La violence peut survenir à tout moment. Il est donc important d'agir par prévention.


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Combien d’enseignants sont victimes de coups et blessures volontaires ?

-       399 d’après le logiciel ANAGRAM pour la gestion AT/MP du MEN[1] ?

 

-     1.702 incidents de violence physique contre le personnel d’après SIVIS ? (rien que pour le personnel du second degré, sans qu’on puisse déterminer le nombre des personnels concernés). 

 

-       16.000 personnes d’après les enquêtes de victimation réalisées par Éric Debarbieux ? (0,8% des 410 241 personnels du second degré[1] = 3.281 et 3,6 % de 353 726 = 12.724 personnels du premier degré).[2]

 

 
Curieusement en France, les arrêts de travail pour accident de travail ou maladie professionnelle sont exceptionnels y compris hors service public : 10 sur 300 consultations pour « souffrance au travail » dans une consultation spécialisée en pathologies professionnelles. 

Dans nos recherches avec des critères restrictifs nous arrivons au chiffre de 3%, chiffre trois fois plus faible que la moyenne européenne. Or 3% représente quand même 24.000 personnes à l’Éducation Nationale.

 


[1] DEBARBIEUX, É. MOIGNARD, B. HAMCHAOUI, K. Enquête de victimation et climat scolaire auprès des personnels du second degré ; Février 2013 ; 18 114 personnes interrogées (France métropolitaine et DOM-TOM).

[2] Enquête nationale de victimation et climat scolaire auprès des personnels de l’école maternelle et élémentaire, Observatoire international de la violence à l’école, université Paris-Est-Créteil 2012).



[1] ANAGRAM : Application NAtionale de Gestion des Rentes, Accidents du travail et Maladies professionnelles.

 

Rares (quelques centaines sur 15.000 demandes en 12 ans) sont les enseignants à avoir contacté notre association pour une agression physique. Les incivilités comme les insultes verbales sont les plus courantes de la part des élèves, les enseignants étant aisément qualifiés de tous les mots les plus vulgaires qui soient dans certains établissements, sans qu’il leur soit réellement possible de trouver une parade efficace pour mettre fin à cette situation dégradante.

 

Parmi les agressions physiques volontaires provenant des élèves, ou de leurs parents, on relève dans les témoignages qui nous sont parvenus :

-          Les jets de stylos, de gomme, de boulettes de papier en classe, vers le tableau, pour tenter de toucher l’enseignant ;

-          Les jets de gaz lacrymogène ;

-          Le « poussage » dans un escalier ou le croc-en-jambe, lors d’un déplacement groupé, à l’occasion d’une interclasse ou d’une récréation lorsque toutes les classes sortent en même temps ;

-          Les coups de poing, relativement rares (plus fréquents chez les professeurs des écoles, provenant de parents d’élèves excessifs) ;

-          Les menaces de porter une gifle, sous le regard moqueur des autres élèves ;

 

-          Les coups de couteau ou de cutter (qui relèvent de l’événement grave à caractère exceptionnel, deux enseignants en ont été victimes sur 6 000 témoignages).

 

Les agressions physiques plus fréquentes avec leurs effets psychologiques sont indirectes, sous forme d’une atteinte aux biens de l’enseignant :

-          Voiture rayée avec un objet métallique ;

-          Un ou plusieurs pneus crevés ;

-          Pare-brise abîmé ;

-          Vol de clés ou d’affaires personnelles ;

-          Dégradations en salle de classe ;

-          Appels téléphoniques anonymes ;

-          Dépôts d’ordures dans leur boîte aux lettres ou devant chez eux quand les élèves animés de mauvaises intentions connaissent l’adresse de l’enseignant auquel « ils en veulent ».

