L'expérience de la désillusion est une épreuve personnelle terrible. Notre association agit ici en prévention.


NOS ANCIENS ADHERENTS ONT TOUS ENSEIGNE, ET PEUVENT VOUS AIDER SELON LEUR NOUVELLE PROFESSION: COACH, PSYCHOTHERAPEUTE, SOPHROLOGUE, etc.


Globalement, les enseignants qui contactent notre association se plaignent d’une administration qui n’est pas suffisamment à l’écoute de leurs difficultés :

 

Bertrand, 29 ans, ingénieur et agrégé en Mécanique depuis 6 ans à plein temps, se sent infantilisé par un système qui ne reconnaît pas l’étendue de ses compétences :

« Malgré une motivation sans faille pour mon travail, je me sens bridé et infantilisé par un système de mutation et de gestion des compétences qui ne me correspond pas. J'éprouve le besoin d'avancer et de satisfaire mes ambitions. Je me sais compétent dans bien des domaines (web, tice, elearning, CAO ...etc.). »

 

André, 33 ans, est enseignant d’Arts Plastiques en collège depuis 10 ans :

« Prof depuis 10 ans en Arts Plastiques, pourtant bien noté et apprécié, je suis de moins en moins motivé par mon métier, par un système illogique, figé, laxiste et des élèves de plus en plus difficiles à captiver. Je souhaite effectuer une reconversion le plus rapidement possible, exercer dans le département de mon choix pour que ma vie familiale avec 2 enfants ne dépende plus de la bureaucratie de l'Education Nationale, et d'un système aléatoire. Je suis complètement perdu sur QUOI faire et COMMENT, car nous sommes ultra spécialisés dans une discipline donnée et en sortir fait peur voire paraît impossible. D'autant plus que l'administration ne nous facilite pas la tâche. J'ai besoin de bouger, de voir d'autres choses et de ne pas exercer ce métier encore 30 ans, je n'en aurai pas la patience ni la motivation. J'ai engagé l’an dernier une démarche auprès des conseillers mobilité carrière de mon rectorat. Mais les choses traînent très en longueur pour très peu de résultats probants. »

 

Maxime, 36 ans, enseigne la Physique en lycée depuis 12 ans, et n’imagine plus s’investir autant que par le passé dans son métier :

 

« En 2007, victime d'une suppression de poste, je me retrouve TZR (avec remplacement dans d'autres matières !!!). J'ai perdu cette année là toutes illusions sur la carrière que je pouvais avoir dans l'éducation nationale. En 2008, gros coup de chance, après mutation d'un collègue dans mon lycée d'origine, je retrouve un poste fixe (bout du tunnel?). J'intègre une équipe (je suis volontaire) qui enseigne en BTS audiovisuel. Formation passionnante, je m'y investi beaucoup. Aujourd'hui, 2 ans après, un poste en Physique est à nouveau supprimé et c'est encore moi qui en fais les frais. Maintenant j'en ai marre, deux suppressions de poste mais pas trois. Il est impossible pour moi dans ces conditions de m'investir à nouveau si c'est pour redevenir TZR. »

 

Ghislaine, 42 ans, 13 ans d’ancienneté comme professeur d’italien, estime que l’Education nationale est indifférente à la souffrance de ses enseignants :

« Professeur pendant 13 ans en collège puis en lycée, je suis actuellement en disponibilité depuis 2 ans. En effet, me sentant de plus en plus inutile, et désarmée face à tous les problèmes que nous pouvons rencontrer aujourd'hui dans l'enseignement (démotivation, difficultés scolaires, problèmes familiaux et sociaux des élèves) j'ai désormais envisagé une reconversion. De plus, mes dernières années d'enseignement ont confirmé mon intérêt pour les problèmes humains et sociaux, accentués par l'indifférence de l'Education nationale face à la souffrance des enseignants et des élèves. Ce milieu éducatif ne fait que se dissimuler derrière des idéaux en publiant des circulaires de plus en plus irréalistes. »

 

Rose, 42 ans, est Certifiée de Lettres depuis 15 ans, et son témoignage nous éclaire sur le pouvoir que peuvent exercer des chefs d’établissement sur leur personnel :

« Après 3 ans d'échecs successifs au CAPES de Lettres, j'obtiens enfin ce concours pour devenir enseignante titulaire. Inspection en milieu d’année, inspecteur très satisfait, qui me dit: «vous avez du jus ! ». Cette expression me fera plus de bien que le rapport de cette inspection et sa note qui ne me parviendront jamais. En fin d’année, j’apprends que je ne peux être titularisée dans le poste car il sera pris par une néo titulaire comme moi mais qui a 50 points de bonus pour une raison obscure de formation suivie à l’IUFM ou-je-ne-sais-plus-trop-quoi.

