Un élève, un parent, un collègue, un supérieur hiérarchique peuvent harceler. Comment se protéger ?


NOS ANCIENS ADHERENTS ONT TOUS ENSEIGNE, ET PEUVENT VOUS AIDER SELON LEUR NOUVELLE PROFESSION: COACH, PSYCHOTHERAPEUTE, SOPHROLOGUE, etc.


À l’heure actuelle, outre la détresse humaine, les personnes harcelées au travail sont triplement victimes :

-      arriver à prouver un lien « direct et essentiel » entre l’activité professionnelle et la maladie ;

 

-     prouver l’intentionnalité malveillante du harceleur (si c'est un supérieur, c'est un combat de long terme qui commence, car un supérieur hiérarchique est toujours protégé par ses pairs: l'Education nationale gagne 80% de ses procès contre les professeurs qui portent plainte pour harcèlement).

 

 

-      devoir prouver un état psychique dégradé avec une incapacité permanente dont le taux est fixé ≥ à 25% (Quatrième alinéa de l'article L. 461-1 du Code de la Sécurité Sociale. Il s’agit d’un système complémentaire de reconnaissance de maladies professionnelles pour des pathologies hors liste). 

Le harcèlement moral, en France, n’est pas reconnu en accident du travail et très peu en maladie professionnelle. Ce concept doit évoluer. 


La problématique du harcèlement entre collègues est rarement abordée dans les recherches sur la souffrance des enseignants, alors qu’elle fait partie des nombreux non-dits : les enseignants qui prennent la décision de placer dans leur établissement leur enfant, scolarisé inévitablement dans la classe de leurs collègues, peuvent devenir des harceleurs sans s’en rendre compte, en leur demandant que leur enfant soit traité avec « plus d’égards » que tous les autres, ou en demandant régulièrement à tel ou tel collègue de revoir la notation de « sa fille/son fils », voire de lui permettre de rendre son devoir en retard sans en subir les conséquences en matière d’évaluation.

Cette position de favoritisme est très pesante à gérer pour les collègues qui en sont les victimes. Elle peut expliquer à elle seule que les enfants de certains enseignants aient de meilleurs résultats à l’école, car mieux suivis « de l’intérieur ». Une forme d’échanges de bons procédés entre pairs, solidaires dans la réussite de leurs enfants.

 

Pour prévenir ce type de situations aisément anxiogènes, l’Education nationale pourrait mobiliser un groupe de travail pour s’intéresser et statuer sur cette problématique. Cela mettrait fin à une forme de pression psychologique insupportable au travail, toujours imprévisible, émanant de ses propres collègues, qui n’agissent plus comme des pairs solidaires, mais sont ressentis comme des parents d’élèves qui abusent de leur fonction.

 

Le harcèlement peut aussi s’exprimer sous forme de moqueries, de rumeurs, sur une collègue aguichante, ou sur un collègue qui a des problèmes de discipline, etc. Les enseignants qui en sont les victimes finissent souvent en déprime, ou demandent leur mutation.

 

Michel, 40 ans, agrégé de SVT, enseignant à plein temps depuis 15 ans, raconte ce qu’il a vécu :

« A la rentrée scolaire je me suis rendu compte quand j’ai reçu mon emploi du temps avec la composition de mes classes, que j’y avais les enfants de trois de mes collègues. Très vite, tous sont venus me voir, deux très gentiment pour me le dire simplement, et une pour m’indiquer qu’elle ne tolèrerait pas que j’inflige de mauvaises notes à sa fille, si l’envie m’en prenait, puisqu’elle était professeure principale de la classe. J’ai ressenti tout de suite cette intrusion comme une agression psychologique qui pouvait s’avérer intenable.

Pourtant, j’ai tenté de faire comme si de rien n’était, mais de mois en mois, mes relations avec ma collègue se dégradaient, car elle me mettait la pression tout le temps, et sa fille devenait de plus en plus insolente en classe, car elle ne pouvait ignorer le travail de sape que réalisait sa mère à mon encontre, certainement. Ma collègue épluchait tous mes cours, me demandait de me justifier sur ma pédagogie, en s’érigeant comme si elle était l’inspectrice de ma discipline d’enseignement, et j’ai eu beau lutter, sensibiliser d’autres collègues en salle des profs et même le principal du collège, aucun n’a bougé.

J’étais seul, seul, seul dans ce problème. Toute l’année, cette collègue m’a pourri la vie, ôté progressivement l’envie d’enseigner, et j’ai terminé l’année démoralisé, épuisé, en souffrance psychologique d’avoir été maltraité par cette personne anxiogène qui me harcelait à chaque récréation, à chaque conseil de classe. Comme elle était plus ancienne que moi dans l’établissement, j’ai très vite compris à mes dépens que je m’épuiserais à lutter contre elle. J’ai terminé l’année en congé de maladie, et à la rentrée suivante, j’avais complètement perdu pied, avec une envie de me suicider, et mon médecin m’a alors placé en congé de longue maladie, pour prendre le temps de me reconstruire. L’année d’après, j’ai demandé et obtenu ma mutation l’année suivante, mais j’ai su par d’anciens collègues qu’elle avait poursuivi ses agissements avec d’autres collègues. L’Education Nationale n’a aucun moyen actuellement de protéger les enseignants contre ce genre de comportements dégradants, abusifs. »

