L'épuisement professionnel ou burn-out touche de plus en plus les professeurs des écoles et de collège.


Les maladies les plus invalidantes ont raison des professeurs les plus passionnés par leur métier : cancers, scléroses en plaques, spondylarthrites notamment. Les phénomènes d‘épuisement (burnout), qui peuvent avoir une origine à la fois personnelle et professionnelle, souvent par effet cumulatif, et engendrent souvent des pathologies graves, deviennent plus fréquents au fil de l’âge, comme le signale dans ces résultats l’enquête de la MGEN (cf.infra) :

Les enseignants en burnout au fil de l’âge

 

18-34 ans

35-44 ans

45-54 ans

55 ans et +

Total

Homme

15%

15%

18%

19%

17%

Femme

13%

12%

13%

17%

13%

Total

14%

13%

14%

18%

14%

 

D’après une étude parue le 30 janvier 2012 à l’initiative du Carrefour Santé Social[1], l’épuisement professionnel ou burnout peut être mesuré en croisant trois champs symptomatiques : l’épuisement émotionnel, la dépersonnalisation, et une diminution de l’accomplissement personnel.

Pour qu’on puisse évoquer l’épuisement professionnel, deux de ces données doivent être présentes négativement : « une personne épuisée émotionnellement et en forte dépersonnalisation est en burnout » ; « de même pour une personne épuisée émotionnellement et ayant le sentiment d’un faible accomplissement personnel. »

 

Les témoignages de burnout qui nous sont parvenus, à peine 2% de notre échantillon initial, décrivent très bien cette accumulation de tracasseries en tous genres, qui finissent par pourrir le quotidien de ces enseignants

 

Le burnout se révèle être une imbrication complexe d’un contexte personnel, souvent familial, devenu stressant, et d’un contexte professionnel sur lequel l’enseignant n’a plus prise, ou se sent impuissant, et incompris par sa proche hiérarchie. Alors que la situation de tension est à son maximum dans l’esprit de la personne, n’importe quel événement, telle une goutte d’eau débordant d’un vase trop plein, va déclencher brutalement cet épuisement psychique.

 

Les témoignages présentés sont nécessairement plus longs, pour faciliter la compréhension des mécanismes de déclenchement de cette situation d’un trop plein de contrariétés et de difficultés que ressentent ces enseignants :

 

Stéphanie, 29 ans, enseigne depuis moins de 10 ans l’Éducation Musicale en collège. Elle décrit une carrière tout-à-fait classique pour de nombreux enseignants, mais qui lui impose un burnout :

 

« Dès ma première rentrée il y a sept ans, j’ai senti que je ne pourrais pas faire ce métier toute ma carrière. J’ai tout de suite été mise au parfum en apprenant 8 jours avant ma toute première rentrée, que j’étais mutée à 700 km de chez moi…). Je n’avais pas encore de voiture. J’ai été la seule prof de musique dans mon collège pendant plusieurs mois, sans tuteur pour m’aider. L’année suivante j’ai été mutée en région parisienne, TZR, comme la plupart de ma promotion.

J’ai la sensation d’avoir été cassée par cette grosse machine « Éducation Nationale ».

J’ai été sur plusieurs départements en même temps, avec des heures supplémentaires non-négociables, parfois dans trois établissements avec la plupart du temps les classes dont personne ne veut. J’ai tenu trois ans ainsi en essayant de voir le positif, sans me plaindre.

 

J’ai appris beaucoup et je ne regrette pas. Mais un jour, j’ai craqué, ne supportant plus le poids des transports (parfois 2h le matin, 2h le soir, en métro, RER, train, bus), j’étais épuisée et ne je n’arrivais plus à gérer certaines classes difficiles et la complexité d’avoir plusieurs établissements. J’ai été en arrêt maladie plusieurs semaines et j’ai pris la décision de demander une mutation [dans le Sud de la France] pour être plus proche de mon style de vie (au vert) et de ma famille, malgré les compromis qu’il fallait faire. Je voyais ça comme une dernière chance, un test ultime avant d’arrêter.

