La qualité de l'affectation va déterminer les conditions de travail. C'est aléatoire.


NOS ANCIENS ADHERENTS ONT TOUS ENSEIGNE, ET PEUVENT VOUS AIDER SELON LEUR NOUVELLE PROFESSION: COACH, PSYCHOTHERAPEUTE, SOPHROLOGUE, etc.


Dès la réussite au concours, l’enseignant se trouve confronté au système complexe des mutations de l’Education Nationale, le barème favorisant les couples avec des enfants plutôt que les célibataires. Nombreux sont les étudiants à pratiquer le Pacte Civil de Solidarité[1] (PACS) pour obtenir  un « bon barème » et éviter l’affectation sur des postes pénibles.

 

En 2012, 46.5% des nouveaux enseignants du 2nd degré ont été affectés dans les académies de Créteil et de Versailles, pour remplacer des titulaires qui n’y restent que 4 ans en moyenne[2].  Or, c’est dans ces académies, ainsi que celle de Paris, que le coût de la vie y est le plus élevé en France, en particulier pour le logement. Les néo-titulaires, dont le salaire ne dépasse pas 1740.99 € bruts[3] à la fin de leur 1ère année, sont donc exposés dès leur entrée dans le métier à la précarité en région parisienne et in extenso dans les grandes agglomérations où il devient coûteux de se loger. Dans de nombreuses entreprises privées, un Bac+5 est mieux valorisé financièrement, avec des perspectives de carrière et de salaire plus attractives.

 

Dans l’enseignement, la faiblesse des salaires de départ et la lente progression indiciaire peuvent concourir très vite à la frustration de ceux qui accordent plus d’importance à leurs revenus qu’au métier qu’ils ont décidé d’exercer.  Cette motivation extrinsèque se heurte alors aux capacités de l’Etat à augmenter le salaire et le point d’indice de ses agents. La stagnation du point d’indice dans la Fonction Publique depuis 5 ans aggrave ce sentiment de dévalorisation progressive. Ainsi, un 

professeur des écoles ou un professeur certifié, qui ont la même échelle indiciaire, mettront entre 12 et 14 années pour passer d’un salaire de 1615.97 € bruts à un salaire de 2291.99 € bruts seulement, soit moins de 2000.00 € nets. Leur augmentation sur la durée moyenne de 13 ans aura été à peine de 4.33 €/mois et par an, soit nettement moins que les traditionnelles hausses annuelles des prix alimentaires, des prix de l’énergie (transport, chauffage), des taxes et des impôts. 



[1] PACS : http://vosdroits.service-public.fr/N144.xhtml

[2] Guide de mutation 2013 des enseignants du 2nd degré (p.21) : http://cache.media.education.gouv.fr/file/Personnels_enseignants/56/5/guide_mutations_2013_enseignants_2nd_degre_232565.pdf

[3] Données 2012 : http://www.emploitheque.org/grille-indiciaire-etat-Professeurs-des-ecoles-25

Dès l’entrée dans l’enseignement, l’ancien étudiant comprend que l’amélioration des conditions de travail est une lutte collective constante, soutenue par les nombreux syndicats de la profession, et qui n’aboutira pas toujours comme il le souhaiterait, car insoluble à une telle échelle, exigeant des moyens que l’Etat ne possède plus, et ne retrouvera pas avant au moins 2050, du fait de la poursuite du papy boom, qui pèse lourd dans le financement des retraites, avec une carrière qui ne cessera de s’allonger, d’après la nouvelle réforme des retraites programmée en 2013. La masse salariale de l’Education Nationale est telle qu’il devient difficilement envisageable, sauf à endetter durablement l’Etat, d’augmenter tous les enseignants de 100.00 € seulement par an, ce qui revient déjà à dépenser 85 millions d’euros multipliés par les années qu’il leur reste à travailler. Les enseignants sont donc une profession dont le pouvoir d’achat, dans le contexte économique actuel, est difficile à maintenir. Bien gagner sa vie ne doit donc pas être la motivation première d’un futur enseignant. Le plaisir de la relation pédagogique avec ses élèves doit primer.

 

L’affectation est une étape souvent mal vécue, car synonyme d’un parachutage dans une région fort éloignée de celle où l’année de stage a été réalisée. Pour de nombreux enseignants du 1er degré, les affectations sont connues à peine une semaine avant la rentrée scolaire, ce qui laisse peu de temps pour trouver un logement, s’équiper, se familiariser avec son nouvel environnement. Cette organisation propre à la GRH de chaque académie est l’une des principales sources de stress pour les néo-titulaires avant la rentrée scolaire.

 

 

Qui plus est, le lieu d’affectation est facteur de stress, tellement le nombre d’établissements difficiles a augmenté depuis plus d’une décennie.

Etre affecté en établissement siglé, est facteur de souffrances au travail pour des professeurs mal préparés

Le dispositif de l’Affectation à caractère Prioritaire justifiant une Valorisation (APV) s’est substitué en 2005 à l’ancien dispositif des Postes à Exigences Particulières (PEP) pour les affectations liées à des conditions d’exercice particulières. Ce dispositif fait primer l’intérêt du service sur les préférences émises par les agents lors de leur demande aux mouvements de mutation « inter-académique » puis « intra-académique ».  Ce dispositif APV permet aux recteurs d’offrir une contrepartie aux enseignants, volontaires ou non, qui récupèrent des postes difficiles ou considérés a priori comme peu attractifs, en leur accordant ultérieurement un traitement plus favorable en cas de demande de mutation. L’instauration du dispositif APV a unifié l’ensemble des bonifications existantes, liées aux conditions d’exercice difficiles, qui s’étaient superposées au fil des années selon les types d’établissements, ôtant toute lisibilité au système : neuf régimes distincts de bonifications au barème coexistaient au mouvement inter-académique (établissements classés Zones d’Education Prioritaire (ZEP), Zones urbaines sensibles (ZUS), relevant du plan de lutte contre la violence comme les Postes à exigence particulière de niveau 4 (PEP 4), ou établissements ruraux isolés). Désormais, une bonification importante, accordée seulement après une période de stabilité de 5 à 8 ans (de 300 à 400 points selon la durée), est destinée à favoriser la motivation des personnels en les incitant à s’investir sur le moyen terme sur un poste ou dans l’établissement où se situe l’APV. Cet objectif recoupe les politiques nationales de stabilisation des affectations prononcées dans les établissements situés dans les quartiers urbains où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles. Le dispositif « Ecoles, Collèges, Lycées, Ambition, Innovation, Réussite » (ECLAIR), créé sous Luc CHATEL, englobe, lui, une partie des écoles et des établissements classés ZEP et comprenait en 2011-2012[1] : 2 100 écoles, 297 collèges, 17 lycées professionnels, 5 lycées polyvalents, 6 lycées d'enseignements général et technologique, 11 établissements privés, soit un total de 2 436 établissements en France.