En tapant tout cela, je me dis qu’il y en avait déjà beaucoup des dysfonctionnements mais à l’époque, je n’avais pas été choquée.

Je suis donc titularisée dans un lycée inconnu où je reste 2 ans. Puis, en suivant mon conjoint muté dans un autre département, je suis affectée à mon tour sur un poste où l’ambiance est absolument épouvantable. La direction procède à du harcèlement moral sur l’ensemble des profs, les fliquant, leur infligeant des horaires impossibles juste pour les embêter (de leur propre aveu !), allant même jusqu’à interroger les élèves perturbateurs au sujet des profs eux-mêmes.

J’ai un enfant, j’ai peur de frôler la dépression. Mon médecin compréhensif à qui j’ai tout exposé m’arrête 15 jours et me conseille de demander ma mutation. Ce que je fais et obtiens.

J’ai ensuite un 2e enfant. Cela se passe plutôt bien dans mon nouveau lycée,  plutôt prisé. Les problèmes de discipline que je connais depuis toujours sont plus rares. Le proviseur en poste depuis 35 ans nous confie lors de son discours de départ en retraite qu’il se trouvait souvent bien seul à son poste, se sentant souvent abandonné par sa hiérarchie…

 

La personne qui l’a remplacé n’avait pas l’air d’aimer beaucoup les professeurs, nous tournant le dos par exemple pour ne pas être obligé de nous saluer. Et les problèmes de discipline sont apparus. On nous a fait comprendre qu’il ne faut pas exclure les élèves de cours car on ne sait pas quoi en faire. Il ne fallait pas non plus les consigner car on manquait de surveillants. Les CPE nous prennent de haut quand on leur fait convoquer des élèves. Il faut croire que ça les embêtait qu’on leur donne du boulot.

L’an passé, changement de proviseur à nouveau. Celui-là se présente comme quelqu’un de sympa et jovial, ne nous cachant pourtant pas que le ministère de l’Education Nationale se sert plus d’une règle à calculer que de n’importe quel instrument !

Voici plus d’un an que cette personne est en poste et l’on a découvert quelqu’un qui essaie de se faire passer pour une personne sympathique, nous tutoyant, nous parlant de ses loisirs…. mais sans oublier de nous embobiner, d’exercer des pressions aussi menaçantes qu’insupportables.

 

Voilà où j’en suis donc :

-          Fatiguée nerveusement de lutter contre un proviseur carriériste.

-          Epuisée par les luttes contre les élèves qui nous arrivent dès la Seconde complètement désabusés et/ou écœurés par un système qui ne leur a pas permis d’accéder à la formation souhaitée.

-          Déçue par des collègues qui ne sont pas les derniers à « casser du sucre sur le dos du voisin. »

-          Mais surtout avec un mal être profond, celui d’être mal aimée, maltraitée et incomprise. Les élèves n’aiment pas les profs. Les parents n’aiment pas les profs. La hiérarchie n’aime pas les profs. Moi aussi parfois, je ne les aime plus. J’hésite à écrire que je n’aime plus mon métier. Les élèves me regardent avec de grands yeux ronds quand je leur dis qu’ils sont en classe pour eux : pas pour moi ni leur parents. Et que moi je suis là pour eux, pour les aider à acquérir une formation qui leur permettra, souhaitons-le, de trouver un métier acceptable.

 

Ce qui me retient, enfin, me retenait encore c’est que j’aime les gens et donc les élèves qui sont des personnes à part entière, j’aime les aider, j’aime le contact humain. Avant de prendre la décision de démissionner, j’avais un peu l’impression de quitter le navire, de l’abandonner tel un capitaine sur son bateau en naufrage. Je me suis longuement demandé s’il fallait plus de courage pour rester ou partir. L’un comme l’autre sont difficiles. Mais quand on ne peut plus se sentir bien dans son travail et que cela empiète même sur le temps non scolaire, quand on ne pense plus qu’à ça, quand on retient ses larmes en partant au travail et qu’on les lâche au retour, c’est pour le bien de soi qu’il faut du courage pour partir. »

 

Karine, 45 ans, professeur d’histoire-géographie depuis 5 ans, ne se fait plus d’illusion sur la capacité du DRH de son rectorat à l’aider dans ses difficultés :

