Après prof : le parcours de Katia, de professeur des écoles à ingénieure pédagogique
Katia a travaillé comme PE et directrice d'école mais ce ne fut qu'une étape dans un parcours professionnel riche d'expériences. Après 13 ans dans l'Education Nationale, elle a obtenu un détachement qui lui a permis d'explorer une nouvelle voie. Elle s'épanouit actuellement dans le métier d'ingénieure pédagogique qui lui permet de concilier son expérience de la pédagogie et son attrait pour les possibilités offertes par le numérique.
Quel a été votre parcours professionnel de la fin de vos études jusqu’à votre reconversion actuelle ?
Après une formation d’ingénieure chimiste, j’ai débuté ma carrière dans l’industrie chez BP Chemicals en Écosse. J’ai ensuite vécu plusieurs années à Londres, où j’ai travaillé dans le secteur immobilier. Cette période au Royaume Uni a renforcé mes compétences relationnelles, linguistiques et interculturelles.
De retour en France, j’ai choisi de me réorienter vers l’enseignement. J’ai obtenu le concours de professeure des écoles en 2007 et exercé pendant près de 13 ans, à la fois comme enseignante et directrice d’établissement. Cette expérience a été extrêmement riche sur le plan humain et professionnel : elle m’a appris à accompagner les élèves dans leurs apprentissages, construire des dispositifs pédagogiques différenciés et piloter des équipes.
Curieuse des évolutions numériques et désireuse d’élargir mon champ d’action, j’ai amorcé une seconde reconversion vers l’enseignement supérieur. En 2020, j’ai rejoint AgroParisTech en tant que chargée d’ingénierie pédagogique au sein du département SIAFEE. J’y assure un rôle d’appui pédagogique numérique aux enseignants-chercheurs pour la conception et la transformation de leurs ressources pédagogiques, dans une logique d’innovation et de mutualisation. J’interviens également sur des projets transversaux liés à la transformation numérique des formations, tout en contribuant à la recherche appliquée.
Quels projets pédagogiques avez-vous pu mener et desquels êtes-vous la plus fière ?
Depuis ma prise de poste à AgroParisTech, j’ai eu l’opportunité de piloter ou co-piloter plusieurs projets pédagogiques innovants, en lien avec la transformation numérique de l’enseignement supérieur agricole. Celui dont je suis probablement la plus fière est la création d’une visite immersive de la ferme expérimentale de Grignon. Cette ressource en réalité virtuelle, conçue dans le cadre du projet national Hercule 4.0, permet aux étudiants — souvent peu familiers avec le monde agricole — d’explorer de manière interactive différents espaces clés de la ferme : salle de traite, laiterie, méthaniseur, zones de cultures, etc. Elle vise à enrichir les apprentissages avant et après les visites terrain, tout en favorisant l’inclusion (étudiants absents, à mobilité réduite, etc.).
Un autre projet d’envergure est l’expérimentation pédagogique des outils d’intelligence artificielle générative (IAG), que je co-pilote depuis 2023 avec une vingtaine d’enseignants et personnels d’appui. Nous avons expérimenté ChatGPT, Mistral et NOLEJ dans divers contextes pédagogiques, en accompagnant les utilisateurs à travers des ateliers de formation, des « cafés IA » et un suivi personnalisé. Ce projet s’inscrit dans une dynamique nationale de mutualisation des pratiques et de production de ressources partagées (guides, retours d’expérience, chartes d’usage).
J’ai également conçu une unité d’enseignement hybride sur la méthanisation, en collaboration avec des experts du domaine (INRAE, GRDF). Cette UC combine contenus interactifs, vidéos, quiz et glossaire, et a été intégrée à une session de formation auprès de 22 étudiants. Elle a reçu d’excellents retours, notamment sur la clarté des objectifs et l’engagement des apprenants.
Enfin, j’ai conçu un SPOC (Small Private Online Course) sur le logiciel RPG Explorer, dans le cadre de l’UMR SAD-APT. Ce module de formation en ligne vise à former chercheurs et professionnels à l’utilisation de cet outil de modélisation, avec un parcours structuré, des vidéos tutorées et des ressources en libre accès. Je suis également en charge de son actualisation, de sa diffusion et de sa valorisation dans le cadre de l’offre de formation continue d’AgroParisTech.
