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Une intersyndicale s'était opposée à la loi DUSSOPT. Maintenant, certains proposent leur accompagnement vers une Rupture Conventionnelle


Alors qu'une intersyndicale s'était mobilisée à partir de juillet 2019 pour tenter d'empêcher l'application de la loi DUSSOPT de Transformation de la Fonction Publique, instituant notamment la rupture conventionnelle pour ceux qui la souhaitent, voilà maintenant une partie de ces mêmes syndicats qui rappellent à leurs adhérents qu'ils peuvent les conseiller sur leur projet de rupture conventionnelle: sont-ils les meilleurs placés pour cela ? 

 

Un syndicat espère attirer des adhérents pour constituer une force à mobiliser dans les rues pour appuyer ses revendications d'amélioration des conditions de travail et de rémunération de l'ensemble d'une profession qu'il représente. Il n'a pas vocation à inciter, ni même à réussir à obtenir ce qui permettra à ses adhérents de le quitter, ce qui réduira le nombre de ses voix aux prochaines élections professionnelles

 

Dans un premier temps le 23.07.2019 une intersyndicale s'était mobilisée pour tenter de faire échouer la loi DUSSOPT, qui retirait aux syndicats la possibilité d'assister aux CAPA pour défendre les promotions et les mutations de leurs adhérents, laissant l'administration gérer les choses. La seule possibilité des syndicats devenant d'accompagner ceux de leurs adhérents qui le souhaitaient alors dans une procédure de contentieux pour obtenir la mutation ou la promotion souhaitée.

 

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23.07.2019_Opposition intersyndicale a l
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Alors que lors de l'expérimentation les syndicats mettaient en garde leurs adhérents contre la Rupture Conventionnelle, comme ils l'ont fait sur les briques du PACTE pour tenter là aussi de faire échouer ce projet qui a amélioré le pouvoir d'achat de ceux qui se sont faits à l'idée que pour gagner plus, il fallait travailler plus, voilà que depuis l'annonce de la pérennisation de la Rupture Conventionnelle, plusieurs syndicats informent leurs adhérents qu'ils peuvent compter sur eux pour les accompagner...

Au SGEN-CFDT   -    Au SNUIPP    -     Au SNES     -      A l'UNSA    -   Au SE-UNSA  - 

 

Au SNALC    -  A Force Ouvrière    -   A Sud Solidaires     -   A A&D    -  A CFE-CGC   -

 

Tous étaient opposés à cette Rupture Conventionnelle, mais comme les décrets du 31.12.2019 leur ont offert la possibilité d'assister aux entretiens des adhérents qu'ils accompagnent, ils s'y sont tous mis progressivement.

 

Pour autant, l'agent qui souhaite la présence de son délégué syndical à l'entretien de la Rupture Conventionnelle qu'il a souhaité engager, se met dans une drôle de situation:

- il/elle montre bien qu'il n'a pas confiance en lui/elle, puisque préférant avoir un témoin

- il/elle montre bien à l'administration qu'il/elle n'a pas confiance en elle.

 

La présence du délégué syndical à l'entretien se justifie beaucoup plus lorsque l'administration a imposé la Rupture Conventionnelle à l'agent, ce qui laisse supposer qu'il faut le soutenir face à l'arbitraire possible.

 

Mais lorsque c'est l'agent qui choisit de demander sa Rupture Conventionnelle, il envoie un très mauvais message à la commission chargée d'évaluer son projet, puisque la hiérarchie comprend qu'il manque de confiance en lui/elle, et peut-être dans ce fameux projet. C'est donc à double tranchant, c'est peut-être prendre le risque justement que la Rupture Conventionnelle soit refusée, faute de confiance en soi.

 

De plus, comme il n'est pas dans l'intérêt du délégué académique d'avoir moins de voix aux élections professionnelles prochaines, le syndicat ne fait jamais de recours au-delà du recours gracieux ou du recours hiérarchiques, pour tenter d'obtenir un recours au niveau du DGRH, du Ministre, ou de l'Elysée. Non, le syndicat va juste préférer recommander à son adhérent d'accepter la décision de refus, si c'est le cas, et de retenter sa chance l'année suivante. Sans combat, sans honneur à défendre. 

 

 Depuis que les syndicats ont compris qu'une partie de leurs adhérents ne se sentait pas la vocation de le rester ni de rester professeurs toute leur vie, un changement structurel s'effectue.

 

- C'était tellement tranquille jusqu'ici cette gestion syndicale d'adhérents que l'on invite à accepter un prélèvement automatique de cotisation sur leur salaire, pour ne les quitter qu'une fois leur retraite obtenue...

 

- C'était tellement tranquille aussi cette forme de co-gestion des carrières avec les DRH et DPE académiques, ces passages d'échelon annoncés quelques semaines avant que les académies ne le fassent aux intéressés...

 

- C'était tellement tranquille de conseiller aux adhérents de patienter au fil des mutations non obtenues, l'année prochaine, d'avoir un meilleur barème, puis l'année suivante, d'avoir un meilleur barème, puis l'année d'après, d'avoir un meilleur barème, puis...

 

Quand nous étions allés rencontrer les syndicats aux salons de l'éducation successifs de 2006 à 2012 Porte de Versailles, il n'était pas question d'envisager des secondes carrières pour les professeurs pour les syndicats FSU, SNES, SNUIPP, UNSA.