 

Michelle, 53 ans, certifiée d’Arts Plastiques, enseignante à temps partiel, avec 25 ans d’ancienneté, raconte elle aussi son calvaire :

« Quand j’ai su que j’étais affectée dans cet établissement en centre-ville j’étais heureuse car cela mettait fin à 7 ans de postes en TZR, et je m’étais nettement rapprochée de chez moi, puisque je pouvais aller au lycée en bicyclette. Cependant, j’ai eu du mal à m’intégrer, très vite un malaise s’est instauré avec mes collègues. J’entendais des bribes de conversation quand j’étais aux toilettes, en salle des profs, qui dénigraient ma personne, alors que ces mêmes personnes affichaient des sourires hypocrites quand elles me rencontraient.

 

De plus, j’ai fini par apprendre de la bouche même de mes élèves que quelques-uns de mes collègues leur disaient du mal de mes cours, en dénigrant ma pédagogie, en me traitant de nulle devant eux. Ça, je ne l’ai pas supporté, et j’ai fini l’année en dépression, en arrêt maladie. »


Les professeurs harcelés dépriment, et certains se suicident. Beaucoup de sensations de harcèlement peuvent être réparées par un coaching personnel


La France est un pays où le taux de suicide est parmi les plus élevés au monde. En 2002, une étude de l’INSERM[1] fait état d’un taux de suicide chez les enseignants de 39 pour 100 000, très supérieur au taux national pour les autres catégories sociales (16,2 pour 100 000).

En 2008, le taux de suicide sur l'ensemble de la population (tout âge) était de 16,2 pour 100 000 habitants, avec selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un taux de 26,4 pour 100 000 chez les hommes et de 7,2 pour 100 000 chez les femmes en 2009. Selon l’Institut de Veille Sanitaire[1], le taux de mortalité par suicide est trois fois plus élevé chez les employés et les ouvriers que chez les cadres. Ce taux varie également selon les domaines d’activité. Les chiffres les plus élevés concernent le secteur de la santé et de l’action sociale (34,3 pour 100 000) puis viennent ensuite les secteurs de l’administration publique (en dehors de la fonction publique d’État). Selon le quotidien Le Figaro en 2010, le taux de suicide des policiers s’élève à 35 pour 100 000, celui des agriculteurs est de 32 pour 100 000, contre 28 pour 100 000 chez les ouvriers et 8 pour 100 000 pour les « professions intellectuelles supérieures ». Le taux de mortalité est toutefois nettement plus élevé (58,1 pour 100 000) lorsqu’il n’existe pas d’activité salariée connue (chômage).

 

 

Hommes et femmes présentent ainsi des formes différentes d’expressions de la souffrance psychique. Les femmes ont plus de pensées suicidaires et effectuent plus de tentatives de suicides, mais l’issue est moins souvent fatale que pour les hommes qui représentent les trois quarts des décès par suicide. Les femmes utilisent souvent les médicaments, tandis que les hommes utilisent les armes à feu ou la pendaison. 

S’agissant des enseignants, le syndicat Sud-Éducation[1] identifie plusieurs facteurs pathogènes dans le monde de l'enseignement, qui peuvent expliquer les suicides de professeurs en France, comme l'augmentation du nombre d'élèves par classe, les élèves "difficiles", les affectations correspondant à des postes non demandés, la quasi-absence de formation, ou encore la succession des contre-réformes ces dernières années.

Dans l’école, d’après Françoise Lantheaume [1], les enseignants ne sont pas les seuls concernés, les techniciens et ouvriers de service semblent même plus fréquemment victimes de harcèlement, dépression, pathologies diverses liées au travail. Si l’on appliquait strictement le taux de 39 pour 100 000 à la population enseignante (850 000 environ), cela signifierait que plus de 331 enseignants se suicident chaque année, mais rien dans l’actualité de ces dernières années ne peut venir confirmer de tels chiffres.

 

Les données de suicides ou de tentatives de suicides des enseignants filtrent peu dans les documents dénichés sur le web, car dans tous les cas, l’acte individuel est déconnecté d’une éventuelle situation de travail qui aurait pu y donner lieu. Tout juste peut-on remarquer que le Procès-Verbal de la réunion du CHSCT du MEN du 30 mai 2012[2] indique qu’en 2011, pour les agents titulaires et non titulaires, une tentative de suicide a eu lieu en classe. La presse relate pourtant deux suicides d’enseignants dans leur établissement cette année-là.

 

Ces professeurs se sont suicidés à proximité ou dans leur établissement scolaire.

 



[1] http://institut.fsu.fr/Apres-Beziers.html

[2] http://cache.media.education.gouv.fr/file/Securite_et_sante_au_travail/95/5/CHSCTMEN-30-mai-2012-PV_231955.pdf


[1] http://www.sudeducation.org/Encore-combien.html


[1] http://www.invs.sante.fr/publications/2010/suicide_activite_professionnelle_france/rapport_suicide_activite_professionnelle_france.pdf



[1] http://blogs.lexpress.fr/l-instit-humeurs/2011/10/22/suicide-burn-out-chiffres-et-malaise-enseignant/