Ces projets illustrent ma volonté d’articuler innovation pédagogique, accompagnement des enseignants et réponse aux besoins des étudiants. Ils sont aussi le reflet de mon engagement pour une transformation durable et pertinente des pratiques d’enseignement dans le supérieur agricole.
Quelles compétences avez-vous développées durant tout votre parcours de carrière ? Lesquelles vous ont accompagnées dans votre reconversion de professeur ?
Mon parcours professionnel m’a permis de développer un socle de compétences variées, que je mobilise encore aujourd’hui dans mes missions d’ingénierie pédagogique.
Lors de mes premières années comme ingénieure chimiste chez BP Chemicals, j’ai acquis des compétences en rigueur scientifique, en gestion de projet technique, en analyse systémique et en résolution de problèmes complexes.
Mon expérience dans le secteur immobilier à Londres m’a apporté une forte capacité d’adaptation interculturelle et une aisance relationnelle en anglais professionnel.
Comme professeure des écoles et directrice d’établissement pendant près de 15 ans, j’ai approfondi mes compétences en pédagogie, en gestion d’équipe, en communication institutionnelle, et en animation de collectifs. J’ai appris à construire des séquences d’apprentissage différenciées, à créer des outils pédagogiques adaptés à divers publics, et à instaurer un climat de confiance favorable aux apprentissages. J’ai aussi exercé des responsabilités managériales, coordonné des équipes, conduit des projets d’école, et assuré le lien avec les familles, l’administration et les partenaires.
Enfin, depuis 2020, en tant qu’ingénieure pédagogique à AgroParisTech, j’ai développé une expertise en scénarisation pédagogique, conception de ressources multimédia, animation de communautés d’expérimentation, gestion de projets innovants (IA générative, réalité virtuelle), mais aussi en accompagnement au changement et formation des enseignants. Mon rôle de coordinatrice du pôle numérique m’a également amenée à renforcer mes aptitudes en animation d’équipe, en organisation d’actions de formation, et en médiatisation de contenus à grande échelle.
L’ensemble de ces compétences me permet aujourd’hui d’avoir une vision systémique et opérationnelle des transformations pédagogiques, et de me positionner comme facilitatrice entre les acteurs de l’enseignement supérieur et les innovations pédagogiques.
Aviez-vous songé à devenir cheffe d’établissement ou inspectrice ?
Je n’ai jamais envisagé de devenir cheffe d’établissement ou inspectrice. Ce type de fonction, plus administratif et hiérarchique, ne correspondait ni à mes aspirations ni à ma manière d’exercer mon métier. Ce qui m’a toujours motivée, c’est la pédagogie de terrain, le contact direct avec les apprenants, la créativité dans la transmission des savoirs.
Aviez-vous peur de vieillir dans ce métier ?
Oui, j’avais peur de vieillir dans ce métier. Non pas parce que je ne croyais plus en la mission d’enseignante, mais parce que je ne me projetais plus dans les conditions concrètes d’exercice. Je ne voulais pas finir ma carrière en maternelle, un niveau que je trouvais de plus en plus éprouvant physiquement et mentalement, notamment à cause du bruit constant et de la sollicitation permanente. J’étais aussi usée par la charge de travail liée à la direction d’école, souvent très lourde et mal reconnue, avec une indemnité symbolique ne reflétant pas l’investissement demandé. Cette perspective d’épuisement progressif, sans évolution motivante à l’horizon, a renforcé mon besoin de réorientation.
Quelles raisons vous ont conduite à quitter l'enseignement ?
Plusieurs raisons personnelles et professionnelles se sont conjuguées pour me pousser à quitter le métier. D’un point de vue professionnel, je ressentais une forme de stagnation : peu de perspectives d’évolution intéressantes, une lourdeur administrative croissante, et un écart grandissant entre mes aspirations pédagogiques et les réalités du terrain. À cela s’ajoutait une lassitude physique et mentale liée aux conditions de travail, en particulier en maternelle.
