Les élèves épuisent des milliers de professeurs. S'ils étaient tous gentils et attentifs, être professeur serait un plaisir.


Muriel, 41 ans, enseigne l’Anglais à temps partiel en collège depuis 10 ans, et se sent débordée dans son quotidien personnel au fil des réformes :

 

 

« Je rencontre de plus en plus de difficultés à m'imposer dans les classes au bout de dix ans, je me rends compte aussi que je peux être très désagréable avec certains élèves, ce qui n'est pas l'objectif de l'enseignement, que cela me mine intérieurement et perturbe ma vie familiale ; je reviens d'un congé de maternité et je me sens débordée malgré mon mi-temps par mes activités pédagogiques, administratives et par les nouvelles réformes avec le B2I. J'ai l'impression d'être un extra-terrestre. »

 

Marie-Cécile, 38 ans, est certifiée de Lettres-Modernes à temps partiel depuis 13 ans, et exprime sa souffrance de mère débordée par un métier devenu anxiogène :

 

« Je n’imagine pas être en classe jusqu’à l’âge de 67 ans et je pense qu’il vaut mieux ne pas se reconvertir trop tard…J’avoue aussi que je trouve la relation aux élèves stimulante mais fatigante, il faut être extrêmement patient, ce que je suis. Mais comme je suis aujourd’hui mère de trois enfants en bas-âge qui demandent eux-aussi beaucoup de patience, j’ai l’impression de toujours devoir prendre sur moi et que par périodes, c’est ma santé qui est en jeu.

Je suis aussi un peu lasse de la perméabilité entre la vie professionnelle et la vie personnelle : certes, je récupère mes enfants à la sortie de l’école tous les soirs ou presque, mais je suis à mon bureau, tous les soirs aussi, jusqu’à 23 heures au moins, pour assurer la préparation des cours une fois qu’ils sont couchés.

 

J’ai un peu l’impression de ne pas avoir de perspective de carrière, ni d’évolution et je trouve que les professeurs sont bien mal payés pour le travail qu’ils fournissent. Je trouve aussi que l’éducation nationale fonctionne un peu en vase clos et j’ai envie d’aller voir ailleurs. »

 

Marion, 32 ans, Professeur des Écoles depuis (…) ans, constate que son métier ne lui permet pas de vivre sa vie de mère au foyer sereinement, comme elle l’imaginait pourtant :

 

« J'ai réussi le concours de professeur des écoles il y a (…) ans et j’ai intégré l'IUFM pour l'année scolaire, année que j'ai dû prolonger pour cause de grossesse et donc report de scolarité. Mes stages se sont tous très bien déroulés, malgré un grand stress et une bonne dose d'appréhension, émotionnellement pour moi à la limite du supportable. J'ai écouté mon entourage et mis ça sur le compte du "stress du débutant". J'ai donc concrètement été en poste l’année d’après comme remplaçante. Cette situation n'a fait qu'augmenter mon stress et même ma "détresse", puisque le fait de ne jamais savoir où j'allais atterrir m'angoissait énormément. Mon mal-être est devenu physique: mononucléose infectieuse, crise d'urticaire géante, etc.

 

J'ai tout de même poursuivi, en essayant de m'accrocher. J'ai obtenu à nouveau un poste de remplaçante pour l'année scolaire qui a suivi (mon barème ne me permettant pas d'avoir mieux). Et la même angoisse grandissante, cette sensation que jamais le cauchemar n'allait s'arrêter. Durant ces deux années, j'ai été confronté à des postes très différents mais aussi très anxiogènes: triple niveau (GS-CP-CE1) avec charge "allégée" de direction, sans formation, complément de 2 mi-temps (CE2-CM1 et GS-CP), aide aux collègues débutants "débordés" notamment en maternelle avec des effectifs à 30. Pour l'année suivante, j'ai obtenu un poste cumulant 2 décharges de direction (Moyenne Section et CM1-CM2) et un complément de mi-temps (Petite Section). Puis ma deuxième grossesse est arrivée comme pour me sauver et rapidement j'ai été placée en arrêt maladie en raison de complications liées au stress. Ce temps de "pause" m'a permis de poser les choses à plat et m'a donné envie de sortir de cette spirale infernale. Je ne me sens pas capable d'assumer une vie professionnelle dans ces conditions, j'ai donc commencé à envisager la possibilité de faire autre chose. Depuis plusieurs années maintenant, je travaille à mi-temps. Depuis ce moment-là aussi, j'ai essayé de voir ce que je pourrais faire d'autre. Je me suis sentie extrêmement seule, incomprise aussi bien par mon entourage que par les collègues, démunie car ne sachant pas quoi ni ou chercher. »

 

 

 

Emeline, 31 ans, est Professeur des Écoles depuis 7 ans : avec 4 enfants, son métier est devenu source de stress :

 

 

« Enseignante depuis 7 ans, jeune maman de bientôt quatre enfants, je cherche à sortir de l'enseignement. C'est en effet un métier que je n'ai pas réellement choisi et qui devient pour moi un fardeau. Le stress et la fatigue physique de la journée, accumulés aux heures passées à la maison entre corrections et préparations ne me laissent aucun répit et ne me permettent pas de vivre sereinement. Je n'ai malheureusement aucune "passion" qui m'aiderait à trouver mon chemin. Je me renseigne sur des postes plus administratifs, sachant une fois de plus que ce choix se fait un peu par défaut. »

Géraldine, 44 ans, Professeur d’Éducation Musicale en collège depuis 20 ans, rencontre des problèmes de voix, et estime que son métier empiète trop sur sa vie personnelle :

 

« J'enseigne l'éducation musicale dans toutes les classes du collège depuis 20 ans. Je me suis beaucoup investie dans de multiples projets. J'ai depuis quelques temps un problème de santé : une fatigue vocale importante car je sollicite la voix parlée projetée et la voix chantée toute la journée avec 20 classes. Je suis actuellement en rééducation chez une orthophoniste. D'après l'ORL, je n'ai rien aux cordes vocales. Ce souci de santé me préoccupe car la voix est mon outil de travail.