 

J’ai eu la chance de ne plus être TZR, mais j’ai obtenu un poste fixe en ZEP et un complément. Pour rompre complètement avec ma vie de TZR j’ai demandé un temps partiel pour n’avoir qu’un établissement. Depuis 3 ans j’ai donc des conditions de travail plus favorables et un rythme de vie plus facile. Ma première année dans ma région d’affectation fut comme un bol d’air et malgré des élèves agités, j’ai repris goût au métier avec l’aide notamment d’une collègue. Deux ans plus tard, je constate que malgré les aménagements tentés je ne me sens pas bien dans ce métier. J’ai pourtant gagné la confiance des élèves et je suis bien intégrée dans l’établissement. La gestion de la classe me pèse, l’éducatif est trop lourd, le musical me manque. Seuls mes projets personnels me motivent encore un peu (atelier instrumental, chant) parce qu’ils touchent plus à l’individuel. Le rapport à l’élève est bien différent qu’en classe entière. Je constate que je n’ai plus la curiosité d’avant pour la construction de mes cours.

 

Je n’adhère plus aux formations du PAF [1] que je trouve en décalage et trop théoriques. Les nouveaux programmes, le socle commun, l’histoire des arts ne m’intéressent pas, moi qui était si ouverte. Je n’ai plus la force d’innover, j’ai moins envie de motiver mes élèves et je supporte de moins en moins qu’ils s’agitent. Je deviens moins créative, moins patiente, moins à l’écoute alors que c’est ce qui fait ma force. Quand je retrouve les projets que j’ai enregistrés ou montés, je suis stupéfaite de voir que tout ça ne me ressemble plus aujourd’hui. J’ai l’impression d’avoir été dans le défi toutes ces années et je n’ai plus envie de donner à ce point. Je crois que ce métier n’est pas en adéquation avec ma personnalité. Ça me demande trop d’efforts, je prends beaucoup sur moi, je suis vidée après mes cours. J’ai l’impression de ne vivre que pour mon métier, je n’ai plus de projet musical ou autre. D’ailleurs tout ça a un coût car, depuis un an, je suis sujette à des crises d’angoisse et une maladie chronique qui dormait depuis longtemps a resurgi cette année en septembre. Je sens qu’il est temps de passer un cap «avant qu’il ne soit trop tard » comme je l’ai entendu si souvent de la part de collègues désemparés

 



[1] PAF : Plan Académique de Formation.



[1] http://www.mgen.fr/fileadmin/user_upload/Accueil/Communiques_de_presse/2012/20120130EnqueteCarrefoursantesocial2011.pdf

Catherine, 30 ans, est depuis 6 ans Professeur certifiée de Mathématiques à plein temps en collège :

 

« Je supporte de moins en moins et ne veux pas avoir à supporter certaines choses toute ma vie. Je pense ici à tous les "à côtés" de l'enseignement : les carnets à ramasser parce que travail non fait, matériel oublié, mais aussi matériel de géométrie cassé, et bien sûr, les parents sur le dos pour un oui ou pour un non mais absents quand ils devraient être présents. Le manque de communication entre collègues, le manque de soutien de l’administration... Répéter 50 fois la même chose à chaque heure, chaque jour, depuis la rentrée scolaire, et ce n'est toujours pas enregistré dans leur tête...Et là, je raccourcis beaucoup ! Ce sont des détails mais ils me "bouffent" à longueur d'heures de cours et de journées. Je ferais tout pour mes "petits" et j'en fais "trop". Ma santé en est même actuellement atteinte, je me sens proche d’un burnout. De plus, avec mon évolution personnelle, je me rends bien compte que j'aspire à autre chose. »

 

Lydie, 35 ans, est Professeur des Écoles depuis (…) ans à plein temps :

 