Mais ce qui a vraiment motivé mon départ, c’est l’envie d’explorer de nouvelles façons d’enseigner, d’intégrer le numérique de manière créative, et de contribuer à des projets à plus grande échelle tout en restant fonctionnaire. Je ne voulais pas seulement « fuir » un métier devenu difficile ; je voulais aussi construire quelque chose de nouveau, dans un cadre où mes compétences pouvaient être pleinement mobilisées. L’enseignement supérieur agricole est un monde que je ne connaissais pas et qui m’attirait, ayant fait moi-même une école d’ingénieurs.
Avoir été enseignante a-t-il été un atout ou un handicap dans votre projet de reconversion ?
Avoir été enseignante a clairement été un atout dans mon projet de reconversion. Cela m’a permis de développer une solide culture pédagogique, une capacité à concevoir des séquences d’apprentissage structurées, et une grande adaptabilité face aux publics variés. Mon expérience m’a donné une réelle légitimité dans l’accompagnement des enseignants-chercheurs, car je connais de l’intérieur les réalités de la salle de classe et les besoins des apprenants. En revanche, il a fallu que je m’approprie rapidement les codes spécifiques de l’enseignement supérieur, notamment en matière de recherche, de pédagogie universitaire et d’ingénierie de projet. Ce changement de cadre a été stimulant et enrichissant, et mes compétences d’enseignante m’ont offert une base solide sur laquelle bâtir.
Qu’avez-vous pensé de l’accompagnement de l’association Aide aux Profs pour vous aider à quitter l’Education Nationale ? Est-que l’Education Nationale vous a laissée facilement repartir ?
J’ai trouvé l’accompagnement de l’association Aide aux Profs extrêmement structurant et rassurant. Sans leur soutien, j’aurais sans doute abordé ma reconversion avec beaucoup plus d’hésitations. Grâce à eux, j’ai pu réaliser un bilan de compétences approfondi, retravailler mon CV et ma lettre de motivation, me préparer efficacement aux entretiens de recrutement, et identifier des postes réellement adaptés à mon profil. Leur approche concrète et personnalisée m’a aidée à clarifier mes priorités, à gagner en confiance et à mieux valoriser mes compétences transférables.
Du côté de l’Éducation nationale, mon départ s’est fait sans encombre : les démarches ont été fluides et je n’ai rencontré aucune opposition pour l'obtention de mon détachement. Je pense que le fait d’avoir un projet bien construit a facilité les choses.
Que conseilleriez-vous aujourd’hui à une personne qui souhaite devenir professeur ?
Je dirais : allez-y, c’est un très beau métier. Enseigner, c’est transmettre, accompagner, voir progresser les élèves et parfois changer leur trajectoire. Cela donne un vrai sens au quotidien. Mais je conseillerais aussi de se préserver, de poser des limites saines pour tenir sur la durée, car l’investissement personnel est souvent très intense. Il est important d’enrichir régulièrement ses compétences, de rester curieux, et de garder à l’esprit que l’on peut évoluer ailleurs si, un jour, l’envie ou les conditions de travail ne sont plus en phase avec soi. Enseigner ne ferme pas de portes, au contraire.
Que conseilleriez-vous à un collègue qui souhaiterait quitter l'enseignement ?
Pourquoi pas ? Si tu n’as plus envie d’exercer ce métier, il est légitime d’envisager autre chose. Ce n’est pas un échec, mais une évolution. Tes compétences sont largement transférables : gestion de groupe, pédagogie, adaptation, organisation, communication… tout cela est précieux dans de nombreux secteurs. Tu es capable d’apprendre, de t’adapter, de te réinventer.
N’aie pas peur de sortir du cadre : on peut avoir plusieurs vies professionnelles dans une seule vie, et les chemins ne sont pas toujours linéaires. Ce que tu as construit en tant qu’enseignant te servira ailleurs, différemment, mais toujours utilement.
Le métier d'ingénieur pédagogique.
I/ En quoi consiste le métier ?
Le métier est assez récent et a connu un essor considérable avec l'accroissement des besoins de formations en ligne et le développement des technologies dans ce domaine. L'ingénieur pédagogique est chargé de piloter la mise en œuvre concrète d'une formation sur-mesure et de concevoir des dispositifs d'apprentissage selon le cahier des charges fourni par son client. Spécialiste du e-learning et créatif, il imagine les meilleurs outils pour le public visé et les besoins requis. Il est également chargé d'évaluer l'efficacité de la formation. Il est également amené à concevoir des formations en présentiel et doit s'occuper de leur mise en place.
