Chaque ministre commande un comportement différent de la hiérarchie. C'est perturbant pour les professeurs.


NOS ANCIENS ADHERENTS ONT TOUS ENSEIGNE, ET PEUVENT VOUS AIDER SELON LEUR NOUVELLE PROFESSION: COACH, PSYCHOTHERAPEUTE, SOPHROLOGUE, etc.


Un supérieur hiérarchique exigeant est rapidement assimilé à un harceleur par la personne qui doit lui obéir, selon la manière dont il exerce son autorité. L’enseignant est par nature autonome, maître dans sa classe, indépendant, et se sent libre de toute entrave. Il ne considère pas le chef d’établissement comme son supérieur hiérarchique, et l’inspecteur n’est que son évaluateur ponctuel, éloigné. De cette situation proviennent de nombreux malentendus.

 

Toute relation hiérarchique qui exige de l’enseignant un comportement ou un travail qu’il fournit imparfaitement est très mal perçue, car l’enseignant accepte parfois difficilement une relation d’autorité, puisque, de par son métier, l’autorité en classe, c’est lui. Les enseignants sont parfois exposés à  des chefs d’établissement qui manquent de pédagogie dans leurs relations humaines, 10% environ dans ce cas d’après tous les témoignages qui sont parvenus depuis 7 ans à Aide aux Profs.

 

Où commence le harcèlement ? Comment s’exerce-t-il ? L’évaluation en sera différente selon la personnalité de chacun, ce qui en rend l’identification malaisée. Cela peut expliquer que l’administration éprouve des difficultés à aborder cette problématique. Pour tout professeur il est important d'abord d'étudier sa relation aux autres, de travailler son développement personnel via un coach par exemple. 

 

Les enseignants, dès leur entrée dans le métier, espèrent être reconnus pour leurs compétences. Leur enthousiasme au travail est lié à la régularité de leurs inspections. Ils se plaignent souvent des exigences de leur IEN ou IA-IPR, et des remontrances de leur chef  d’établissement :

 

Muriel, 27 ans, professeur des écoles depuis 4 ans à plein temps, ressent une accumulation de contrariétés :

« Ma carrière comprend 1 an en SEGPA (de la 6e à la 3e), et 3 ans comme Brigade Formation Continue (de la Petite Section au CM2),  sur tout mon département.

Voilà mes motivations à quitter l’EN :

 

1) Des débuts difficiles dans l’EN qui persistent :

• Attribution de mon 1er poste plus d’un mois après la rentrée.

• Refus à plusieurs reprises de payer des heures supplémentaires effectuées.

• Plus de 2 ans de retard sur la 1re inspection, ce qui me pénalise pour l’obtention d’un poste.

 

2) Des conditions de travail qui se dégradent :

• Classes difficiles, élèves non motivés, irrespectueux.

• Pas de retour positif des passages effectués dans les classes.

• Peu ou pas de soutien de la part des équipes et de la hiérarchie.

Harcèlement, diffamation de la part de collègues, de supérieurs ou de parents, insultes de la part de certains élèves.

• Intrusions trop importantes, mépris et manque de respect par certains parents ou élèves quant au travail et à la gestion de classe.

Propos désobligeants tenus par la hiérarchie quant à notre flexibilité (« taillables et corvéables à merci »).

3) Peu de perspectives d’obtenir un poste « correct » (respectant critères géographiques, pédagogiques) et faible évolution possible.

4) Difficulté d’envisager un retour sur un poste classique (plus de travail et salaire moindre).

5) Sentiment de ne pas être à sa place et difficultés à adhérer aux évolutions imposées à travers les réformes. (Perte de sens de notre mission, surcroît de tâches administratives et multiplications des évaluations des élèves). »

 

Christelle, 33 ans, professeur des écoles depuis 10 ans, regrette le comportement absurde de l’administration :

« Je sais aujourd'hui ce dont je ne veux plus :

- un métier qui me prend tout mon temps "libre", qui m'occupe l'esprit en permanence et m'empêche d'être véritablement présente pour les miens (ce sentiment est d'autant plus présent depuis les naissances successives de mes enfants) ;

- la non-reconnaissance de la hiérarchie, l'incompréhension dans laquelle on évolue et surtout l'absurdité dans laquelle l'administration nous place en permanence ainsi que le manque de crédibilité que cela engendre ;

- l'impression de travailler pour rien, de se battre contre des moulins à vents (on aide les élèves, on les fait progresser et après plus rien, pas de moyens, pas de structures pour ceux qui en auraient besoin...) ».

