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Prévention des suicides et GRH de proximité: est-ce compatible ?


En octobre 2013 Rémi BOYER et José-Marion HORENSTEIN avaient publié un cri d'alarme avec "Souffrir d'enseigner...Faut-il rester ou partir ?" pour alerter sur les pratiques managériales autoritaristes de certains cadres de l'Education nationale, investis de tous les pouvoirs, et qui se protègent entre eux à la moindre erreur de l'un d'entre eux.

 

Comment assurer une prévention des Risques Psycho-Sociaux dans un environnement aussi rigide qu'est l'Education nationale en matière managériale ?

 

Comment garantir la sécurité des personnels en situation de soumission hiérarchique, lorsque l'autorité n'est pas bienveillante ?

 

Quelles mesures instaurer pour éviter que se produisent des suicides comme celui du 21 septembre 2019 dans les murs de l'Ecole, pour bien marquer que l'origine du problème n'est pas personnel, mais bien professionnel ?

 

Comment éviter que se répète ce qui vient de se dérouler ?

 

AIDE AUX PROFS avait proposé en 2011 dans une grande interview à l'AEF un procédé "d'évaluation remontante", qui consisterait à créer une agence indépendante chargée de recevoir les plaintes des personnels qui s'estiment harcelés ou traités trop durement par leur hiérarchie proche ou lointaine.

 

Le problème actuel est que le système des médiateurs ne fonctionne pas bien autant qu'on veut bien le dire. Les médiateurs sont tous d'anciens chefs d'établissement ou IEN ou IA-IPR placés là en fin de carrière, pour leurs dernières années. Etant donné le système de protection mutuelle qui existe au sein des corps de hauts fonctionnaires, aucun médiateur ne va se risquer à mettre en cause un haut fonctionnaire. Le problème se règle autrement, à bas bruit, administrativement. Mais les personnes ne sont jamais inquiétées.

 

Alors cette GRH de proximité, que peut-elle être dans un contexte où la hiérarchie a toujours raison, impose son pouvoir parfois avec excès, entre humiliations verbales, mutations forcées, pressions multiples et variées ?

 

L'Education nationale est à ce niveau dans une impasse.

 

Soit elle décide enfin de fixer des limites à ses hauts fonctionnaires en encadrant strictement leurs prérogatives, en sanctionnant "celles et ceux qui vont trop loin", avant que ne se produisent les suicides de professeurs ou autres personnels, soit elle prendre régulièrement ce risque que se produisent de nouveaux suicides, du fait de l'autoritarisme assumé de certains.

 

C'est tout le modèle de management vs Education Nationale qui est à repenser. Les hauts fonctionnaires n'y sont pas prêts, puisque chacune de ceux qui passe les concours pour "grimper" envie le pouvoir de ses supérieurs, pour l'exercer un jour à son tour.

 

L'attractivité du métier de professeur est étroitement liée à ces excès d'autoritarisme.

 

D'où viendra le changement ?

 

De la GRH de proximité ?

 

Le seul changement apparu depuis 18 mois, est que les DRH sont devenus des "DRH de proximité", que les DASEN sont devenus des "DASEN de proximité", et que les référents de proximité chargés d'accueillir les professeurs dans leurs demandes, sont recrutés vers d'autres ministères ou parmi des chefs d'établissement ou des inspecteurs.

 

La GRH de proximité s'est complètement trompée de direction à ce niveau. Les professeurs resteront encore les incompris d'un système qui se refuse à changer. Les référents de proximité sont peu nombreux à avoir enseigné, et à connaître ce que c'est d'avoir mal au ventre avant d'entrer en classe, ce que c'est de se sentir humilié par un inspecteur, ce que c'est d'être mis sous pression par leur chef d'établissement. 

 

Le pire, dans cette problématique, est que bon nombre de hauts fonctionnaires autoritaristes sont d'anciens professeurs, auxquels le système a appris qu'ils détenaient un pouvoir psychologique puissant, les autorisant à l'utiliser pour se faire respecter.

 

LES SUICIDES DANS L'EDUCATION NATIONALE

 

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