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De la GRH de proximité: feu de paille ?


Le rapport des Inspections Générales sur la GRH de proximité a été publié le 16 avril 2019.

 

Ce rapport arrive beaucoup trop tôt selon Après Prof pour juger réellement de la réussite ou non de cette expérimentation. 

 

Les inspecteurs ont enquêté auprès de 20 académies qui disent toutes avoir mis en place un dispositif. Nous ne nous en étions pas aperçus, certaines académies font comme si elles pratiquaient depuis longtemps la GRH de proximité, ce qui nous inquiète car cela signifierait qu'elles sont prêtes à ne rien changer dans leur mode de fonctionnement.

 

Lorsqu'une académie affecte un professeur loin de chez lui ou dans plusieurs établissements et attend qu'il soit en souffrance pour lui proposer un stage de gestion de son autorité en classe, il y a maltraitance institutionnelle et absence de GRH de proximité, selon nous. La vraie GRH de proximité doit être celle de l'anticipation, celle de la prévention des difficultés, et non celle de la seule remédiation. Ce doit être aussi la GRH qui concilie, qui arrange, qui écoute. Alors que la GRH de proximité actuelle est une succession de lenteurs et de refus. C'est incompatible avec une bonne QVT pour les professeurs.

 

Si la prise en charge des difficultés semble être réalisé partout, en revanche, le conseil en évolution professionnelle semble en devenir. Nous avions constaté entre 2012 et 2017 que le nombre de CMC a été réduit, lors d'un quinquennat qui a été marqué par le recul des efforts du quinquennat précédent sur les possibilités d'évolution professionnelle hors enseignement.

 

Le rapport indique clairement que les moyens manquent, et que les solutions trouvées par les académies risquent fort d'être un nouveau pansement sur une blessure qui reste bien ouverte. Faire appel à des attachés stagiaires des Instituts Régionaux d'Administration, ou faire appel à des directeurs de CIO, faire appel à des psychologues du travail de l'Education nationale ou d'autres ministères. Le problème des attachés stagiaires des IRA est qu'ils ne sauront jamais, eux qui ont obtenu un concours, et n'enseigneront jamais, ce que vit réellement un professeur. Le dispositif GRH de proximité tel qu'il est conçu pour l'instant reproduit ce qui existe déjà, et considère comme par le passé, grossière erreur, que les professeurs qui en ont assez de leur métier sont forcément en difficulté, sinon ils resteraient dans le métier le plus beau du monde.

 

L'Education nationale manque tellement de professeurs qu'elle refuse toujours le droit aux professeurs d'être mobiles tout au long de l'année, à l'égal des autres fonctionnaires administratifs. Tant que les académies opposeront des nécessités de service aux professeurs pour leur refuser leur mi-temps, leur détachement, leur disponibilité et voire leur démission, il n'existera pas de GRH de proximité. Ce sera juste un "dispositif artifice", un enfumage, qui décevra rapidement ceux qu'il est censé aider.

 

Il est fort possible, c'est un risque, que la GRH de proximité soit un feu de paille, ou qu'elle conduise ses rares acteurs au burn-out et donc à la souffrance au travail,  à leur tour, car cette GRH de proximité se heurte aux enjeux de pouvoir qui existent entre inspecteurs, perdir, et DRH. Aucun de ces acteurs n'est prêt à perdre la moindre parcelle de son "pouvoir" sur les individus.

 

La vérité est que l'Education nationale a peu de postes pérennes hors enseignement à proposer en-dehors de ses besoins impérieux de professeurs dans toutes les disciplines, de comptables et d'adjoints comptables dans ses collèges et lycées, et de chefs d'établissement, les propositions de "faire fonction" étant légion.

 

Après Prof considère que l'Education nationale n'a pas pris la mesure du problème de l'allongement des carrières, et préfère accentuer, comme le lui permettra la loi Dussopt, le % de professeurs contractuels devant élèves. Non seulement la loi Dussopt va priver les professeurs fonctionnaires des emplois accessibles en détachement puisque des contractuels y seront recrutés parce qu'ils y coûteront moins cher, mais elle va aussi malmener les titulaires puisqu'ils seront aisément remplacés par des contractuels.

 

Au final, la GRH de proximité va juste se solder par un recul phénoménal des droits des professeurs fonctionnaires. Il deviendra plus intéressant de devenir professeur contractuel, puisque l'on manque de professeurs dans toutes les académies, qu'il sera possible selon les déficits de négocier son salaire brut, et qu'il sera aisé de rompre son contrat pour aller travailler dans une autre académie, là où le titulaire d'un concours, lui, peut rester bloqué 5 à 15 ans dans la même académie et se voir même opposer un refus de démission.

 

La GRH de proximité, pour les académies, va prendre une tournure qu'elles n'ont toujours pas saisie mais qui se profile inévitablement: un turn-over de plus en plus important dans les 5 premières années du métier.

 

En Belgique et au Canada, ce turn-over est de 50%...

 

RAPPORT DES IG

 

 

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