« J’ai eu la chance d'être affectée à titre définitif dans un collège en centre ville dans l’académie de X, non loin de chez moi. Après deux années, j'ai demandé une année de disponibilité et j'ai déménagé dans le Jura suite à des bouleversements personnels. Les difficultés sont très vite arrivées car j'ai perdu tous mes points en mutant et je me suis donc retrouvée TZR, statut que j'ai le plus grand mal à assumer aujourd'hui ! Malade et incapable de travailler depuis les vacances de Noël, je cherche désespérément une solution ; j'envisage même la démission, mais avoir fait tant d'efforts pour en arriver là m'écoeure, je l'avoue. Le métier d'enseignante me plaît beaucoup, mais les conditions pour effectuer les missions que l'on exige de moi me sont devenues insupportables. J'ai rendez vous avec le DRH du rectorat cette semaine, j'en attends simplement de pouvoir enfin parler à quelqu'un de responsable et évoquer mes difficultés, mais je ne me fais aucune illusion quant à des possibilités qui viendraient me sauver du naufrage... Des postes fixes, il n'y en a plus et je vois avec écoeurement les nouveaux stagiaires se noyer eux aussi parce qu'ils doivent assumer toutes leurs classes sans formation, alors que moi, je fais le bouche-trou sans que l'on se demande jamais si j'ai les compétences pour enseigner le français dans des lycées pro ou à des Terminales alors que je n'ai connu que le collège. Je souhaite faire un bilan et envisager un avenir hors de l'EN qui a brisé mes illusions en moins de temps qu'il faut pour le dire. »

 

Régis, 58 ans, professeur de Mathématiques depuis 30 ans, a été placé en disponibilité d’office contre son gré :

« Prof de mathématiques dans un collège privé, je suis en arrêt maladie depuis 1 an (après avoir été arrêté plusieurs mois les deux années passées). Je ne me vois pas reprendre : je fais encore des cauchemars. J'ai demandé par deux fois un congé de longue maladie qui m'a été refusé et je vais arriver en fin de droits. Le rectorat me dit que je serai mis en disponibilité d’office dès fin avril, car disent-ils « ils ne savent pas quoi faire de moi ».  Mes difficultés ne datent pas d'hier mais je n'ai pas su changer de voie à temps. J'aimerais me reconvertir dans autre chose et ne pas terminer ma carrière en congé maladie, car je me sens en forme pour retravailler ailleurs. »

 

Un enseignant en difficulté est un enseignant qui semble s’écarter de la norme, et donne une image de lui-même peu reluisante. Qu’ils soient diplômés d’une licence, d’un Master 2, d’un diplôme d’ingénieur, d’une Ecole supérieure de Commerce, ou d’un doctorat, qu’ils aient ou non exercé avant de devenir enseignants des responsabilités dans le privé, tous les enseignants en difficulté ont en commun de se sentir affaiblis, démotivés, et vulnérables face à une administration qu’ils ressentent comme toute puissante, et les témoignages nous ont permis de constater que les remarques sont ressenties de manière d’autant plus stigmatisante que la catégorie des agents qui les prononce est peu élevée (C et B), l’enseignant étant en catégorie A. D’un côté, l’enseignant maître dans sa classe attend avec une certaine exigence que l’administration réponde rapidement et efficacement à la difficulté qu’il rencontre. De l’autre, une administration parfois débordée par les demandes, et qui doit tenir compte du budget qui lui a été alloué dans ses différents Branches Opérationnelles de Programmes (BOP) pour adapter sa prise en charge en fonction des situations rencontrées. Rien n’est simple dans cette rencontre entre des enseignants en demande, devenus dépendants de la prise en charge que nécessite leur situation, et qui s’y sentent vulnérables. C’est ce qui peut expliquer que ces deux parties soient parfois en confrontation, avec ici et là des situations d’incompréhension qui semblent inextricables sans prise de recul suffisante de part et d’autre.

 

Les enseignants en difficulté sont majoritairement des femmes. Cela est en lien avec la forte féminisation des métiers de l’enseignement, mais peut aussi s’expliquer par le cumul avec la vie de famille, qui, pour les femmes en couple, leur attribue, selon Yves DELOISON[1], 75% des taches ménagères en moyenne, un chiffre qui varie peu : « Les femmes réalisent une double, triple, quadruple journée…jusqu’à n’en plus pouvoir ». En moyenne, nous indique l’auteur, « les femmes passent 100 minutes de plus que leur conjoint au quotidien pour le ménage, la cuisine, le linge, les courses, etc. (…) A peine 56% des hommes sont prêts à faire la cuisine ou à sortir les poubelles, mais l’essentiel des taches pèse encore sur les femmes ».

 



[1] DELOISON Yves, Pourquoi les femmes se font toujours avoir ? Mode d’emploi pour que cela change enfin. Editions FIRST, collection Psycho, 254 p.