Il met également en place une veille technologique et pédagogique pour se tenir au courant des dernières innovations permettant de concevoir des outils de formation efficaces.
II/ Quelles sont les compétences requises ?
Il faut bien sûr avoir le sens de la pédagogie et une vraie créativité car le numérique offre une multitude de possibilités pour concevoir des cours originaux, efficaces et bien adaptés au public concerné. C'est pourquoi ce métier peut être une option intéressante pour un enseignant qui cherche à se reconvertir car il possède déjà bon nombre de compétences essentielles à un ingénieur pédagogique.
Cependant, la connaissance et la maîtrise de nombreux outils multimédias est indispensable. Il faut savoir faire de la vidéo, du montage, réaliser des animations et maîtriser les plateformes pédagogiques et les logiciels de formation (Learning Management Systems.) Les outils de création graphiques comme Canva ou la Suite Adobe sont également à maîtriser.
L'ingénieur pédagogique doit également savoir respecter le budget octroyé par son client pour la mise en place de la formation.
III/ Quelles sont les conditions d'exercice ?
L'ingénieur pédagogique peut être embauché par une entreprise, un organisme de formation, une université ou un établissement public comme une Chambre de Commerce et d'Industrie. Il peut travailler sur site ou à distance en fonction de son contrat. Il a des délais à tenir liés au projet de formation et au lancement des sessions d'apprentissage.
Le salaire d'un débutant est d'environ 2000 euros par mois mais, avec l'expérience, il peut rapidement monter jusqu'à 3000 euros voire davantage.
IV/ Comment devenir ingénieur pédagogique ?
Plusieurs voies sont possibles pour se former à ce métier du Bac + 3 au Bac +5 mais les intitulés sont variés ce qui peut rendre la recherche un peu complexe. En voici quelques exemples :
Bac +3 :
- Les Licences Professionnelles Mention Gestion et Accompagnement de Projets Pédagogiques de Limoges Universite
Bac + 5 :
- Plusieurs INSPE comme celui de Toulouse proposent des Master MEEF avec des parcours spécialisés dans l'ingénierie de formation
- Plusieurs universités proposent aussi des M2 dans ce domaine comme celle de Lille
Enfin, si vous avez besoin d'une formation à distance, le CNED propose un Master en Sciences de l'Education et, en M2, deux parcours intéressants sont proposés :
- Le M2 Ingénierie et Conseil en Formation (que Rémi BOYER, concepteur d’Aide aux Profs, a réalisé en 2006-2007):
Pour finir, il existe également une possibilité d'exercer ce métier en passant par un concours ITRF de catégorie A, donc en devenant fonctionnaire. Les concours ITRF dépendent du Ministère de l'Enseignement Supérieur et recrutent les ingénieurs et personnels techniques de recherche et de formation. Le statut correspondant au métier dont nous parlons est celui d'Ingénieur d'Etude.
Les métiers relevant des concours ITRF sont regroupés en huit branches d'activités professionnelles ( BAP). Celle qui nous intéresse est la BAP F : Culture, communication, production et diffusion des savoirs.
Parmi les métiers-types correspondant à cette branche, il y a celui d'Ingénieur pour l'Enseignement Numérique dont voici la fiche publiée sur Referens III
Les inscriptions ont lieu au mois d'Avril.
Voici toutes les informations sur les concours ITRF de catégorie A
Attention ! Avant de s'inscrire au concours, il faut d'abord consulter la liste qui est publiée avant les inscriptions pour s'assurer qu'il y a des postes offerts dans le domaine souhaité et où ils se trouvent. Par exemple, pour la session 2025, 12 postes d'ingénieurs pour l'enseignement numérique étaient proposés un peu partout en France, dont 2 au concours interne.
Si vous êtes lauréat(e) de ce concours, vous pourrez faire des vœux d'affectation parmi les postes disponibles.
Si tu veux réussir à être recruté en détachement hors enseignement en ingénierie de formation comme Katia ou comme Stéphanie,

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