« Actuellement enseignante en primaire (en arrêt maladie), je me sens totalement en échec par rapport à mon entrée dans ce métier. Je culpabilise parce que certains collègues sont passionnés et réussissent à concilier enseignement et vie privée. À mon niveau, je n'ai pas réussi à trouver l'équilibre entre les deux, ce qui m'a amenée au burnout. Mon couple et ma famille ont failli voler en éclats (mon mari qui était aussi dans le métier s'est arrêté depuis). Depuis trois ans, je rencontre de grosses difficultés et je ne suis plus capable d'être face à la classe. Mon inspecteur m'a dit qu'il s'agissait d'un problème de confiance en soi et qu'il fallait persévérer. Mais je sais qu'il s'agit d'un mal-être plus profond et que je n'ai pas ma place à l'école. Je ne veux pas que cette situation s'installe, je ne compte pas cumuler les arrêts maladie et souhaite réellement me réorienter. »

 

 

Emmanuelle, 43 ans, enseigne depuis 21 ans comme Professeur des Écoles. Elle décrit précisément ce qui l’a conduite en burnout :

 

« Formée à l’École Normale, j’ai effectué ma première rentrée il y a 21 ans. Aucune vocation au départ, plutôt du hasard. Je me cherchais encore et encore mais je ne trouvais pas la réponse au « pour quoi suis-je donc faite ? ». Alors, ça ou autre chose… et puis il y avait ces fameuses vacances ! Un diplôme de comptabilité obtenu après le Bac sans enthousiasme (et là aussi sans aucune vocation) m’a permis de passer le concours. Ensuite, l’essentiel de mon parcours se déroule en maternelle ; seuls 3 ans de C.P. s’intercalent. Au début tout n’allait pas trop mal mais peu à peu, les années scolaires m’ont paru ne plus en finir

 

Toujours encline à me remettre en cause, mon « estime de soi » est régulièrement mise à mal par :

- l’activité jubilatoire d’un certain type de parents, à savoir la « casse d’instits » ;

- les réformes et les incohérences sans fin de nos décideurs qui balayent d’un revers de main l’expérience acquise.

J’aime et fait entièrement mienne l’expression « porosité entre identité professionnelle et personnelle ». Je souffre énormément de cela.

 

L’absence de reconnaissance du travail que j’effectue est également un gros facteur de démotivation. Si la plupart des gens conviennent que le bruit d’une classe maternelle doit être pénible, ils se montrent totalement sceptiques quand on évoque l’importance du travail de préparation de classe : je m’investis beaucoup et ne veux pas refaire chaque année la même chose. La seule reconnaissance est celle de ses collègues quand on a la chance de faire partie d’une équipe soudée, c’est d’ailleurs cela qui m’a fait tenir ces dernières années. Et pour terminer ce sombre bilan, je vais vous livrer un poids très lourd, difficile à avouer : « Je ne supporte plus les enfants. » Ce conflit cœur/raison me mine: je ne les supporte plus mais ils n’ont pas à en subir les conséquences ; il faut lutter pour faire illusion. Là, clairement, je n’en peux plus, alors que je ne suis qu’à la moitié de ma vie active. »

 



Renata, 43 ans, qui enseigne (…) depuis (…) ans à temps partiel, a subi un burn-out :

« J'ai une expérience dans tous les niveaux d'enseignement et j’ai accumulé une fatigue et une angoisse permanentes qui m'ont conduit à un burnout et un congé de grave maladie de trois ans au cours duquel je n'ai reçu aucun soutien ni conseil. Mes projets de reconversion ont été anéantis par la solitude, les effets de ma maladie et le refus d'attribution de ma prime de départ volontaire demandée l’an dernier. Depuis cette année j'ai repris à mi-temps thérapeutique avec changement de discipline en guise de reconversion. Je n'ai pas reçu de formation, j'ai été envoyée en remplacement à 75 km de mon domicile sans remboursement des frais de déplacement. Je ne sais plus que faire ni à qui m'adresser pour les questions sociales -l'assistante sociale des personnels de mon académie a montré en tant d'années la dangerosité de son incompétence - ou de sa passivité, au choix- j'ai perdu la force et les lignes conductrices de mon projet initial de reconversion. »