 

Une récente étude de Georges FOTINOS et Eric DEBARBIEUX [1] sur la violence scolaire à l’Ecole (septembre 2012) dresse un certain nombre d’indicateurs de victimation des personnels enseignants :

« - La violence verbale : insultes, menaces, menaces avec armes, cyber-violence ;

- La violence physique : coups, blessures, blessures avec armes;

- Les vols et dommages aux biens : vol d’objet personnel, vol d’argent, vol de véhicule, dégradation du véhicule;

- Le harcèlement et les violences symboliques : harcèlement, homophobie, sexisme, racisme, ostracisme. »

 

Sur un échantillon de 11 820 personnes qui ont répondu à cette enquête  (enseignants, directeurs, rééducateurs, psychologues, et conseillers pédagogiques) « la priorité vient aux violences verbales : injures (35,8%) mais aussi menaces (17,1%), vol (12,3%) puis aux violences physiques banales (bousculades, 5,6%) ou plus sérieuses (coups, 3,6%). Les faits très graves sont rares : si 0,04% (5 cas) des répondants disent avoir été blessés avec une arme, encore est-ce le cas une seule fois par un pistolet à billes, et 1 fois par une arme à feu, les deux autres cas étant avec un objet contondant ».

 

Les témoignages qui nous ont parvenus méritent attention, pour mieux comprendre ce que peut ressentir un enseignant mis ainsi en difficulté :

 

Jean-Denis, 50 ans, enseignant de Technologie en collège depuis 22 ans, a subi des agressions répétées qui se sont ajoutées à une kyrielle de motifs d’insatisfaction au travail :

 

« Incivilités de la part des élèves, manque de reconnaissance de l’institution, changement de programmes fréquents en Technologie, conditions de travail dégradées, impression de ne pas faire le même métier que les collègues de mathématiques, de français…

-Etre obligé de demander des moyens (ordinateurs, machines, outils, maquettes…) pour appliquer les programmes, sans avoir les conditions pour les mettre en oeuvre correctement (groupes classe allégés, salle de cours adaptée…). Le manque de prise en compte de la bonne volonté et du dévouement des professeurs, ainsi que leur infantilisation …

-Actuellement, 11è et dernier échelon de la classe normale à 50 ans, donc 12 ans (si tout va bien) sans aucune perspective d’évolution de carrière avant la retraite,

-Insulté au début 2010, menacé en 2012, agressé en 2013… Je me demande à quoi je sers, ce que je fais là… Je suis en accident de service depuis trois mois, je suis suivi par un psychothérapeute, (j’ai commencé à le consulter en 2008 suite aux insultes). J’ai vu le médecin conseil du département et le médecin expert psychiatrique … Je ne me sens pas du tout capable de reprendre mes fonctions… »

 

Marie-Agnès, 56 ans, enseignante de Lettres en collège pendant 25 ans, puis en disponibilité depuis 5 ans, a peur de ré-enseigner :

« En disponibilité depuis 5 ans, j'ai demandé une réintégration en septembre car je ne vis plus de mes activités freelance. J'ai très peur de reprendre car j'ai été victime d'une agression physique quand j'enseignais. Je voudrais essayer de changer de voie, mais ma dispo me bloque. Je ne sais donc plus trop quoi faire, aidez-moi ! »

 

Henri, 35 ans, professeur d’EPS par vocation depuis 12 ans, se sent en « réelle souffrance » dans ses conditions de travail :

 

« Je suis professeur d'EPS depuis 11 ans maintenant, dont 7 ans passés en tant que TZR dans les quartiers nord de l’académie de Créteil, et je termine cette année ma 4e année en poste fixe.
Le choix de l'enseignement a été pour moi une véritable vocation. Malgré ça, je cherche néanmoins à me reconvertir car les conditions de travail sont très difficiles, et les conditions d'enseignement se sont beaucoup dégradées. Je suis actuellement en réelle souffrance, face à une population d'élèves de plus en plus problématique et violente, ayant été récemment victime d’une agression qui m’a déstabilisé. Je n’imagine plus faire ce métier, car je n’ai reçu aucun soutien de ma hiérarchie, aucune aide, juste le conseil de « déposer une main courante », j’attendais mieux ! »

 



[1] DEBARBIEUX Eric, FOTINOS Georges, L’Ecole entre bonheur et ras-le-bol. Enquête de victimation et climat scolaire auprès des personnels de l’école maternelle et élémentaire. Observatoire International de la Violence à l’Ecole. Université Paris-Est Créteil. Septembre 2012. 76 p.