 

Seuls les syndicats SE-UNSA, FEP-CFDT, et FEP-CFDT avaient adopté une position plus souple, plus ouverte considérant la "seconde carrière" comme une "respiration professionnelle" de quelques années. C'est avec ces syndicats-là que nous avions pu réaliser des conférences et des ateliers de mobilité, de 2009 à 2016 sur une quinzaine de leurs délégations académiques. Des syndicats "éclairés", comme au siècle des Lumières.

 

Mais quitter définitivement l'éducation nationale, non, il n'en était pas question. 

 

C'est donc un réveil tardif qu'effectuent actuellement les syndicats découvrant que la Rupture Conventionnelle, désormais inscrite dans le Code Général de la Fonction Publique, devient pérenne dans le fonctionnement de l'Etat, ouvrant la possibilité à celles et ceux qui le souhaitent, de le quitter par la meilleure porte qui soit, avec une indemnité relative à leur ancienneté de services et leur indice de rémunération, et la certitude d'une allocation de retour à l'emploi d'un montant de 57% de la moyenne des six derniers mois payés dans l'éducation nationale.

 

Les syndicats ont pris un retard énorme dans leurs discours. Ils se sentent pris entre le marteau et l'enclume, en étau entre leur besoin de continuer d'attirer des adhérents et de les fidéliser, et cette nécessité que ressent une petite partie d'entre eux, de les quitter, laissant leurs militants continuer de battre le pavé et les médias pour quémander des augmentations de salaire à un employeur qui restera radin quoi qu'il arrive.

 

Ils n'ont pas accepté l'évolution des envies de leurs adhérents, refusant l'idée qu'un professeur puisse faire autre chose de sa vie que de rester dans l'éducation nationale, eux qui fédèrent des professeurs et des agents administratifs, ce qui explique par ailleurs que l'action de ceux qui acceptent les adhésions de tous les grades et corps, est forcément réduite pour ne pas mécontenter ceux de la hiérarchie qui ont adhéré chez eux.

 

Avec l'allongement des carrières, le report continuel de l'âge de départ en retraite, les nouveaux enseignants savent qu'ils font partie des générations qui n'obtiendront peut-être pas le bénéfice d'une retraite, tellement les régimes de retraite et de complémentaires sont endettés, tellement le poids des retraités en nombre est devenu important en France. 

 

Aussi, leur état d'esprit change complètement: ils s'engagent dans le métier d'enseignant pour un nombre d'années placé entre 5 et 10 ans, pour commencer, mais ils n'ont plus majoritairement l'idée d'y passer toute leur vie.

 

Et c'est aussi ce qui perturbe ces DRH et ces DPE académiques qui s'étaient eux aussi habitués à cette gestion "tranquille".

 

Tous doivent s'adapter !

 

L'éducation nationale a commencé à en ressentir vraiment l'urgence à partir de septembre 2019 quand Jean-Michel BLANQUER commande à Edouard GEFFRAY devenu DGRH de mettre en place la "GRH de proximité", en étoffant les pôles RH des 30 académies, devenues des patchworks de compétences d'horizons divers, majoritairement payés en heures supplémentaires. On y retrouve pêle-mêle des IEN, des IA-IPR, des Principaux et Proviseurs qui y réalisent une forme de seconde carrière en afflublant leur grade d'un "RH" qui les enorgueillit, tandis que les DRH et les DPE voient d'un mauvais oeil tous ces arrivistes qui prétendent vouloir leur damer le pion en les dessaisissant de leurs prérogatives, les concurrençant sur leur terrain, leur chasse gardée, hommes et femmes de pouvoir qu'ils sont.

 

On y retrouve des transfuges d'autres ministères (Justice, Défense, Intérieur...) qui repartent très vite lorsqu'ils s'aperçoivent du fonctionnement rigide de l'éducation nationale qui n'adopte pas du tout la qualité de politique de reconversion que le ministère de la Défense après que les soldats aient rempli leur contrat de 5 à 25 ans de services.

 

On y retrouve aussi des Conseillers Mobilité Carrière nommés sur des sièges éjectables, ne s'opposant pas aux nécessités de service imposées par leur hiérarchie, préférant sauver leur peau de professeurs affectés là en PACD, en PALD ou en MAD... estimant qu'il vaut mieux préserver là leur seconde carrière que celle de ceux qu'ils sont censés accompagner.

 

Toutes les académies ont publié une "feuille de route RH" pour 2026, et l'objectif est commun: proposer autant que faire se peut des voies d'évolution en mobilité interne aux professeurs qui le demandent.

 

Mais la démographie des départs en retraite ne ment pas: de 2025 à 2045, plus de 60% des fonctionnaires partent en retraite. Les flux sont énormes, et l'éducation nationale qui gère les masses d'agents les plus nombreuses de l'Etat pour un seul ministère, sait qu'elle joue sa survie. Alors elle est obligée d'accepter que les départs des professeurs augmentent, elle doit desserrer les vis de la porte blindée de sa prison à vie, en acceptant plus de demandes de démission, de ruptures conventionnelles, de disponibilités pour convenances personnelles, de détachements, aussi.

 

L'année prochaine, il ne faudra plus s'offusquer d'un "0,34% de démissions de professeurs par an", mais plutôt continuer de s'étonner qu'il soit resté si bas aussi longtemps, alors que la masse des professeurs qui s'estiment mal payés, mal gérés, mal considérés, infantilisés, ne cesse d'augmenter.

 


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