 

Jean-Luc, 44 ans, enseigne l’Histoire-Géographie depuis 16 ans à plein temps :

 

« J'enseigne depuis 16 ans l'histoire et la géographie, d'abord en collège pendant (…) ans puis depuis (…) ans en Lycée. Je suis entré dans la fonction par nécessité, sans vocation. Mais je crois avoir honorablement rempli la mission pour laquelle j'ai été employé. Mais voilà, depuis 3 ans le métier me pèse davantage et je dois sans cesse forcer ma personnalité. Cela devient de plus en plus insurmontable. La semaine dernière, j'ai fait ce qui s'apparente à un burnout, avant d'avoir terminé mon service je suis allé voir mon proviseur pour l'informer de mon incapacité à poursuivre et mon intention de démissionner. J'ai également informé le rectorat de cette intention qui m'a mis en contact avec le service des ressources humaines. Je suis actuellement en arrêt maladie pour un mois. J'ai posé en parole le fait que je ne voulais/pouvais plus enseigner pour m'obliger à tourner définitivement la page de l'enseignement, par contre je suis beaucoup plus incertain sur le projet ainsi que sur les conditions administratives dans lesquelles je pourrai le construire. Je suis donc un peu comme sur du sable actuellement avec la sensation de m'enfoncer et je cherche toute forme d'aide, d'informations, conseils qui puissent donner corps à ma démarche. »

 

Pauline, 50 ans, est institutrice depuis près de 30ans, et ressens une phobie du milieu scolaire :

« J'ai débuté ma carrière il y a bientôt 30 ans dans l'enseignement privé. Difficultés de discipline, charge de travail à la maison, difficultés à se renouveler, perte de confiance en moi, en mes capacités m'ont amenée l’an passé à une usure professionnelle avec dépression. J'ai repris au bout de 6 mois pour vivre pendant un an de plus les mêmes difficultés plus un an de harcèlement de la part de la direction.

 

 

Tout cela m'a cassée et « re-dépression » et phobie du milieu scolaire. Je suis actuellement en congé longue durée mais mon souhait est de quitter l'enseignement. »

Avec 1 médecin du travail pour 10.000 professeurs seulement, la médecine du travail ne peut exister pour eux.

Pour le 1er degré en 2012 (pas de chiffres de ce type plus récents), il y avait 1 371 enseignants (dont 82.3% de femmes) en Congé de Longue Maladie et 1 679 enseignants (dont 77.7% de femmes) en Congé de Longue Durée, sur un effectif de 349 982 enseignants en Primaire (grades d’instituteurs et de professeurs des écoles). 65% des CLM concernent des enseignants de 45 à 60 ans (dont 78.8% de femmes).  

 

74.8% des CLD concernent aussi des enseignants de 45 à 60 ans (dont 74.1% de femmes), ce qui souligne bien la pénibilité des fins de carrière. Dans le contexte d’un allongement de la durée des carrières, il est urgent d’anticiper sur les moyens à mettre en place pour établir une Gestion des Ressources Humaines de Proximité, pour les enseignants qui rencontrent des difficultés professionnelles et personnelles avec répercussion professionnelle. Pour les postes adaptés, les possibilités d’affectation, hors ajustements possibles au sein de chaque inspection académique, étaient au niveau national début 2012 de 874 enseignants en Poste Adapté de Courte Durée (PACD) et de 211 enseignants en Poste Adapté de Longue Durée (PALD).

Pour le 2nd degré en 2012, il y avait 4 071 enseignants sur un effectif - tous grades confondus - de 386 062 (dont 62.7% de femmes) en CLM et CLD (la tranche d’âge 55-60 ans concentre 47.3% du total). Pour les postes adaptés, les possibilités d’affectation, hors ajustements possibles au sein de chaque rectorat, selon leur budget (quelques centaines de supports budgétaires possibles au niveau national chaque année), étaient au niveau national de 1 183 enseignants en PACD et 466 enseignants en PALD.