 

Solène, 38 ans, PLP Lettres-Anglais depuis 6 ans, enseigne depuis 15 ans, et se sent découragée par les remarques de son inspectrice, et le contexte anxiogène de son lieu de travail :

« J’ai commencé ma carrière en faisant des remplacements dans ma région d’affectation, qui comprend six départements.

Entre 1996 et 2005, année d’obtention du concours, j’ai effectué des suppléances dans plus de quinze établissements. Je n’ai pas l’impression d’être reconnue par l’éducation Nationale et ce, en réfléchissant bien, depuis le tout début de ma vie professionnelle dans l’enseignement. J’ai passé le CAPES au moins quatre fois sans succès tout en travaillant comme remplaçante et sans réelle motivation au fur et à mesure des échecs successifs. En France, en tant que « suppléante » ou « remplaçante », le salaire n’était pas si valorisant. Aujourd’hui, après avoir enseigné pendant près de quinze ans, il faut « taper des poings sur la table» pour finalement obtenir des dixièmes de points à la note administrative, je n’aborderai pas la note pédagogique. Me propose-t-on une réelle évolution de carrière ?

Les remarques faites par Madame l’Inspectrice lors de ma dernière inspection ne sont pas encourageantes. Les questions que je lui pose lors de sa visite pour une inspection restent sans réponse. Pour couronner le tout, l’entretien est plus qu’écourté puisque l’inspectrice m’annonce qu’elle est pressée !! L’entretien dure entre vingt et trente minutes. J’ai la vive impression qu’elle est venue avec « une idée toute faite » sur ma séance, le dialogue ne s’instaure pas, reste à sens unique. Je suis même sceptique par rapport à l’aspect neutre de la direction de mon école qui elle aussi, subit l’influence des bruits de couloirs, de la médisance ambiante et de la méchanceté gratuite, du manque de professionnalisme dans l’équipe des adjoints au directeur de mon établissement. Dans mon lycée, en effet, la pression est difficile à supporter, le climat de travail entre collègues est tendu, malsain, toxique, énergivore. Les personnalités sont très contrastées, étonnantes, explosives. Les élèves sont difficiles et passifs. Ma vie professionnelle est devenue insupportable, pénible à cause des dysfonctionnements de l’établissement dans lequel je me trouve. »

 

Geneviève, 40 ans, agrégée de Lettres Modernes et enseignante en CPGE [1] depuis 14 ans, a été découragée par une inspection :

« Dans l'absolu, j'aime enseigner, mais je suis lassée de mon public. Je crois que le rapport au groupe "classe" m'est devenu insupportable, notamment à cause du trop grand nombre d'élèves, des trop nombreux problèmes et du manque de moyens pour les résoudre. J'envisage aussi bien d'enseigner à un autre public que de me reconvertir dans un domaine différent de l'enseignement. La CPGE représente trop de pression pour moi. J'ai eu une inspection dans ce sens qui m'a découragée. »

 

Emma, 42 ans, est Conseillère Principale d’Education (CPE) depuis 10 ans, et se sent harcelée moralement depuis 7 ans par son chef d’établissement :

« J'exerce depuis 10 ans dans un lycée dans l’académie de (…) en temps que CPE. Je subis depuis 7 ans un harcèlement au travail de la part du chef d'établissement qui rencontre des difficultés relationnelles graves avec d’autres personnels de son établissement. En peu d’années, plusieurs proviseurs adjoints successifs ont dû quitter le lycée sous la pression de ce chef. Une enquête administrative commandée par le recteur a été réalisée, mais n'a apporté aucun soutien aux personnels victimes de ses agissements. On m’a juste proposé de me déplacer dans un autre établissement (en délégation rectorale). Je suis saturée par

l'institution scolaire! Le déplacement en lui-même ne m'intéresse pas. Je souhaite profiter de cette situation pour rebondir et non plus subir. Mais comment négocier mon départ. Et quand ? »

 

William, 55 ans, est agrégé de SVT depuis 30 ans. Malgré son ancienneté et son expérience, il ne supporte pas d’être désavoué dans ses compétences par son inspecteur :

 

«Totalement saturé par ce métier pour lequel j'ai beaucoup donné, le déclic a été ma dernière inspection par une personne ayant pour seul but d'imposer une "nouvelle pédagogie" sans jamais tenir compte ni respecter l'expérience professionnelle acquise par 30 années de carrière, et alors que j’ai  toujours obtenu une bonne évaluation par ses prédécesseurs. Mon but est de retrouver une motivation dans une activité qui me convient, mais laquelle ?? Que sait-on faire d'autre quand on est prof ?? »



[1] Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles