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Professeur des écoles en souffrance


La souffrance au travail fait partie intégrante du métier de professeur. Elle est partout: face aux élèves, face aux exigences des parents, et dans les injonctions multiples d'une hiérarchie de plus en plus oppressante...

 

 

 

 

TEMOIGNAGE d'une professeur des écoles à mi-chemin de sa carrière, qui nous a contactés pour démissionner. Ils sont de plus en plus nombreux à réaliser cette démarche.

 

AIDE AUX PROFS:

Si vous êtes professeur actuellement, vous sentez-vous en difficulté(s), et de quelle nature ? Expliquez-nous en les raisons. 

 

FUTURE ADHERENTE:

Je suis en arrêt maladie pour burn out, ce n'est pas la première fois.

 

La gestion d'une classe de 30 élèves est devenue épuisante pour moi. J'y allais à reculons les derniers mois et sans aucun entrain. J'ai fait de nombreuses formations en communication non violente, car je ne suis pas en accord avec notre mode de communication et notre mode d'éducation. J'ai fait beaucoup d'efforts pour rester dans le cadre qui nous est imposé; mais je ne m'y retrouve plus. Le bienveillance est une valeur fondamentale pour moi, et cela me semble difficile de la respecter au quotidien, avec des classes surchargées et des élèves parfois très agités.

 

j'ai fait une demande de congé longue maladie, qui m'a été refusée. Je m'apprête donc à faire un recours. En effet, je n'envisage pas de reprendre dans une classe. Je souhaite maintenant me reconvertir.

 

J'ai encore des symptômes du burn out : épuisement physique, douleurs dans les épaules, insomnies. je ne suis plus en état physique et psychique pour gérer une classe."

 

Voilà comment la GRH de l'EN traite parfois les demandes de professeurs en épuisement: en leur refusant l'octroi d'un CLM, car elle manque de professeurs, et pense que certains professeurs "jouent la comédie".

 

Notre association qui existe depuis 13 ans est bien placée pour savoir que, de toute la France, dans toutes les académies, existe cette souffrance indicible qui pourrit la vie de certains professeurs, selon leur affectation.

 

 

La souffrance au travail fait partie intégrante du métier de professeur. Elle est partout: face aux élèves, face aux exigences des parents, et dans les injonctions multiples d'une hiérarchie de plus en plus oppressante...

 

Il est important de savoir qu'une fois devenu fonctionnaire, l'administration qui manque de professeurs invoque des nécessités de service pour empêcher ceux qui veulent repartir, de rebondir ailleurs, même s'ils n'en peuvent plus et estiment s'être trompés de métier.

 

Cette Gestion des Ressources Humaines complètement à côté de la plaque, irrespectueuse des besoins et des attentes réels des professeurs, nuit profondément à l'attractivité du métier de professeur.

 

Un métier dont on vous empêche de partir, ou dont vous laisse partir en multipliant les démarches administratives par des lenteurs incompréhensibles, est ni plus ni moins une prison.

 

Il faut en finir avec cette GRH qui n'en est pas une.

 

AIDE AUX PROFS, qui a multiplié les démarches depuis 2006 envers de hauts fonctionnaires de l'Education nationale en position décisionnelle, et dont l'action a été félicitée par Jean-Michel BLANQUER lors de notre 3e colloque le 15 juin 2016 et dans son ouvrage "L'école de demain", espère que la GRH de proximité tiendra ses promesses, mais tous les signes actuels qui nous parviennent de son organisation montrent déjà que beaucoup d'aspects ont été éludés, comme la toxicité managériale de certains inspecteurs et chefs d'établissement que la technostructure se refuse à "lâcher", à désavouer.

 

En 2011 nous avions donné une grande interview à l'AEF sur une nécessaire "évaluation remontante", pour que certains inspecteurs, IEN et IA-IPR, et certains chefs d'établissement, ne se croient pas tout permis en matière managériale. Nous ne comptons plus les témoignages de professeurs brisés psychologiquement, par des personnes investies d'un puissant pouvoir, et qui en usent, et parfois an abusent, protégés par leur hiérarchie contre vents et marées.

 

Le métier de professeur est devenu celui d'un exécutant soumis, impuissant face à une hiérarchie qui aura toujours raison, et lui donnera toujours tort.

 

Il faut beaucoup de passion pour sa discipline et un véritable esprit de sacerdoce pour enseigner 44 ans, 7 ans de plus qu'avant 2003.

 

Pour cette raison, si la GRH de proximité ne change rien aux pratiques managériales de l'Education nationale, si les hauts fonctionnaires toxiques ne sont pas sanctionnés chaque fois qu'un faisceau de preuves et de témoignages permet de prouver des abus d'autorité, comme le harcèlement moral très difficile à prouver pour les victimes, le turn-over ne fera que croître dans les années qui viennent, puisque le taux de chômage des cadres se réduit, que de nombreux métiers de cadres sont en tension, et que les départs en retraite sur 2017-2022 sont trois fois plus importants que sur 2012-2017, tandis que ceux de 2022-2027 et 2027-2032 seront 50% plus importants que la période 2017-2022.

 

On voit difficilement comment l'Education nationale pourrait laisser perdurer le mode de management avec lequel elle a véritablement asservi les professeurs depuis plus de 20 ans, en réduisant progressivement l'attractivité de ce métier, par cette seule action collective.

 


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