 

Quand l’enseignant a épuisé toutes ces possibilités, ou qu’à l’issue d’un CLM et d’un CLD il ne relève pas d’un poste de type PACD ou PALD, il peut être placé en Disponibilité d’Office[1] (D.O), pendant une durée maximale de trois ans. Le fonctionnaire en disponibilité d'office pour raisons de santé n’est plus rémunéré.

 

93 enseignants du 1er degré et 95 enseignants du 2nd degré ont été dans ce cas en 2011, les derniers chiffres qui nous soient parvenus. Au-delà, l’administration peut leur proposer un reclassement administratif (trop rare, faute de postes disponibles) et plus souvent une mise à la retraite pour invalidité qui a pour effet principal de diminuer les revenus de l’enseignant

 



[1] Plus d’informations sur : http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F1690.xhtml

 

 

Les enseignants qui nous ont contactés, après avoir été « poussés », « conduits », « expédiés », ont-ils écrit, vers la mise en invalidité ou la retraite anticipée, le vivent mal, ce qui aggrave encore leur état psychique, comme s’ils se sentaient trahis par un système où, du temps de leur pleine santé, ils s’étaient pourtant investis.

 

 

Nous avons retenu ces témoignages pour illustrer le désarroi de ces professeurs :

 

Véronique, 29 ans, Professeur des Écoles depuis 3 ans, impute l’apparition de ses soucis de santé à l’exercice de son métier :

 

« Crises d'angoisse, boule au ventre, eczéma, dépression: voilà le triste bilan de 3 années de galère. En congé maladie depuis le lendemain de la rentrée, il est clair que l'enseignement n'est pas fait pour moi (ou l'inverse). Mais que faire d'autre ? »

 

Elisabeth, 32 ans, certifiée de (…) depuis une dizaine d’années à plein temps en collège, peut difficilement imaginer poursuivre sa carrière d’enseignante :

 

« Je suis en congé maladie pour cause d'hyperacousie, pathologie incompatible avec ma discipline et mon métier d'enseignante. Même si je peux guérir, je ne veux pas laisser mes oreilles de musicienne à la merci de mon gagne pain. Je dois décider de l'objet de mon Poste A Courte Durée (PACD) et je me sens piégée par mon attirance pour le pédagogique!!!!!! ».

 

Delphine, 32 ans, PLP de (…) depuis 5 ans en lycée professionnel, a toujours su qu’elle s’était trompée de métier, et sa maladie contribue à la démotiver :

 

« Dès le début de ma carrière, j’ai su que je m’étais trompée de métier.

Je déteste faire de la discipline et je n’aime pas gérer des grands groupes parce que mon état physique s’en ressent et qu’au-delà de ma santé, c’est tout simplement quelque chose que je n’aime pas et qui est assez fréquent en lycée professionnel. En revanche j’aime beaucoup préparer les cours.

J’ai également eu des soucis de santé et il s’est avéré que je souffre d’une maladie rhumatismale évolutive. Comme je suis bien suivie, l’évolution est très ralentie.

Je suis totalement démotivée et je ne souhaite plus continuer à enseigner. Comme je ne suis pas reconnue travailleur handicapé mais « simplement » comme ayant un léger taux d’invalidité, je souhaite « m’offrir » des conditions de travail plus en adéquation avec ma santé et avec mes goûts. Seulement, problème : je ne sais absolument pas quoi faire et surtout pas ce que je suis capable de faire. »

 

Tatiana, 32 ans, Professeur de (…) à temps partiel depuis une dizaine d’années, aimerait toujours enseigner, mais un accident de la route en a décidé autrement :

 