[1] http://www.education.gouv.fr/cid52765/le-programme-eclair-pour-les-ecoles-colleges-et-lycees.html

 

En 2012, pour le seul 2nd degré (collèges et lycées), 14.9% des établissements scolaires (soit 1 445 sur un total de 9 725) étaient désormais classés en APV. 25.1% de ces établissements sont concentrés sur l’académie de Créteil, 12.8% sur celle de Versailles, 11.1% sur celle de Lille, 4.5% sur celle d’Aix-Marseille, et 4.5% sur celle de Rhône-Alpes. Ces chiffres coïncident assez bien avec la répartition observée des enseignants qui ont contacté Aide aux Profs sur ces six années complètes, pour les cinq académies les mieux représentées :

 

(N=4700)

2007

2008

2009

2010

2011

2012

Ile-de-France

25.3%

25.5%

25.3%

25.5%

26.1%

25.2%

Rhône-Alpes

9.0%

10.2%

9.0%

10.2%

9.5%

9.1%

Provence-Alpes Côte d’Azur

7.3%

7.4%

7.3%

7.4%

6.9%

6.8%

Nord-Pas de Calais

6.9%

5.7%

6.9%

5.7%

5.7%

6.2%

Le tableau ci-dessous permet de mieux connaître, par académies, au début de l’année 2012, le nombre d’enseignants concernés, pour le seul 2nd degré. Il y apparaît clairement que dans les académies très urbanisées (Aix-Marseille, Amiens, Créteil, Lille, Versailles) et dans les académies d’outre-mer (Guyane, Martinique, Réunion), un enseignant sur six au moins est affecté dans un établissement difficile [1] :

 



[1] Projet de Loi de Finances 2012 – Question n°52 in Questionnaires parlementaires traités par la DGRH ; Missions enseignement scolaire et enseignement supérieur - Décembre 2011.

Académies

Nombre total d’enseignants du 2nd degré

Nombre d’enseignants en établissements APV

% d’enseignants du 2nd degré en établissements APV

Aix-Marseille

15 017

2 245

14.9

Amiens

10 828

2 229

20.6

Besançon

6 687

231

3.2

Bordeaux

15 657

136

0.9

Caen

7 547

342

4.5

Clermont-Ferrand

6 385

342

5.4

Corse

1 622

214

13.2

Créteil

23 744

12 155

51.2

Dijon

8 386

603

7.2

Grenoble

15 966

23

0.1

Guadeloupe

3 413

287

8.4

Guyane

1 505

399

26.5

Lille

22 214

3 984

17.9

Limoges

3 885

312

8.0

Lyon

14 594

1 644

11.3

Martinique

3 027

615

20.3

Montpellier

13 601

1 483

10.9

Nancy-Metz

13 408

689

5.1

Nantes

13 917

535

3.8

Nice

10 264

266

2.6

Orléans-Tours

13 158

545

4.1

Paris

9 684

442

4.6

Poitiers

8 444

357

4.2

Reims

7 387

750

10.2

Rennes

11 637

49

0.4

Réunion (La)

7 290

1 069

14.7

Rouen

10 664

1 240

11.6

Strasbourg

10 336

1 154

11.2

Toulouse

13 868

513

3.7

Versailles

28 460

6 533

23.0

Total

332 595

41 368

12.4

Dans ces établissements difficiles, le quotidien des enseignants est rude. Les témoignages souvent poignants parvenus à notre association permettent de constater que la pratique de GRH est de se concentrer sur la nécessité d’affecter « la ressource enseignante » là où l’on en a besoin sur le territoire :

 

Patrick, 33 ans, avec 9 ans d’ancienneté comme professeur de Vente, Economie et Droit, exprime sa souffrance :

« Depuis ma titularisation, j’enseigne dans des établissements difficiles (en zone prévention violence) ou réputés difficiles. Depuis que j’enseigne dans mon lycée actuel, l’administration me positionne sur des sections difficiles (violences verbales et physiques, élèves peu motivés, …). Cette position quasi-quotidienne de conflit est usante et explique en partie ma volonté d’évoluer professionnellement. Cette réalité d’ailleurs n’avait pas été évoquée lors de mes années de stagiaire en IUFM. Je ne me vois pas faire ce métier encore trente ans. »

 

Elise, 36 ans, professeure des écoles depuis 5 ans, qui se sentait la vocation pour ce métier, fait le même constat :

« Issue moi-même de ZEP (élève dans le 92), sauvée par des profs (d'où ma vocation), j'ai commencé à enseigner dans le 95 et j'ai vite été frappée par l'inutilité de mon métier, vis-à-vis des élèves eux-mêmes, des parents, de l'institution, de l'opinion publique, puis de moi-même. En demandant ma mutation dans une autre région et en enseignant hors de la ZEP, je pensais retrouver un sens à ce métier qui me prend aux tripes, mais malheureusement il y a une telle dégradation dans notre métier que je suis complètement démotivée. Je ne vois plus du tout à quoi les profs des écoles servent aujourd'hui. »

 

Gwen, 33 ans, qui enseigne depuis 10 ans comme professeur des écoles, évoque une accumulation :

 

« Cela fait maintenant quatre ans que j’enseigne dans une école ZEP, trois ans en CE1 et un an en CP/CE1. Depuis déjà quelques années, le métier me sature, la démotivation se fait ressentir un peu plus forte pour chaque jour qui passe (elle est au maximum à ce jour) : ces temps de préparations de cours et corrections inconsidérés, la pression de l’inspectrice, le comportement des élèves qui se détériore, le peu de reconnaissance… J’ai ce sentiment de ne plus m’accomplir dans le métier, je ne ressens plus de plaisir dans l’enseignement. Comment motiver les élèves si je ne suis plus moi-même motivée ? J’ai eu le déclic il y a quelques semaines suite à des soucis personnels puis de santé, un épuisement émotionnel tel qu’il m’a conduit en arrêt pendant 6 semaines. A 33 ans, me reconvertir est une évidence pour moi. Je ne veux plus me consumer de l’intérieur par ce travail qui est la source de ce mal-être. »

Séverine, 53 ans, enseigne les Mathématiques en collège depuis 14 ans, après avoir été directrice de projets informatiques dans le privé, métier qu’elle a quitté pour s'arrêter de travailler pendant 7 ans pour se consacrer à l'éducation de ses enfants. L’enseignement est sa seconde carrière :

« J'ai été affectée dans un collège ZEP depuis mon entrée dans ce métier, j'ai peu de chance d'en sortir avant ma retraite (manque de points), et je réalise que je ne pourrai pas continuer dans ce type de poste, qui demande une énergie considérable, jusqu'à la retraite. Le temps m'est compté, vu mon âge (?!!!) »

 

 

Au total, sur 387 184 enseignants du 2nd degré dans le public en 2012, 41 368 enseignent en APV, soit 10.7%.

Etre affecté en remplacement est une souffrance au travail pour professeurs déracinés ou fragiles

Les enseignants craignent aussi dans leur majorité les affectations en remplacement, soit à l’année comme Titulaire Académique (TA) ou comme Titulaire sur Zone de Remplacement (TZR) dans le 2nd degré, soit comme Titulaires Remplaçants Brigade TRB, pour des remplacements longs de type stages, congés maternité ou adoption, congés longue maladie, ou pour des remplacements de plus courte durée portant sur des Zones d’Intervention Localisées (ZIL).  En effet, ces enseignants sont parfois affectés sur des zones géographiques vastes, avec l’obligation de se rendre dans un à quatre établissements dans la même semaine, parfois deux dans la même journée, et qui peuvent être éloignés de 10 à 100 km l’un de l’autre, ce qui occasionne pour ces enseignants des frais de transport conséquents.

