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Profs peu écoutés par leurs élèves ?



L'enquête Talis compare entre eux les pays de l'Union européenne et outre-Atlantique dans le savoir-faire des professeurs à se faire obéir par leurs élèves en classe. Les professeurs français seraient parmi les derniers de la classe.

 

Comment l'expliquer selon nous ?

 

Première distorsion française:

Depuis plus de 20 ans la formation met l'accent sur les savoirs académiques avec une exigence telle lors des concours de recrutement, que le niveau universitaire requis - comme si 100% des lauréats allaient être affectés ensuite en classes prépa ou en université, ce qui ne sera en fait le cas pour à peine quelques % d'entre eux - est à des lieues du niveau réel des élèves qui leur seront confiés. 

 

Deuxième distorsion française:

Les professeurs et formateurs des IUFM puis ESPE ont pour beaucoup complètement oublié ce qu'était un élève d'école, de collège, de lycée. Trop sont affectés à plein temps, et sont complètement déconnectés des réalités qu'affronteront - qu'endureront - ces étudiants et salariés en reconversion qu'ils gavent de didactique et d'épistémologie de leur discipline dont l'utilité est vraiment discutable face à des classes de 30 énergumènes souvent agités, bavards, dont les centres d'intérêts sont bien plus les jeux vidéos et les réseaux sociaux que les savoirs classiques qui continuent d'être enseignés dans leur scolarité. Les professeurs ne sont pas formés à la gestion de classe, aux techniques pour se faire obéir par des professeurs de terrain, pas formés non plus à la psychologie de l'enfant et de l'adolescent, pas formés non plus au développement personnel de soi pour savoir se détacher de son métier régulièrement au lieu de s'empoisonner la vie avec les mille et une tensions que chacun peut y subir. Il n'existe pas d'aide au développement personnel dans l'Education nationale, qui s'en méfie. Le système est plus dans l'autoritarisme, l'obéissance absolue, la soumission, qui ont fait leurs preuves sous Charlemagne ou tout au long du Moyen-Age et des temps Modernes, ou sous certaines dictatures, que dans la bienveillance et le savoir établir un véritable bien-être au travail pour tous les personnels. Que de souffrances au travail, partout, dans toutes les académies, dans plus de 15.000 établissements à ce jour, comme en ont témoigné 16.000 professeurs venus nous la confier, à ce jour.

 

Troisième distorsion française:

La hiérarchie soutient en général mal ses professeurs lorsque les parents se plaignent, et la parole de l'élève est bien souvent mise au-dessus de la parole du professeur. Depuis le début des années 2000 s'est produite une sérieuse dégradation du pouvoir du professeur à se faire respecter en classe, avec une secrétaire d'Etat début 2000 qui avait cru bon interdire le zéro et les lignes à copier, laissant peu de moyens de pression aux professeurs autre qu'un supposé charisme inné. Que d'inspecteurs et de chefs d'établissement culpabilisants vis-à-vis de jeunes, rapidement détruits psychologiquement plus par le manque de reconnaissance et de soutien de leur hiérarchie que par les incivilités de leurs élèves. De la hiérarchie, le professeur du 21e siècle attend autre chose qu'on lui enfonce un peu plus la tête sous l'eau.

 

Quatrième distorsion française:

Lorsqu'un professeur en a assez d'enseigner, parce qu'il n'arrive pas à faire face, l'Education nationale l'empêche de partir en cours d'années scolaire. Ce n'est pas ce que l'on attend, diplômé d'un Master, d'un système comme l'Education nationale. Les cadres A que sont les professeurs sont en fait traités, gérés, comme des personnels de catégorie B: comme des exécutants, infantilisés. Cela ne doit plus continuer. Partout ailleurs, les professeurs posent un préavis d'un mois pour obtenir leur disponibilité ou leur démission, et c'est possible, mais en France, les DRH des académies ne savent pas faire. Les professeurs sont culpabilisés "d'abandonner leurs élèves en cours d'année", et la France préfère que le professeur aille d'un congé de maladie à l'autre plutôt que d'accepter qu'il réussisse rapidement sa reconversion.

 

Cinquième distorsion française:

Le manque de détection en amont des profils psychologiques des candidats aux professorat. La France préfère mettre sur le terrain "tout ce qui lui vient", et remédier aux éventuelles difficultés, avec toute une batterie de congés maladies et d'occupations thérapeutiques et de postes adaptés, que d'agir en amont et de détourner de leur projet des étudiants qui vont tout simplement au casse-pipe étant donné leur sensibilité, leur perfectionnisme, leur manque de confiance en eux ou d'estime de soi.

 

Sixième distorsion française:

Les établissements "siglés" (la France est très inventive depuis 20 ans pour masquer la réalité des conditions de travail dans ses écoles, collèges et lycées pour les futurs professeurs: APV, ZEP, PEP IV, ECLAIR, REP...) sont de plus en plus nombreux, vous en trouverez un tableau récapitulatif par académie ici d'après un bilan établi en 2011 par les services de la DGRH à la demande des députés. Vous saurez ainsi déjà quels départements éviter si vous tentez le concours de professeur des écoles notamment.

 

Les concours les plus faciles donnent lieu à des affectations dans des établissements difficiles, et inversement. Un lauréat de l'agrégation dans le premier quart a de meilleures chances d'accéder aux classes prépa et de bien vivre son métier d'enseignant sans problèmes d'agitation, qu'un certifié ou en professeur des écoles en liste complémentaire qui sera affecté sur plusieurs établissements éloignés les uns des autres, sans formation à l'autorité en classe, avec des conditions de travail susceptibles de le conduire au burnout, à la dépression, ou à la démission en moins de 5 ans.

 

Voilà d'après notre analyse les raisons des piètres résultats de la France dans ce comparatif.

 


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