 

En dehors de cela, une lassitude s'est installée et une fatigue importante due à des classes surchargées (30 à 35 élèves) et une nécessité de maintenir la discipline dans des classes de collège.

Je suis également très frustrée de n'avoir pour relation avec mes élèves qu'une relation de «groupe», la relation individuelle étant quasi impossible à mettre en place lorsqu'on a les classes 1h par semaine. Une classe sort et l'autre est déjà à la porte!

Ce métier ne correspond donc plus à mes aspirations personnelles.

 

Je souffre également (ainsi que mes enfants) du fait que ce métier empiète énormément sur ma vie de famille (préparations le week-end et les vacances). Je n'ai d'ailleurs plus le temps de pratiquer la musique dans ma vie personnelle.

 

Aussi, je me demande s'il ne serait pas plus judicieux d'exercer un tout autre métier (sans doute avec plus d'heures sur place et moins de vacances) qui me permettrait de me libérer totalement pour ma famille une fois rentrée à la maison. »

Aimée, 38 ans, agrégée de (…) depuis une dizaine d’années, est en CLM :

 

« Je suis actuellement en Congé Longue Maladie, depuis deux ans. J'ai été admissible l'an dernier au concours de Secrétaire Administratif de l'Éducation Nationale et de l'Enseignement Supérieur, (SAENES) que j'ai préparé très sérieusement par le CNED; mais je pense que j'ai été recalée à l'oral à cause de mon profil de professeur agrégée (le concours SAENES est de catégorie B).

Auparavant, j'ai enseigné 10 ans dans un lycée classé ZEP dans l’académie de X, puis j'ai obtenu ma mutation pour un bon lycée dans la même académie.

 

J'ai craqué l'an dernier, car je ne supportais plus ce métier : les classes qu'on voit juste deux heures par semaine sans pouvoir créer du lien, la solitude du professeur devant des classes surchargées, la solitude du prof qui prépare ses cours.  Actuellement, je lutte avec la dépression, ce qui ne m'aide pas à reconstruire un projet.

J'aimerais rester dans la fonction publique, et je suis en contact avec une personne des RH du rectorat, qui est visiblement débordée et ne peut pas me recevoir actuellement. »

 

 

Edith, 33 ans, est Professeur des Écoles depuis (…) ans :

 

« J'ai enseigné (…) ans dans une école de campagne en cycle 2 avec la charge de la direction de l'école. J'ai ensuite travaillé (…) ans dans un CP-CE1 dans une autre école de campagne. Depuis (…) ans je travaille dans une plus grosse école avec une classe de CP - CE1. Je ne souhaite pas continuer dans cette voie car je n'ai plus la motivation nécessaire (classe difficile, élèves de plus en plus insolents, relation difficile avec certains parents qui s'imaginent qu'on est que des fainéants, des collègues qui ne comprennent pas et nous le font bien savoir, une hiérarchie qui nous prend pour des moins que rien, car nous sommes des fonctionnaires qui doivent appliquer les ordres).

 

 

La goutte d'eau a été cette rentrée scolaire que je n'ai pas pu faire à cause d'une hernie discale qui m'a empêché de travailler pendant plusieurs semaines. Cette situation a occasionné un ras-le-bol car certains collègues, et certains parents, n'ont pas hésité à me traiter de fainéante car un "petit" problème de dos ne doit pas m'empêcher de travailler. J'ai également contacté l'inspection et la réponse a été : soit je reviens après mon arrêt et tout redevient normal, sinon je perds ma classe et un des mes collègues devra me remplacer et à mon retour d'arrêt maladie, je prendrais SA classe !

 

J'ai plusieurs enfants en bas âge et je ne trouve pas assez de temps pour m'en occuper, je travaille tous les soirs, les week-ends et les vacances. Heureusement qu'il y a les vacances d'été...

 

Je souhaiterais me reconvertir dans un emploi plus bureaucratique, quitte à travailler plus la semaine mais pour avoir du temps libre quand je rentre à la maison. »

Delphine, 32 ans, PLP de (…) depuis 5 ans en lycée professionnel, a toujours su qu’elle s’était trompée de métier, et sa maladie contribue à la démotiver :

 

« Dès le début de ma carrière, j’ai su que je m’étais trompée de métier.

Je déteste faire de la discipline et je n’aime pas gérer des grands groupes parce que mon état physique s’en ressent et qu’au-delà de ma santé, c’est tout simplement quelque chose que je n’aime pas et qui est assez fréquent en lycée professionnel. En revanche j’aime beaucoup préparer les cours.

J’ai également eu des soucis de santé et il s’est avéré que je souffre d’une maladie rhumatismale évolutive. Comme je suis bien suivie, l’évolution est très ralentie.

Je suis totalement démotivée et je ne souhaite plus continuer à enseigner. Comme je ne suis pas reconnue travailleur handicapé mais « simplement » comme ayant un léger taux d’invalidité, je souhaite « m’offrir » des conditions de travail plus en adéquation avec ma santé et avec mes goûts. Seulement, problème : je ne sais absolument pas quoi faire et surtout pas ce que je suis capable de faire. »