 

Le système de GRH de l’Education Nationale à l’heure actuelle concentre ses efforts sur l’efficacité des « taux de rendements » brut et net :

-          Le taux de rendement brut correspond au ratio entre le nombre de journées de remplacement et de suppléance assurées et le nombre de journées dues par le « potentiel pour le remplacement et la suppléance » (agents titulaires sur zone de remplacement (ZR) et agents non titulaires en CDI). Il approchait les 70% en 2011-2012 ;

-          Le taux de rendement net est obtenu en soustrayant du potentiel de remplacement brut les pertes en Equivalent Temps Plein (ETP) dues aux moyens qui ne sont pas mobilisables : personnels affectés dans l’enseignement supérieur et personnels en difficulté, reliquats de service d’enseignants affectés en établissement, « surnombres disciplinaires » et remplaçants en congé de maladie supérieur à 15 jours. Ce taux approchait les 90% en 2011-2012.

 



 

Les académies ont, entre 2007 et 2012, accru l’efficacité du remplacement des enseignants par ces moyens :

- redécoupage des zones de remplacement, avec un zonage différent en fonction de l’importance des disciplines dans chaque académie. Une zone de remplacement est souvent de taille départementale – parfois académique – pour les disciplines à faible effectif ;

- les temps de services incomplets ont été limités,  les rectorats étant de plus en plus vigilants sur ce point ;

- l’utilisation des TZR s’effectue parfois dans des disciplines voisines de celle dont ils sont titulaires, ce qui optimise leur rendement comme remplaçant, mais décourage de nombreux enseignants qui se sentent ainsi déconsidérés, dévalorisés dans leur professionnalité.

 

En 2010-2011, le taux de rendement net [1] était optimal (supérieur à la moyenne toutes disciplines confondues, soit 87.8%) dans les académies où les établissements difficiles sont les plus nombreux : Versailles (98,3%), Créteil (93,4%), Lille (95,7%), Lyon (91,6%), et Aix-Marseille (91,5%).

 



[1]Source : DGESCO enquête 2010-2011 sur le remplacement

 

L’accroissement d’année en année du taux de rendement, optimisé sous les ministères de Xavier DARCOS puis Luc CHATEL, et le redécoupage des zones de remplacement qui en a accru la superficie, ont fortement influé sur la variété et l’intensité des types de difficultés que rencontrent les enseignants qui subissent ce type d’affectation, souvent dès leur entrée dans le métier, et pendant près d’une dizaine d’années sans possibilité d’obtenir d’autre affectation, faute d’un barème suffisant. Etre remplaçant, en 2013, c’est être plus exposé au risque de rencontrer des difficultés variées et impactantes sur le plan personnel :

 

-          Dans le 1er degré, 8% des professeurs des écoles sont affectés au remplacement, et, comme cela reste insuffisant, les étudiants de Master sont mobilisés dans le cadre des stages qu’ils doivent réaliser pour compléter les manques ;

 

-          Dans le 2nd degré, 4.6% des enseignants de collège et de lycée sont affectés au remplacement. Comme cela ne suffit pas, les académies font de plus en plus appel à des contractuels (étudiants préparant ou ayant échoué aux concours d’enseignement, et « jeunes retraités » de l’enseignement), pour compenser les manques, en recrutant auprès de Pôle emploi. Les étudiants en Master sont eux aussi de plus en plus sollicités.

 

Comme l’administration met deux semaines à plusieurs mois selon les académies à rembourser ces frais liés aux conditions de travail imposées, les enseignants affectés en remplacement le ressentent comme une brimade supplémentaire sur leur pouvoir d’achat. Les enseignants affectés sur des postes de TZR et de TRB réalisent jusqu’à 1000 km par semaine (plusieurs centaines de témoignages concordants sont parvenus à notre association ces 7 dernières années), ce qui génère de la fatigue et du stress comme l’expriment ces enseignants :

 

Diane, 26 ans, est certifiée d’Anglais depuis un an, et a fait les frais de la suppression de la formation initiale à son métier :

« Comme vous pourrez le lire, je suis une toute jeune enseignante en anglais, qui, comme beaucoup, ont subi une année de stress, d'angoisse, dans une première année de mise en place de la "formation non formative" de la réforme.

Avant d'entrer dans ce métier, auquel je pensais être destinée, j'ai suivi un parcours universitaire classique jusqu'au niveau Master en anglais. Lors de ma dernière année, j'ai connu ma première expérience professionnelle éducative en étant chargée de cours pour les anglicistes non spécialistes au niveau Master 1 et 2. Après la fin de ce cycle universitaire, j'ai obtenu le CAPES alors que je préparais l'agrégation, mon projet initial étant de m'orienter vers un doctorat et l'enseignement au supérieur. Je suis donc entrée dans un métier que je n'avais pas forcément "choisi".

Aujourd'hui, et malgré ma courte expérience en tant qu'enseignante, je sais que ce monde ne me convient pas: bien qu'ayant la "chance" d'être en lycée, je réalise que le parcours "d'excellence" jusqu'alors requis pour intégrer ce métier n'a aucun lieu d'être. Exercer ce métier n'a pour moi aucun sens, le savoir didactique demandé étant à des années lumières du savoir universitaire que j'ai pu acquérir. J'éprouve également un profond malaise, tant dans le rapport aux élèves, à la hiérarchie, l'exploitation insupportable des TZR dont je fais partie, qui grève mon pouvoir d’achat…

En résumé, je me suis engagée dans une voie "par défaut" et m'y trouve plus angoissée (au sens fort du terme) qu'épanouie. »

 

Mathilde, 29 ans, professeur d’anglais depuis 3 ans, déplore des conditions de travail très dégradées :

 

« Je suis actuellement en arrêt maladie car je souhaite reconsidérer mon choix de carrière. TZR depuis l'obtention de mon diplôme, je vis très mal les déplacements à droite à gauche, l'impression de ne pas vraiment faire partie d'une équipe et surtout les conditions de travail très dégradées que tout le monde connaît. »

 

Blandine, 29 ans, est professeur des écoles à plein temps, est remplaçante depuis 8 ans :

« Lassée d'exercer sous forme de postes fractionnés comme Brigade ZIL puis TRB, avec un sentiment de véritable gâchis d'énergie, de temps et de compétences, je ne souhaite plus qu'une chose : sortir de la classe. Je me renseigne actuellement sur l'Indemnité de Départ Volontaire pour démissionner, projetant une réorientation professionnelle vers l'orthophonie. J'aurais aimé pouvoir quitter mes quatre classes aux vacances de la Toussaint, prendre le temps de mûrir mon projet plus sereinement, mais un entretien ce matin avec une conseillère carrière aux ressources humaines de l'Inspection Académique m'a ôté tout espoir de 

m'extirper de cette situation avant la fin de l'année scolaire. Tout ce que cette personne m’a suggéré, c'est un arrêt de travail... !!! Cette situation m'est pénible, douloureuse, culpabilisante et de plus en plus irritante. »

 

Nadine, 29 ans, enseigne depuis 7 ans l’Education Musicale en collège :

« Depuis le début de ma carrière, je me rends compte qu'il est temps pour moi de me réorienter. Plus le temps passe et moins je supporte le fait d'enseigner à des élèves contre leur volonté une matière basée sur le plaisir. A cela s'ajoute le rapport de forces quasi-quotidien pour faire régner un minimum de discipline dans certaines classes, ce qui ne me va pas du tout. A cela s'ajoutent les conditions de travail du TZR qui ne sont pas toujours optimales et le refus de l'administration jusqu'ici de m'accorder un temps partiel... J’en suis arrivée au stade où il est temps de passer concrètement à autre chose. J'ai le sentiment de ne pas être écoutée par l'administration et depuis un an, je cherche des informations un peu partout. Mon projet se construit de mois en mois.
Cela fait du bien de parler avec des professeurs ayant le même profil car parler de ses difficultés et/ou de vouloir passer à autre chose est un sujet tabou dans cette institution. »