« J'enseigne depuis 10 ans. J'ai eu un accident de la route il y a deux ans. J’ai fait une brève tentative de reprise cette année qui s'est soldée par un retour en congé de longue maladie. Je suis actuellement en mi-temps thérapeutique avec une aide humaine pour compenser mon handicap. J'ai en effet été victime d'un traumatisme crânien qui me laisse quelques séquelles (difficultés attentionnelles, sensibilité au bruit... et de ce fait fatigabilité). J'ai donc des difficultés à gérer la classe, et ce malgré l'aide qui m'a été octroyée. Je me sentirais apte à gérer un petit groupe d'élèves, mais une classe entière me demande beaucoup d'énergie. »

 

Edith, 33 ans, est Professeur des Écoles depuis (…) ans :

 

« J'ai enseigné (…) ans dans une école de campagne en cycle 2 avec la charge de la direction de l'école. J'ai ensuite travaillé (…) ans dans un CP-CE1 dans une autre école de campagne. Depuis (…) ans je travaille dans une plus grosse école avec une classe de CP - CE1. Je ne souhaite pas continuer dans cette voie car je n'ai plus la motivation nécessaire (classe difficile, élèves de plus en plus insolents, relation difficile avec certains parents qui s'imaginent qu'on est que des fainéants, des collègues qui ne comprennent pas et nous le font bien savoir, une hiérarchie qui nous prend pour des moins que rien, car nous sommes des fonctionnaires qui doivent appliquer les ordres).

 

 

La goutte d'eau a été cette rentrée scolaire que je n'ai pas pu faire à cause d'une hernie discale qui m'a empêché de travailler pendant plusieurs semaines. Cette situation a occasionné un ras-le-bol car certains collègues, et certains parents, n'ont pas hésité à me traiter de fainéante car un "petit" problème de dos ne doit pas m'empêcher de travailler. J'ai également contacté l'inspection et la réponse a été : soit je reviens après mon arrêt et tout redevient normal, sinon je perds ma classe et un des mes collègues devra me remplacer et à mon retour d'arrêt maladie, je prendrais SA classe !

 

J'ai plusieurs enfants en bas âge et je ne trouve pas assez de temps pour m'en occuper, je travaille tous les soirs, les week-ends et les vacances. Heureusement qu'il y a les vacances d'été...

Je souhaiterais me reconvertir dans un emploi plus bureaucratique, quitte à travailler plus la semaine mais pour avoir du temps libre quand je rentre à la maison. »

 

Aimée, 38 ans, agrégée de (…) depuis une dizaine d’années, est en CLM :

 

« Je suis actuellement en Congé Longue Maladie, depuis deux ans. J'ai été admissible l'an dernier au concours de Secrétaire Administratif de l'Éducation Nationale et de l'Enseignement Supérieur, (SAENES) que j'ai préparé très sérieusement par le CNED; mais je pense que j'ai été recalée à l'oral à cause de mon profil de professeur agrégée (le concours SAENES est de catégorie B).

Auparavant, j'ai enseigné 10 ans dans un lycée classé ZEP dans l’académie de X, puis j'ai obtenu ma mutation pour un bon lycée dans la même académie.

 

J'ai craqué l'an dernier, car je ne supportais plus ce métier : les classes qu'on voit juste deux heures par semaine sans pouvoir créer du lien, la solitude du professeur devant des classes surchargées, la solitude du prof qui prépare ses cours.  Actuellement, je lutte avec la dépression, ce qui ne m'aide pas à reconstruire un projet.

J'aimerais rester dans la fonction publique, et je suis en contact avec une personne des RH du rectorat, qui est visiblement débordée et ne peut pas me recevoir actuellement. »

 

Géraldine, 44 ans, Professeur d’Éducation Musicale en collège depuis 20 ans, rencontre des problèmes de voix, et estime que son métier empiète trop sur sa vie personnelle :

 

« J'enseigne l'éducation musicale dans toutes les classes du collège depuis 20 ans. Je me suis beaucoup investie dans de multiples projets. J'ai depuis quelques temps un problème de santé : une fatigue vocale importante car je sollicite la voix parlée projetée et la voix chantée toute la journée avec 20 classes. Je suis actuellement en rééducation chez une orthophoniste. D'après l'ORL, je n'ai rien aux cordes vocales. Ce souci de santé me préoccupe car la voix est mon outil de travail.

