le terrain une augmentation des élèves « dys » (dysorthographiques, dyslexiques, dyspraxiques…) en particulier dysgraphiques dans les écoles. Peu formée quant à la prise en charge de ces élèves à besoins spécifiques dans les classes, je me suis sentie un peu démunie. J’ai donc approfondi mes connaissances (livres, conférences, rencontres…) du monde des « dys ».

Je me sentais impuissante dans des classes dotées de gros effectifs pour aider les élèves rencontrant des troubles d’apprentissage ou handicapés.

 

Face à ce constat, j’ai choisi de me former afin d’accompagner au mieux et de façon plus individuelle les personnes rencontrant des difficultés avec leur écriture.

 

Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir graphothérapeute et qu'y faites-vous ?

 

Tout d’abord, j’ai effectué un bilan de compétences (à mes frais) afin de m’aider dans mes réflexions. La conclusion de ce bilan indiquait que ce métier correspondait bien à mes valeurs et ma personnalité mais que les conditions d’exercice de celui-ci devenaient trop compliquées. Par hasard, grâce au magazine local de ma ville, j’ai été informée de l’installation d’une graphothérapeute (Elise Harwal) dans ma ville. J’ai eu la chance de pouvoir la rencontrer et découvrir ainsi son métier.

 

Je me suis ensuite formée sur Paris au métier de graphothérapeute avec le CNPG puis j’ai complété ma formation avec une spécialisation en graphothérapie clinique au sein du Geste Graphoformation.

 

Mon conjoint ayant trouvé un nouveau travail sur Grenoble, j’ai fait ma demande de mutation pour l’Isère que je n’ai pas obtenue. Je suis donc actuellement en disponibilité. Après plusieurs mois d’installation, de préparation et d’élaboration de mes outils de communication, j’ai ouvert mon Cabinet de graphothérapie chez moi et j’en suis ravie.

 

En tant que graphothérapeute, je reçois donc des enfants, des adolescents et des adultes qui rencontrent des difficultés avec leur écriture en particulier lorsque celle-ci est difficilement lisible, peu soignée, trop lente, fatigante ou douloureuse. La situation est appréhendée dans sa globalité.

 

Dans un premier temps, je réalise un bilan complet (2h) afin d’évaluer les possibilités et difficultés du patient face à son écriture. Celui-ci comprend l’anamnèse (échange avec les parents) puis différents tests afin d’adapter le plan de rééducation aux difficultés spécifiques rencontrées.

 

Dans un second temps, je propose un plan de rééducation personnalisé de l’écriture et si nécessaire une réorientation vers un autre praticien (orthophoniste, psychomotricien, orthoptiste, ergothérapeute, pédopsychiatre…).

 

La rééducation se déroule sous la forme de séances hebdomadaires (45 mn) à partir d’exercices ludiques et pédagogiques. Les axes de remédiation sont divers tel que la posture, la concentration, l’équilibre, la motricité fine, la vitesse, la latéralité, la pression, les formes pré-graphiques etc. en fonction des besoins spécifiques.

 

En quoi ce métier peut-être une évolution professionnelle intéressante pour un professeur ? Quelles compétences, développées dans l'enseignement, vous ont servi ?

 

L’évolution professionnelle peut être intéressante dans le sens où l’on passe d’un apprentissage collectif à un apprentissage individuel. On prend ainsi le temps d’accompagner les familles et les patients de façon personnalisée. C’est cette proximité et cet accompagnement parfois sur le long terme qui me semblent intéressants. Je me sens beaucoup plus utile pour les élèves qui en ont le plus besoin notamment ceux qui rencontrent des troubles dans les apprentissages.

 

Beaucoup de mes compétences développées dans l’enseignement me servent dans cette nouvelle voie professionnelle : le relationnel avec les familles et avec les enfants (puisque je m’occupe majoritairement d’enfants), l’écoute, la patience, la pédagogie pour transmettre et construire des séances de rééducation, des progressions, la capacité à développer des approches ludiques notamment par le jeu pour rééduquer, le sens créatif et l’imagination pour proposer des activités plastiques, les connaissances en graphisme, écriture et en développement de l’enfant, l’autonomie pour gérer son temps, son matériel et son budget, les capacités à travailler en équipe pour développer un réseau avec les professionnels de santé mais aussi de l’éducation.

 

Quels conseils donneriez-vous à un professeur qui souhaite changer de métier en quittant les élèves ?

 

Je n’ai pas réellement quitté les élèves puisque je continue à accompagner des petits patients toutes les semaines. La graphothérapie s’apparente à une forme d’enseignement.

 

Je conseillerai de ne pas rester seul(e) dans ses réflexions, d’évaluer les avantages et inconvénients à quitter son métier actuel, d’en parler à son entourage, de provoquer les rencontres pour discuter avec des professionnels dont le métier peut nous intéresser, de se mettre en contact avec d’autres professionnels en se créant un profil sur Linkedin par exemple, de se faire aider et de réaliser un bilan de compétences pour ceux qui le peuvent.

 

Aussi faudra-t-il bien penser et bien préparer son projet (en impliquant toute sa famille dans ce changement), quitte à ne pas totalement quitter son poste dans un premier temps pour changer progressivement et être sûr que le nouveau projet correspond bien aux idées que l’on s’en faisait.

 

Enfin, je dirai à ceux qui veulent se lancer, de se donner les moyens d’aller au bout de son projet pour ne pas avoir de regrets. Aujourd’hui, je ne regrette rien et je suis heureuse d’avoir trouvé la force d’évoluer.

 

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