Marianne, 30 ans, est certifiée d’histoire-géographie depuis 11 ans en collège :

 

« J'entame cette année ma onzième année scolaire dans l'enseignement, et le lot de déceptions face à mon travail ne cesse de s'accroître, alors que je pensais qu’il deviendrait moins important au fil des années. Je me suis lourdement trompée ! Le manque de reconnaissance, la charge du travail à la maison, la fatigue générée par le dynamisme et l'autorité dont on doit faire preuve en classe m'ont démotivée. Après avoir enseigné 6 ans en collège difficile, j'avais enfin obtenu une mutation en lycée, mais j'ai perdu mon poste l'année suivante (mesure de carte scolaire) et me retrouve TZR, baladée d'un collège difficile à un autre. Je "rêve" d'un travail à heures fixes, davantage en contact avec les adultes et avec mon domaine de prédilection (l'histoire : DEA obtenu en 1996), que ce soit dans la préparation de voyages culturels, dans les bibliothèques, les archives ou les musées ou tout autre emploi auquel je n'aurais pas encore pensé. Tout, mais plus prof. »

 

Estelle, 32 ans, professeur des écoles depuis 10 ans, associe clairement les difficultés qu’elle a éprouvées comme ITR [1] a son envie de changer de métier :

« Voici mon parcours depuis que j'ai commencé il y a 7 ans : 1re année en tant qu'ITR Brigade (poste à l'année), 2e et 3e année j’ai eu un complément de mi-temps et une décharge de direction, puis de la 4e à la 7e  année  de nouveau ITR. Je travaillais loin de mon domicile et les trajets quotidiens étaient épuisants. Je n'arrive plus à sortir de cette affectation, et je ne pense pas qu'il existe de nombreux métiers où on "rame" autant d'années pour faire sa place. Je n'arrive donc plus à ressentir de plaisir à exercer cette profession pour plusieurs raisons : mobilité permanente, aucune reconnaissance, hiérarchie sourde, conditions de travail compliquées, parents omniprésents et très peu ouverts d'esprits, élèves trop peu intéressés par ce qu'on leur propose (et ce malgré le temps passé à concocter des séances motivantes). Cela représente une profonde déception à la hauteur des aspirations que j'avais. A présent, je souhaite me reconvertir. »

 

Joëlle, 34 ans et 9 ans d’ancienneté comme professeur d’anglais en lycée, titulaire d’un Master 2, détaille les frustrations que peut ressentir un professeur remplaçant :

« Les raisons qui me poussent à évoluer sont nombreuses. C’est l’usure causée par mon statut de TZR et la lassitude du métier en général qui me poussent vers un changement. Je suis passée dans 8 établissements depuis 9 ans, ce qui implique que tous les ans je dois refaire tous mes cours, m’adapter à un nouvel établissement, à des nouveaux collègues. J’ai l’impression que le travail effectué chaque année n’est pas pris en compte. Je ressens aujourd’hui le besoin de continuité dans mon travail et mes relations, ainsi que de reconnaissance pour le travail que j’effectue. J’ai en outre l’impression d’avoir fait le tour du métier : je m’ennuie lorsque j’occupe un poste en collège ; je n’ai plus de motivation pour préparer les cours, même lorsque je suis en lycée.

Le statut de TZR me demande chaque année un travail important, si bien qu’il m’est difficile de faire la coupure entre vie privée et vie professionnelle : du coup, je n’ai jamais l’esprit tranquille, c’est très stressant et nerveusement épuisant. L’affectation dans un nouvel établissement à chaque rentrée me permet difficilement de me lancer dans des activités extérieures à la classe : je dois me raccrocher à des projets déjà mis sur pied par des collègues (accompagnement de sorties, voyages). Je pense aussi qu’enseigner l’anglais n’a jamais été une vocation. Passer le CAPES d’anglais a plutôt été un choix fait par défaut. Dès mon année de stage, je ne me suis pas sentie dans mon élément. Je ne me sens pas à l’aise dans ce milieu ni très épanouie dans ce métier. Je suis fatiguée du manque de respect, des incivilités des élèves, du manque de motivation de certains. Le public a changé depuis le début de ma carrière, mais j’ai l’impression que l’EN n’offre pas de solutions à cette évolution. »

 

Nacéra, 37 ans, docteur-ès Sciences et certifiée de SVT depuis 7 ans, évoque le retentissement que l’affectation comme TZR a pu avoir sur sa vie personnelle :

« Actuellement en arrêt maladie du fait d'une affectation pour la 3è année consécutive sur un poste de TZR à plus de 100 km de mon domicile, je désire me rapprocher professionnellement de mon compagnon (lui-même enseignant) et de notre fils de 2 ans. En effet, je ne supporte plus ni physiquement ni moralement d'effectuer mes enseignements dans des conditions si difficiles, car mon expérience de l'année dernière m'a montré qu'une telle affectation me rendait malade physiquement, et beaucoup trop nerveuse sans qu'il n'y en ait des retombées importantes sur mon self-contrôle en classe ni sur ma vie de famille. Je suis donc actuellement en train de voir quels types de métiers (autres que l'enseignement des SVT) je pourrais faire. J'ai envisagé de faire une formation d'attachée de recherche clinique ou de rechercher un emploi dans la recherche, car j'ai fait antérieurement à mon CAPES une thèse et un post-doctorat. »

 

Eric, 44 ans, enseignant en Sciences Physiques depuis 17 ans, fait le même constat amer :

« Mon début de carrière a été plutôt chaotique, dans l’académie de X il y avait une grosse pénurie de postes, j’ai donc été TZR pendant 12 ans, ballotté de remplacements en remplacements (collège, LP, lycée...) ce qui a considérablement freiné mon avancement de carrière. »

 

Les affectations dans les zones urbaines sont les plus épuisantes, ainsi que dans les zones montagneuses où le relief contraint l’enseignant à réaliser de nombreux détours. L’administration calcule parfois ses affectations « à vol d’oiseau »,  sans tenir toujours compte du contexte familial de l’enseignant (célibataire ou en couple avec enfants en bas-âge, homme ou femme, difficultés financières émises par le professeur, etc.), des contraintes de relief, ou des conditions de circulation sur certains axes. Les enseignants ayant des soucis de santé, affectés dans des départements où les axes de transports sont surchargés aux heures de pointe, sont rapidement usés par leurs conditions de travail.  Dans certains cas, l’emploi du temps partagé entre deux ou trois établissements dans la même journée génère un stress supplémentaire,  ce qui n’aide pas le jeune enseignant dans l’apprentissage de sa pratique professionnelle. Comme les professeurs remplacent sur des durées variables, souvent courtes comme les TRB dans le 1er degré, ils se sentent mal acceptés, mal considérés par les chefs d’établissement voire leurs collègues temporaires. Ils se qualifient eux-mêmes de « sous-profs », de « pions », de « bouche-trous », et perdent en quelques années toute l’estime qu’ils pouvaient avoir d’eux-mêmes en entrant dans ce métier :

 

Clotilde, 32 ans, professeur d’italien depuis 10 ans, se sent isolée dans son métier, et pas du tout soutenue par la hiérarchie :

« Me voilà depuis 8 ans TZR dans le Pas-de-Calais !!! à l'ennui et le sentiment d’être un pion balloté ici et là s'ajoutent le sentiment d'un métier de plus en plus déconnecté des réalités, le mépris croissant de l'administration et du Rectorat, le cynisme et l'individualisme des collègues, la solitude et la nostalgie de mes terres d'origine. »

