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Fin de la co-gestion et de la puissance syndicale


Les commissions paritaires (CAPA et CAPN) perdront tout pouvoir pour les mutations et les promotions des  adhérents des syndicats à compter du 1er janvier 2021.

 

C'est donc la dernière année civile où il demeure intéressant, pour ceux qui ne militent pas dans un syndicat, de se syndiquer pour obtenir un coup de pouce pour sa mutation ou sa promotion.

 

La fin de la co-gestion administration/syndicats libère les services RH des académies en leur redonnant beaucoup de temps, puisque ces commissions étaient parfois interminables.

 

Les syndicats ont toujours été opposés à tout mérite, et seule l'ancienneté devait prévaloir, ce qui a pu écoeurer plus d'un professeur non syndiqué qui malgré de très bonnes appréciations de son chef d'établissement, de son inspecteur et de son recteur, n'obtenait aucune promotion, puisqu'un syndicat présent à la CAPA l'en avait écarté pour un professeur sans autre mérite que d'être passé à l'ancienneté.

 

Ainsi est restaurée une égalité entre syndiqués, s'ils le restent, et non syndiqués: c'est l'administration qui, ayant décrété son barème, et ayant recueilli les appréciations des supérieurs hiérarchiques, ne changera plus rien en commission.

 

Pour ce qui est des mutations, le véritable bastion des syndicats, qui mobilise les trois-quarts de leurs forces militantes, elles pourraient bien disparaître elles aussi avec le recrutement de professeurs sur postes à profil de plus en plus nombreux.

 

Pour beaucoup de professeurs malheureux lors de leur mutation, ce serait enfin un très gros avantage, puisque l'accroissement des postes à profil permettra:

 

- de privilégier les compétences professionnelles et la qualité de l'investissement au travail sur tout autre critère, évitant les N bidouillages (Pacs par exemple) pour avoir un meilleur barème de mutation.

 

- de postuler à l'autre bout de la France vers sa commune ou son département préféré sans s'encombrer d'un barème complexe et de X années d'attente désespérante. 

 

- d'encourager les professeurs à se former tout au long de la vie, à s'investir, à travailler en équipe

 

- aux responsables des établissements de choisir leurs équipes, et de créer normalement au sein de leur collège et leur lycée un bon climat, puisqu'ils auront sélectionné eux mêmes les profils de compétences et les personnalités qu'ils souhaitent voir travailler ensemble. Cela mettra fin aux baronnies conçues par des professeurs installés depuis des décennies dans le même établissement, leur laissant penser qu'ils en étaient indéracinables.

 

- une vraie flexibilité et de véritables secondes carrières en mobilité interne grâce à la diversité des compétences attendues sur les postes qui seront proposés à la mutation

 

- de redonner de l'attractivité au métier de professeur, car bon nombre de cadres du privé verront dans ces postes d'un genre nouveau, postes à  profil, l'occasion de réinvestir un certain nombre de leurs compétences

 

Malgré la bourrasque de la contestation jusqu'ici, le socle du géant Education nationale n'a pas bougé, il est resté dressé, fier, bien campé sur ses pieds, conservant la même ligne de conduite, juste tempérée par un zeste de GRH de proximité, conservant ses tableaux Excel de pilotage des masses, sans se laisser perturber par tous ces professeurs qui souffrent derrière lui, puisque la GRH de proximité commence à mettre en place une batterie d'outils et de moyens pour les aider.

 

Beaucoup de professeurs l'ont bien compris: la porte de sortie est derrière.

 

Ceux qui ne veulent pas s'adapter à cette modernisation gigantesque seront remplacés à leur départ par des dizaines de milliers de contractuels, malchanceux aux concours, qui trouveront dans les contrats de 2 à 6 ans de la loi Dussopt de quoi éviter la précarité du chômage puisque les allocations seront de plus en plus dégressives.

 

Les professeurs contractuels prendront ce métier comme une transition professionnelle dans un parcours plus varié qu'autrefois. Ils ne resteront pas souffrir dans ce métier d'autant plus que les pensions nées de la réforme des retraites de juin 2020 ne seront pas du tout favorables, précaires, même. Il sera bien plus judicieux de rester seulement 5 à 10 ans enseigner, pour espérer une bonne pension après 44 ans d'activité. 

 

Peut-être que ce grand bouleversement entraînera-t-il un rajeunissement des professeurs, avec de plus en plus de jeunes, et de moins en moins de professeurs âgés, désabusés, frustrés, aigris, et inemployables ailleurs après 55 ans, comme bon nombre de salariés du privé au même moment.

 

Il semble que le million de professeurs de l'Education nationale ait été conçu pour servir de levier de réduction du chômage, tout en réalisant de nombreuses économies sur les pensions de retraite des futurs professeurs puisque le nombre de contractuels sera rapidement plus important que le nombre de fonctionnaires, puisque 60% d'entre eux seront partis d'ici 2045, dans 4 à 5 quinquennats. C'est presque demain.

 

Une nouvelle Education Nationale est En Marche.

 

De manière accélérée, spectaculaire, inégalée, réalisée d'une main de maître par un Ministre qui connaît parfaitement les compétences sur lesquelles compter, alors que ses prédécesseurs ne touchaient pas aux RH ni au fonctionnement, de crainte de s'attirer les foudres des syndicats.

 

Assurément, c'est un changement complet de paradigme qui se réalise à compter de 2020. Aucun retour en arrière ne sera souhaitable, car le meilleur est devant. Ce changement, c'est enfin l'assurance de vraies secondes carrières pour les professeurs, alors que bon nombre de syndicats y étaient jusqu'ici opposés, de crainte de perdre...leurs adhérents...

 

C'est à chaque fois la raison qui nous a été opposée par les différents syndicats que nous avons eu à rencontrer depuis 2009. Une forme molle de demande de secondes carrières, toujours conçues comme temporaires, de crainte "d'ouvrir le robinet trop grand", et de perdre en puissance syndicale.

 

Le 9 juillet 2019 a été pris un arrêté qui réduit les décharges syndicales pour les rentrées 2020 et 2021, et il est facile d'anticiper qu'aux prochaines élections professionnelles, si les mouvements de mutation disparaissent au profit d'un recrutement sur profil par les chefs d'établissement, on assiste à une chute brutale des moyens en décharge accordés par l'Education nationale à tous les syndicats. 

 

La prochaine bataille syndicale ne sera pas dans la rue, au-delà de défendre la réforme des retraites, mais entre syndicats, et au sein même des appareils entre militants, pour tenter de conserver les moyens de fonctionner sur le terrain. C'est peut-être le moment, pour les militants de base et élus en commissions paritaires, de commencer à songer à leur reconversion, eux aussi...


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