 

En dehors de cela, une lassitude s'est installée et une fatigue importante due à des classes surchargées (30 à 35 élèves) et une nécessité de maintenir la discipline dans des classes de collège.

Je suis également très frustrée de n'avoir pour relation avec mes élèves qu'une relation de «groupe», la relation individuelle étant quasi impossible à mettre en place lorsqu'on a les classes 1h par semaine. Une classe sort et l'autre est déjà à la porte!

Ce métier ne correspond donc plus à mes aspirations personnelles.

 

Je souffre également (ainsi que mes enfants) du fait que ce métier empiète énormément sur ma vie de famille (préparations le week-end et les vacances). Je n'ai d'ailleurs plus le temps de pratiquer la musique dans ma vie personnelle.

Aussi, je me demande s'il ne serait pas plus judicieux d'exercer un tout autre métier (sans doute avec plus d'heures sur place et moins de vacances) qui me permettrait de me libérer totalement pour ma famille une fois rentrée à la maison. »

 

Christine, 50 ans, qui exerce comme Professeur de (…) depuis bientôt 30 ans, a été déstabilisée professionnellement par un cancer :

 

« Après un cancer dépisté et soigné récemment, suivi de différents autres soucis personnels et de santé, ma reprise du travail est trop difficile, voire insurmontable. Il m’est devenu impossible d'entrer en classe désormais, et impossible de continuer à faire durer les arrêts maladie. J’ai besoin d'envisager une seconde carrière et d'avancer à nouveau, mais est-ce encore possible à mon âge de faire autre chose, alors qu’il me reste au moins 12 ans à enseigner pour espérer une pension de retraite à taux plein ? »

 

Marie-Cécile, 53 ans, Professeur d’EPS depuis près de 30 ans, exerce à temps partiel pour tenir le coup, mais c’est de plus en plus dur :

 

« …depuis quelques années déjà, le mal être dans mon travail est présent...des mini dépressions, des problèmes de santé (genou, autres...) et une démotivation de + en + grande...au cours de mes dernières inspections, j'ai parlé de mon désir de reconversion!!! Mais pas de solutions apportées par l'éducation nationale...je suis à temps partiel...et j'ai fait le tour de la question...ce métier ne m'intéresse plus surtout de la manière dont on nous demande de l'exercer...et pourtant je suis dans une ville très calme, avec des enfants dans l'ensemble plutôt sympas mais qui ne correspondent plus à ce que j'ai connu...JE SUIS EN DECALAGE COMPLET!!! BREF RAS LE BOL.

 

Mon projet??? trouver quelque chose pour me permettre d'atteindre la retraite tranquillement sans avoir mal au ventre en allant au boulot, sans gueuler après les gamins...ma patience n'existe plus... »

 

Marjorie, 55 ans, professeur d’espagnol depuis (…) ans après avoir travaillé à l’étranger pendant 20 ans, a refusé d’être placée en retraite pour invalidité, car elle se sent toujours employable :

 

«J’ai obtenu le CAPES il y a dix ans, puis je suis tombée malade, et ai enchaîné avec un cancer. Pour compliquer les choses, l’un de mes  enfants est handicapé à 80%. Malgré cela je n’ai pas pu obtenir d’aide pour avoir un poste moins stressant.

 

J’ai craqué au point que le DRH de mon académie a voulu m’imposer la retraite pour invalidité, considérant que mon utilité dans l’enseignement n’avait plus lieu d’être, ce que j’ai refusé, offusquée. Cette année, après un mi-temps payé à 612 euros, j’ai demandé des conseils à mes inspecteurs à cause des chahuts que je subis dans mes classes, et elles m’ont ouvert une porte : le stage d’une année «aide et remédiation», titre peu glorieux pour une formation de qualité ».