 

Aurélie, 34 ans, enseignante d’histoire-géographie en collège depuis 12 ans, est consciente que c’est ce type d’affectation qui la dégoûte progressivement de son métier :

« TZR depuis 10 ans, je désespère d'avoir un poste fixe. Je souffre d'une véritable lassitude, c'est pourquoi je m'interroge sur mon métier. Je ne suis pas certaine de vouloir quitter l'enseignement car cette lassitude n'est peut-être que le résultat de mon statut. Par ailleurs j'ai 2 enfants en bas âge ce qui me freine pour m'engager dans un projet de seconde carrière. »

 

Jean-Denis, 33 ans, certifié de Technologie depuis 3 ans, doute déjà de ce métier :

« Après 3 années d'enseignement je me pose beaucoup de questions sur la poursuite de ma carrière dans l'enseignement. Les raisons de mon questionnements sont multiples ; je ne pense pas pouvoir supporter des adolescents qui sont dans une classe juste pour se divertir, j'enseigne une discipline qui n'est pas considérée et qui ne correspond pas à ma voie professionnelle initiale (électronique) et je considère que mon niveau d'étude me permettrait d'enseigner dans des niveaux plus élevés tel que le lycée ou bien l'enseignement supérieur.

De plus mes débuts dans l'enseignement m'ont obligé à me retrouver loin de ma région d'origine et mon statut de TZR avec une année scolaire à partager entre 2 ou 3 établissements n'ont pas aidé à maintenir ma motivation. Je pense que ma formation et que mon expérience professionnelle (plusieurs années dans le privé en tant qu'ingénieur avant de devenir enseignant) pourraient me permettre de me réorienter vers une fonction plus gratifiante que de demander à des élèves, pendant des heures, de se taire ou bien de travailler... Je ne suis pas éducateur ! »

 

Maryline, 35 ans, agrégée d’histoire, enseigne depuis 11 ans, et se sent déqualifiée dans son métier d’enseignante. Elle ne sait plus que faire pour en sortir :

« Je pense à quitter l'Education Nationale depuis très longtemps, les conditions de travail étant devenues insupportables. Aujourd'hui TZR, je vais garder ce statut de longues années avec les trajets qui en découlent et l'absence de toute perspective d'évolution de carrière. De plus, suite à une dépression très sévère, être devant les élèves est pour moi une souffrance. J'ai également l'impression de régresser intellectuellement, étant toujours affectée en collège ... après avoir "goûté" à la recherche en obtenant un Doctorat d’Histoire. J'aimerais m'orienter vers un métier qui ne soit plus exposé aux enfants et qui me permette d'exercer une véritable activité intellectuelle. Je pense à des postes de conservateurs de bibliothèque, ou à des postes de rédacteurs ou de conservation. Je suis dans le flou et ai besoin de conseils et d'aide. »

 

Sabrina, 40 ans, professeur de Sciences Economiques et Sociales (SES) depuis 18 ans, a perdu confiance :

« Titulaire sur zone de remplacement sur deux départements (…), j’effectue 800 km par semaine depuis 10 ans, et je n’en peux plus. Je n'arrive plus à me projeter en classe devant des élèves. Quand je suis en poste, j'ai la « tête dans le guidon », j'ai l'impression de ne jamais faire sereinement ce qu'on me demande de faire et je suis angoissée en permanence. J'ai l'impression de ne pas maîtriser les savoirs que je suis censé transmettre aux élèves. Je pensais qu'avec l'expérience, enseigner serait plus facile mais cela fait 16 ans que je suis prof, toujours remplaçante, et c'est toujours aussi difficile voire pire qu'avant. J’ai le sentiment d’être devenu un sous-prof, complètement déqualifiée. Finalement je pense que l'enseignement n'est pas fait pour moi. J'ai totalement perdu confiance en moi et je ne peux pas m'imaginer continuer dans cette voie. Je profite donc du temps que j'ai actuellement en congé maladie pour me reconvertir car il m'est totalement impossible de le faire quand je suis en poste. »  



[1] Titulaire Remplacement Indifférencié

l'enseignement n'est pas fait pour moi. J'ai totalement perdu confiance en moi et je ne peux pas m'imaginer continuer dans cette voie. Je profite donc du temps que j'ai actuellement en congé maladie pour me reconvertir car il m'est totalement impossible de le faire quand je suis en poste. » 

 

Les découragements sont très fréquents parmi ces enseignants, et il leur est difficile de s’extraire de ce type d’affectations, de moins en moins bien valorisées dans les barèmes de mutation.  Les enseignants très diplômés, ou ayant réussi un concours de haut niveau comme l’agrégation, souffrent plus vite que d’autres de ces affectations précaires, et rencontrent plus fréquemment, d’après les témoignages qui parviennent à Aide aux Profs, des situations de déprime, voire de dépression nerveuse. L’affectation plus de 5 ans en TZR ou TRB incite de plus en plus les jeunes enseignants (d’après les témoignages qui nous parviennent depuis 2009) à réfléchir à une démission, ou à chercher une reconversion interne hors enseignement. Un sursaut pour inventer une nouvelle gestion des remplacements s’avère indispensable, car les carrières courtes deviendront plus nombreuses, avec un turn-over accentué dans certaines académies, comme celle de Créteil, où le temps moyen d’occupation d’un poste n’est que de 4 ans.

 

En décembre 2011, 37 930[1] instituteurs et professeurs des écoles stagiaires et titulaires étaient remplaçants (soit 8% des enseignants du 1er degré), dont 73.5% de femmes, avec une moyenne d’âge de 35.6 ans. Pour les mères de jeunes enfants, cette situation constitue un sérieux handicap dans l’exercice du métier, notamment lorsque les trajets sont longs, ou fatigants du fait des embouteillages, en particulier dans les académies les plus urbanisées où les postes sont les plus difficiles (Versailles, Créteil, Lille, Marseille). Dans le 2nd degré, en 2012, 16 058[2] enseignants étaient mobilisables pour le remplacement (soit 4.7% des enseignants du 2nd degré).

 

 



[1] ORPE de décembre 2011 des enseignants du 1er degré, Ministère de l’Education Nationale

[2] ORPE de février 2012 des enseignants du 2nd degré, Ministère de l’Education Nationale

L'entrée dans le métier est l'apprentissage de la désillusion tellement la formation est inadaptée. Il faut l'améliorer.

 

Les étudiants qui rêvaient, par tradition familiale ou attirance personnelle, d’enseigner, sont souvent confrontés à la réalité du terrain, en particulier pour ceux affectés dès leur premier poste dans un établissement difficile (ZEP, ZUS, RAR, PEP, ECLAIR), ou comme remplaçant. Pendant un à cinq ans, selon leur tempérament, ils vont s’investir sans compter, convaincus qu’il est « normal » d’être en difficulté les premières années dans un métier que l’on découvre, et pour lequel la formation a parfois semblé insuffisante. Les meilleures volontés s’accrochent, endurent au quotidien, supportent, espérant qu’un jour, « ça ira mieux, avec l’expérience ».

 

Mais pour certains, rien ne s’arrange, au fil des ans, l’instabilité du poste perdure, les établissements « à particularités » se succèdent, le degré d’écoute des inspecteurs ou des chefs d’établissement n’est pas uniforme, et c’est la désillusion qui pointe, voire le ras-le-bol. Côtoyer en « salle des profs » des collègues de plus de 50 ans au quotidien peut devenir anxiogène et beaucoup de jeunes enseignants nous disent « je ne veux pas terminer comme eux », ou « mes collègues sont aigris, usés, je veux partir avant d’en arriver là ».

 

Carine, 24 ans, professeur de Lettres Modernes depuis 9 mois à plein temps, s’interroge sur son employabilité en-dehors de l’enseignement avec son Master :

« Néo-titulaire, j'ai vécu une année de stage détestable et suis convaincue d'en avoir assez vu. Je cherche à me réorienter au plus vite sans projet précis, et crains que mon Master de Lettres modernes ne soit guère valorisé sur le marché du travail. »

 

Alexis, 25 ans, professeur certifié de Lettres Modernes depuis 2 ans à plein temps, est devenu enseignant par défaut d’autre débouché :

« J'ai fait des études de lettres parce que j'aimais écrire. Il ne me restait plus qu'à passer le Capes que je m'étais juré de ne jamais passer : retourner au collège était ce qui s'approchait le plus de l'enfer pour moi, et je refusais de me lancer dans ce métier où la relation conflictuelle est inévitable avec les élèves. De plus, je ne supporte pas de me mettre en scène. Ce que j’appréhendais est arrivé : ce métier me détruit, me ronge, sape mon optimismeJe suis malade à l'idée d'aller prendre mes élèves cet après-midi. Et je ne dis rien du système qui me répugne, infantilise, humilie ou méprise, et que j'ai honte de n'avoir pas encore su quitter. »

 

Viviane, 25 ans, professeur des écoles, a fait une dépression dès sa première année d’enseignement, ce qui l’a incitée à se mettre en disponibilité pour envisager autre chose :

 

« Suite à l'obtention du CRPE en 2008, j'ai effectué mon année en tant que stagiaire puis six mois en tant que titulaire. Après 3 mois d'arrêt maladie pour dépression, j'ai finalement obtenu une mise en disponibilité pour convenances personnelles pour me réorienter. En effet, je me suis très vite sentie mal à l'aise dans une classe, ressentant un profond sentiment de solitude, consacrant un temps beaucoup trop long à mes préparations et corrections en dehors du temps de classe. »

 

Cyrille, 26 ans, est professeur des écoles depuis 3 ans à plein temps

« Je suis un jeune enseignant, j'ai débuté en tant que stagiaire, j'avais des petites sections. Lors de ma première année comme titulaire, j’étais en charge de 4 classes dans 4 écoles différentes: 

CM2, Moyenne Section (MS), MS/Grande Section (GS) et Petite Section (PS). L'année suivante, j'ai fait une demande pour découvrir l'enseignement spécialisé, et j'ai exercé en ULIS troubles des apprentissages, et cette année je suis affecté en SEGPA. Je ne suis pas spécialisé, et  je me retrouve face à la réalité du terrain qui ne me correspond pas. Depuis ma première année je pense à une reconversion professionnelle, et là cette expérience en SEGPA confirme mon désir de ne pas poursuivre. J'aime enseigner et préparer mes cours, le contact aux élèves et la gestion de classe se déroulent pourtant bien. Mais je ne m'y épanouis pas, le système scolaire ne me semble pas convenir à ce que je souhaite, j'ai du mal à envisager une évolution dans ma carrière, et l'institution n'a pas été d'un bon soutien pour moi. »

 

Coralie, 26 ans, professeur certifiée d’Anglais depuis un an, s’est sentie traitée « comme une serpillière » dit-elle, depuis sa première affectation comme TZR en lycées professionnels :

« J'ai choisi ce métier car il me paraissait intéressant, et j’ai effectué mon année de stage l'an dernier. Cette année, j'ai été affectée comme TZR dans une autre académie. On m'a annoncé que j'avais été sélectionnée pour deux remplacements par semaine, éloignés l’un de l’autre de 50 km. Dès la première heure de mon premier cours du premier lycée où j’ai enseigné, je suis allée dans ma salle, j'ai tenu dix minutes montre en main tant c'était le foutoir, et tant je me sentais humiliée. J'ai pris mes affaires et je suis partie m'effondrer chez le proviseur. Pour lui, rien de grave : ces élèves-là aiment "taquiner" ; de toute façon, « les élèves ne vont pas aller en s'améliorant et il faut bien que je me fasse à cette idée » m’a-t-il dit. Il y a sans doute mieux ailleurs, mais il y a aussi largement pire ; on va dire les choses aux parents, mais sans être désagréable (au cas où ils se vexent, j'imagine !) ; c'est à l'enseignant de s'adapter à ce nouveau public, etc...

Traduction : tu es une serpillière.

Le lendemain je ne suis pas allée en cours et j'ai prévenu le lycée que je me rendais chez le médecin. J'ai eu droit à un message sur mon répondeur me disant que si je me faisais arrêter, autant que je le fasse jusqu'aux vacances de la Toussaint, comme ça, ce serait plus pratique pour eux, et ils auraient un remplaçant. Je ne sais pas pourquoi, mais la dernière fois que j'ai consulté le terme "sollicitude" dans le dictionnaire, la définition ne correspondait pas à ça... J'ai raconté ça au médecin qui est tombé des nues. Il a fait une lettre au médecin du travail tant il était scandalisé par ce que je lui rapportais, en m’arrêtant pour "dépression réactionnelle" - ça dit assez bien ce que ça veut dire. J'en veux vraiment à ce système qui m'oblige à mettre un genou à terre, à être ce que je ne suis pas. J'ai souvent cru que, parce que j'avais une bouille sympa, que j'étais gentille et pas trop bête, ça se passerait bien pour moi, mais c'est loin d'être le cas.

Je prépare donc un concours dans le domaine culturel, histoire de fuir au plus vite, car l'Education Nationale, j'en ai ma claque, et j'ai besoin d'une sortie de secours là tout de suite pour assurer le quotidien. Je ne sais pas comment j’en suis arrivée là, mais ce travail m'est devenu insupportable, à commencer par les élèves, peu motivés par la matière, dépourvus de toute curiosité intellectuelle, impolis, vulgaires et qui participent à des expéditions punitives en brûlant des poubelles dans leur quartier. Je pense mériter mieux que ce que je vis actuellement, et je me battrai pour que ma situation se transforme radicalement. »

 

Hélène, 27 ans, professeure certifiée de Mathématiques, enseigne depuis 2 ans et ne supporte déjà plus son métier :

« En 2009, j'ai passé et réussi le concours du CAPES mathématiques par passion pour cette discipline, et envie de la transmettre. En 2009/2010, j'ai fait une première année de stage à l'issue de laquelle mon stage a été renouvelé. En 2010/2011, j'ai fait une deuxième année de stage à l'issue de laquelle j'ai été titularisée.

 

Pendant ces 2 années, j'ai senti que je ne voulais pas être prof, j'ai d'ailleurs été suivie par une psychologue sur la fin de la 2e année, mais la pression des proches et des collègues qui me disaient que c'était normal, qu'il fallait que je m'accroche, qu'avec l'expérience tout irait mieux, m'a poussé à continuer dans cette voie.

Je suis actuellement néo-titulaire dans un département d’outre-mer (DOM) et, bien que je sois absolument ravie d'avoir quitté la France, que j'adore le département où je suis, la population et y vivre, je ne peux que constater qu'au bout de 3 mois d'enseignement, je ne supporte plus ce métier.

 

J'en viens à presque détester mes élèves, que je trouverais dans d'autres circonstances très attachants, et je m'en veux beaucoup de ne pas leur proposer l'enseignement de qualité auquel ils auraient droit, mais que je n'ai pas la force/la motivation/la capacité de leur prodiguer. Il m'apparait de plus en plus comme une évidence que pour mon bien comme pour le leur, il faut que j'arrête ce métier. »

 

Juliette, 28 ans, est professeure des écoles depuis 4 ans, et se demande si l’Education nationale la laissera partir, alors qu’elle n’aime déjà plus son métier :

«Je suis rentrée directement à l'IUFM à 22 ans, après l'obtention d'une Licence de Sciences du Langage et sans aucune expérience professionnelle dans un quelconque domaine.

 

Je me rends compte, au cours de ma sixième rentrée scolaire, que le métier de professeur des écoles ne me correspond plus. D'année en année, nos conditions de travail et celles des élèves se dégradent à une vitesse phénoménale. J'ai testé l'école élémentaire, maternelle, le handicap, les contextes socio-économiques divers. Au final, tous les domaines m'écoeurent. En particulier le travail avec une classe entière à l'année, avec toutes les tâches administratives et les demandes de résultats qu'on nous demande.

 

Dans l'éducation nationale, la sécurité de l'emploi et le salaire régulier rassurent mon côté angoissé pour l'avenir, mais le manque de mobilité et de perspective d'évolution m'étouffent. Je ne trouve pas d'interlocuteur à l'éducation nationale qui puisse m'aider efficacement dans mes démarches, qui prenne le temps d'écouter tout cela, et qui puisse surtout m'orienter, m'aider dans mes démarches, en se mettant de mon côté et en agissant à MON avantage (et pas celui du Ministère !) Mais me laissera-t-on "partir" ? »

 

Augustin, 28 ans, professeur de Physique-Chimie depuis 4 ans, est TZR tous les ans, et éprouve un stress et une fatigue psychologiques intenses :

« Ma carrière d'enseignant débute en 2006 après l'obtention du concours après deux années d'IUFM, après une licence de physique chimie. Je suis en poste fixe depuis cette année ayant été TZR les années précédentes (changement d'établissement tous les ans).

Mes motivations à changer de carrière sont multiples : je me suis rapidement rendu compte que je ne pourrai pas faire ce métier toute ma vie (stress et fatigue psychologique intense).

J'ai vu en cinq ans les conditions du métier se dégrader (30 élèves par classes en sciences, on me demande de faire des maths en tant que TZR de physique…). Le peu de satisfaction que j'ai dans ce métier ne compense pas mon investissement personnel. Les évolutions de carrières proposées ne m’intéressent pas ou peu (chef d'établissement...)

J'en arrive donc à la conclusion qu'il ne faut pas trop que j'attende pour changer de métier et je me rends vite compte qu'il ne faut pas que je sois trop exigeant dans ma reconversion si je veux qu’elle ait lieu rapidement. »

 

Gwladys, 28 ans, est professeur des écoles depuis 4 ans à plein temps ; devenir « maîtresse » était pour elle une vocation, et elle le regrette amèrement :

« Je n'enseigne que depuis 4 ans, mais je ne suis pas heureuse dans mon métier. Devenir "maîtresse" était pour moi une vocation, et je le regrette amèrement. Durant mes études, je n'ai jamais envisagé de faire autre chose, et je déchante aujourd'hui.

Je pense donc qu'il serait bon que j'envisage d'exercer un autre emploi afin de pouvoir m'épanouir professionnellement. Je ne sais pas vraiment vers quoi ni vers qui me tourner, ni quelle reconversion envisager en fonction de mes diplômes. »

 

Firmin, 30 ans, certifié d’Anglais depuis un an, a adressé sa démission à son rectorat, car continuer d’enseigner lui est devenu impossible :

 

« Titulaire depuis un an et TZR dans l’académie de X, je travaille actuellement dans un collège de ZEP. Mon année de stage et ma première année en tant que titulaire ayant été particulièrement éprouvantes psychologiquement (difficultés insurmontables à gérer mes classes, ainsi qu'à adapter mon travail aux consignes du ministère) je viens d’adresser ma démission au rectorat, et envisage une reconversion dans le domaine de la traduction et/ou de l'édition. J'ai cependant conscience de la difficulté à trouver des emplois dans ces domaines et je m'interroge sur la manière la moins risquée de quitter mon poste (continuer m'est devenu impossible) ».

Audrey, 30 ans, professeur des écoles à plein temps depuis un an : j’ai quitté l’école comme petite fille modèle, je la retrouve dans la peau d’une instit en difficulté :

« Comme beaucoup sur ce site, je me permets de faire appel à vous, un peu comme on appellerait au secours. Et le mot n'est pas trop fort.

J'ai toujours aimé étudier, à tel point que, plus jeune, je ne me suis jamais posée la question d'une orientation quelconque. Je faisais des études pour le plaisir, pas par stratégie. J'ai donc passé maîtrise de Français Langue Etrangère, par goût, par plaisir, par envie. Je le répète : je n'avais aucune idée particulière, aucune envie, si ce n'est celle, un peu vague, de faire un métier pour lequel je sens que je suis vraiment faite. Pour faire court, le concours du CRPE m'a paru accessible. Je l'ai donc préparé seule, et me voici stagiaire à l'IUFM deux mois plus tard.

Très vite, je réalise que quelque chose ne va pas: je ne suis pas malheureuse, un salaire correct tombe tous les mois, un statut enviable de prime abord m'accorde des vacances de façon certaine et une sécurité de l'emploi à faire pâlir un cadre-sup sous réserve que je sois titularisée. Bref, tout pour être heureuse mais un arrière goût bizarre dans la bouche que je ne parviens pas vraiment à identifier. Mes stages ne sont pas tous, heureusement, des calvaires mais le rapport avec les élèves se révèle éprouvant et loin d'être à la hauteur de mes attentes. J'avais quitté une école en petite fille modèle, j'y retournais dans la peau de l'instit et j'étais face à des enfants aux difficultés diverses et variées, sociales, comportementales et qui ont, pour la plupart, bien d'autres chats à fouetter que mes leçons sur le COD (Complément d’Objet Direct). L'année de T1 s'est déroulée sans trop d'encombre mais avec l'impression de plus en plus prégnante de n'être pas à ma place. Je me retrouve aujourd'hui à faire un travail que je n'exècre pas mais qui ne me plaît pas. J'ai le sentiment d'être malhonnête vis-à-vis des élèves qui méritent une enseignante passionnée et j'ai la désagréable impression d'être une immense imposture. Les préparations de cours et les corrections me sortent littéralement par les yeux. Pourtant, je ne suis pas paresseuse et j'ai une grande capacité de travail et de concentration. Encore faut-il que je puisse être convaincue que le jeu en vaille la chandelle, ce qui, vous l'aurez compris, n'est pas le cas et ne l'a jamais été.

Je me sens démunie, je ne sais pas quoi faire d'autre, je n'ai pas vraiment les moyens financiers de m'arrêter de travailler pour me lancer dans autre chose, je n'ai pas assez d'ancienneté pour prétendre à une formation quelconque, je suis très intéressée par beaucoup de domaines mais je ne sais pas comment m'y prendre, d'autant plus que cette année, j'assure quatre quarts de temps, sur 4 écoles différentes, du CM2 à la PS, avec deux double-niveaux !!! Je refuse de me tuer à la tâche alors que je n'y crois pas. J'ai tellement envie de vivre une vie que je ne regretterai pas. »

 

Reine, 30 ans, a obtenu un Capes d’Espagnol depuis 4 ans ; de plus en plus angoissée, elle commence à suivre un traitement d’anxiolytiques :

« Après avoir obtenu un Master 2, j'ai passé le CAPES d'espagnol. Je suis actuellement professeur titulaire d'espagnol depuis maintenant 4 ans. Les premières années ont été très difficiles mais malgré ma petite expérience, j'ai le sentiment que la situation n'a pas réellement évolué : la discipline et l'autorité me posent vraiment problème, je ne parviens pas à gérer mes classes et je me sens de plus en plus angoissée, faire cours est devenu un supplice pour moi et je commence d'ailleurs à suivre un traitement d'anxiolytiques. Il est urgent pour moi de changer de voie, d'autant plus que je viens d'avoir une petite fille qui me demande beaucoup d'attention : je m'aperçois que je n'ai plus vraiment de temps pour préparer mes cours et je voudrais à présent une claire séparation entre vie privée et vie professionnelle. Je ne sais pas par où commencer mes recherches ni vers qui me tourner mais il est vital pour moi de changer de métier. »

 

Fabrice, 34 ans, professeur certifié d’Education Musicale depuis 11 ans à plein temps, souhaitait enseigner, mais son métier est devenu une corvée quotidienne :

« J'ai 34 ans, et j’ai fait ce métier par envie. Cela fait 10 années que j'enseigne en collège, et depuis quelques temps je sens bien que le cœur n'y est plus. Pourtant je ne travaille pas dans des conditions particulièrement difficiles, mais je n'y peux rien, le métier ne me motive plus. Je n'ai plus envie d'aller travailler, les élèves me fatiguent, à tous les sens du terme, et je n'ai plus envie de faire cours.

Cette situation me désole très franchement, car il serait bien plus simple pour moi que les choses puissent continuer comme avant, mais il faut bien se résoudre à ouvrir les yeux: je n'ai plus l'envie, et tout ça est devenu une corvée.

D'où ma question: que peut espérer devenir un prof de musique au collège s'il n'enseigne plus? Existe-t-il des moyens de reconversion dans mon ministère, ou bien un autre? Existe-t-il des possibilités pour retrouver un autre emploi qui ne soit pas une corvée et que j'accomplisse sans me faire violence? »

Fleur, 34 ans, professeur des écoles depuis 6 ans à temps partiel, a perdu confiance dans ses capacités, et son métier lui dévore tout son temps :

« J’ai d’abord obtenu un DESS des Métiers de l’archéologie et du patrimoine, et je me suis lassée d’aller de stage en stage bénévoles, sans réelle perspective d’emplois dans ce qui me passionnait. Donc, écoutant les conseils d’une amie Professeur des Ecoles (PE), j’ai passé et réussi le concours. La formation à l’IUFM m’est apparue totalement à côté de mes questionnements, j’ai eu dès lors le sentiment d’être parachutée dans une classe sans filet. Ce sentiment perdure depuis :

- Ce sentiment de n’être pas formée à l’enseignement, ne pas être légitimée par une formation correcte.

- Les affections loin de mon domicile et sur des postes fractionnés : cette année, restant à mi-temps (car j’ai une enfant en bas âge), j’ai un quart temps en primaire avec cours double et un autre quart temps en maternelle en Petite Section ! C’est dur à gérer, je ne suis pas motivée, j’ai l’impression de n’être que bouche-trou pour l’administration, les parents, les collègues.

- Le travail énorme à fournir chaque année. Comme je ne suis pas titulaire de mon poste, j’attends chaque rentrée mon affectation, je ne peux rien prévoir à l’avance, je change de niveau constamment. Une année, j’ai même été affectée dans 2 établissements spécialisés, sans formation, auprès d’élèves très handicapés (physiques, mentaux) et d’adolescents ayant des troubles psychiatriques. Cette expérience a été très éprouvante, je n’ai reçu aucun soutien de la hiérarchie ni aucune aide. A la fin de cette année, l’idée de changer de voie m’est alors apparue clairement.

- L’impression de ne pouvoir parler de mes doutes à personne dans le métier. Peur de se sentir moins bonne enseignante que les autres, car eux poursuivent le métier sans broncher.

- La pression exercée par les parents, la hiérarchie qui demande toujours plus, les programmes, les effectifs de classe.

- L’idée qu’éduquer c’est essentiel mais que je ne veux plus participer à ce système qui écrase les plus faibles, et tire les plus forts. Les conditions actuelles d’enseignement sont telles que je ne me sens pas en mesure d’enseigner au plus grand nombre. Je ne supporte plus de laisser sur le côté certains élèves faute de temps et d’énergie.

En bref, je suis démotivée par le travail d’enseignante qui ne correspond pas à ce que je pensais, qui m’oppresse dans les conditions actuelles. J’ai pourtant peur du changement, j’ai l’impression de n’être plus capable de rien en dehors de l’école. J’ai perdu confiance en mes capacités. J’ai grandement besoin d’être remotivée pour trouver une voie qui me correspondrait mieux. »

 

Martine, 34 ans, est professeur des écoles depuis 5 ans à temps partiel :

« J’ai l’impression que quitter l’enseignement est devenu une vraie urgence pour moi, ce qui est très perturbant car il s’agit déjà d’une reconversion !

Après un DEA en STAPS (Physiologie de l’exercice physique), je me suis orientée naturellement vers une thèse. Après 2 ans de thèse et de souffrances, j’ai décidé d’arrêter. Le harcèlement psychologique a eu raison de ma passion pour la recherche. Après une longue réflexion, je me suis orientée vers le CRPE pensant que je trouverais là ma place. J’aimais enseigner lorsque j’étais en DEA et en thèse (bien qu’à ce moment-là j’enseignais à des étudiants) et il me semblait que j’y trouverais rapidement ma place. Or, ce n’est pas le cas. Je supporte mal de n’avoir toujours pas ma classe (en effet, j’ai obtenu mon concours il y a 5 ans) et depuis je suis « bouche-trous » pour les collègues à mi-temps. Résultats, je change d’école tous les ans avec tout ce que ça comporte, j’ai mes classes une fois par semaine. Je ne parviens pas à apprécier cette situation, je ne peux rien mettre en place correctement et je me sens très frustrée. Du coup, j’ai beaucoup de mal à supporter le comportement des élèves, de moins en moins intéressés (je passe un temps fou à essayer de construire des choses le plus ludiques possible et pourtant…c’est ma famille qui en pâtit avec si peu de résultats), de plus en plus indisciplinés et ce de plus en plus jeunes. J’ai du mal aussi à supporter d’être pour l’administration un simple numéro et de n’avoir aucune reconnaissance de mon travail (c’est un peu narcissique certes mais je ne demande pas la gloire juste que ce soit reconnu, ce système de notes d’inspection est absolument stupide et ne permet pas du tout de savoir où on en est, que l’on travaille ou pas c’est pareil). Je n’ai pour l’instant réussi à avoir aucune formation (je n’ai même pas eu mes stages en Titulaire 1re année parce que j’étais en congé maternité et parental). Quant aux parents !!!!! Heureusement, il y en a une majorité d’agréables et de corrects….J’en ai également marre d’être considérée comme un fainéante parce que j’ai beaucoup de vacances aussi alors que je travaille comme une malade…

Je réfléchis beaucoup à ce que je pourrais faire et je me suis longtemps senti comme prise au piège avec aucune perspective. Cependant, vous le comprendrez, me reconvertir une nouvelle fois m’effraie ! Et si je me trompais de nouveau !!! »