· 

La loi Dussopt va faciliter les secondes carrières des profs


Adoptée par les députés ce 28 mai 2019, la loi Dussopt va révolutionner la fonction publique et fluidifier les parcours professionnels, notamment chez les professeurs  jusqu'ici massivement empêchés de partir.

 

Pendant plus d'un siècle les professeurs ont été imprégnés d'un système où ils s'engagent pour toute leur vie active, qui s'avère de plus en plus longue, du fait de classes d'âges de plus en plus nombreuses partant en retraite. Sauf à grever de plus en plus l'endettement de l'Etat, ce système ne pouvait perdurer.

 

Depuis 2011 l'Education nationale multipliait les nécessités de service pour les demandes de mi-temps, de temps partiel, de détachement, de disponibilité et même de démission pour tenter de contenir sa masse salariale, sans que les syndicats de professeurs y puissent grand chose, alors qu'elle peine à redonner de l'attractivité sur le long terme au métier de professeur.

 

Là est l'énorme erreur stratégique: vouloir conserver le professeur 44 ans, comme autrefois 37.5 ans, alors que la formation tout au long de la vie a permis à tous les salariés depuis la fin des années 80 d'aspirer à une mobilité tout au long de la vie. 

 

Et les professeurs en étaient écartés. A peine 6% des professeurs font autre chose de leur vie active depuis plus de 150 ans. C'est le seul métier où l'on bouge si peu de toutes les catégories socio-professionnelles, et c'est un métier où la souffrance au travail ne cesse de croître, cherchez l'erreur...

 

Au lieu de considérer que la souffrance au travail est un "moindre mal", la loi Dussopt va permettre à l'Education nationale d'établir progressivement un équilibre entre les professeurs qui choisiront ce métier sous forme de transition professionnelle, par contrat de courte ou moyenne durée, et ceux pour lesquels cela restera une vocation, et qui passeront alors les concours pour être fonctionnaires.

 

Les professeurs qui choisiront d'être contractuels vont dans les années à venir devenir les maîtres du jeu, quoi qu'en disent les syndicats alarmistes qui viennent avec la loi Dussopt de perdre leur pouvoir de cogestion des affectations et des promotions, et qui faisaient que les professeurs mêmes les plus investis n'avaient quasiment pas d'autre choix que de grimper à l'ancienneté, et d'attendre 10 à 15 ans leur demande de mutation vers leur département d'origine.

 

En effet, une personne, étudiante ou salariée en reconversion, qui souhaitera devenir professeur, pourra adopter un tout autre état d'esprit que les générations actuelles qui partent en retraite.

 

Il devient difficile de vieillir dans le métier de professeur alors que les carrières s'allongent et porteront ceux qui ont obtenu leur Master il y a peu et leur concours à près de 70 ans dans 44 ans s'ils restent fonctionnaires. La pénibilité des fins de carrière est une problématique inédite dans l'Education nationale.

 

Avec la loi Dussopt, un plus grand turn-over va pouvoir commencer, avec plus de salariés en transition professionnelle, ce qui fera diminuer le nombre de demandeurs d'emplois des salariés du privé, tentés d'exercer quelques années le temps de retrouver un emploi ailleurs dans leurs compétences. Les parents vont-ils y gagner ? Oui pour ceux intéressés par la diversité des parcours professionnels qui pourra créer des salles des profs de tous horizons avec une grande richesse de points de vue, et non pour ceux qui pensaient que les meilleurs professeurs étaient ceux qui avaient choisi d'exercer à vie le même métier, parfois dans le même établissement.

 

La loi Dussopt est un tsunami, elle va changer l'approche du métier de professeur de toutes les générations à venir. Celles et ceux qui agitent le règne de l'arbitraire de la part de l'administration dans les affectations et les promotions oublient plusieurs réalités:

 

- la Suisse, la Belgique, l'Allemagne, le Royaume-Uni manquent aussi de professeurs, tout comme les pays d'Afrique du Nord, et aussi le Canada, les Etats-Unis. Tous ces pays vont se battre dans les années à venir pour attirer à eux des professeurs... et ce n'est que par une meilleure Gestion de leurs ressources humaines qu'ils y parviendront, car les professeurs qui ne se sentiront pas respectés par un inspecteur, un perdir ou un DRH malveillant, repartiront très vite ailleurs. C'est cela, la bonne nouvelle: les nouvelles générations n'accepteront pas d'être harcelées ou méprisées comme les actuelles qui craignent pour leur poste.

 

- les contrats courts renouvelables vont permettre aux professeurs qui auront opté pour ce système de les rompre à tout moment, pour réaliser la mobilité de leur choix (sans attendre 10 à 15 ans depuis certains départements et académies leur mutation, même en étant syndiqués), en contrant alors les nécessités de service qui sont systématiquement opposées aux titulaires actuellement depuis 2011, privés de leur "droit de disposer d'eux-mêmes" (cf DDHC de 1789).

 

- la pénibilité des fins de carrière constitue pour le métier de professeur une problématique terrible. Les titulaires entrés récemment termineront leur carrière à près de 70 ans pour un pension de retraite à taux plein, et commenceront à souffrir au travail à partir de leurs 60-65 ans en prenant la décision d'amputer leurs dernières années, épuisés en se condamnant comme cela se passe actuellement pour des milliers de professeurs chaque année, à la précarité une fois retraités, malgré leur niveau de Master 2.

 

- les compétences des professeurs vont surpasser l'avancement à l'ancienneté. Certes il pourra survenir de l'arbitraire, mais il deviendra facile de distinguer ceux qui s'investissent beaucoup dans leur métier, de ceux qui font juste le minimum. Nous sommes entrés dans l'ère des compétences, avec des acteurs de la formation professionnelle qui ont pris le pli très vite de la formation aux "softskills" par exemple. Ceux qui s'investissent beaucoup, pourront décider d'aller voir ailleurs si leurs mérites ne sont pas suffisamment reconnus, puisque ce qui sera impératif dans les années à venir pour le MEN, sera d'attirer des professeurs. Pas de les faire fuir.

 

Lorsqu'un inspecteur, un perdir, un cadre d'administration, aura un comportement harcelant, méprisant, humiliant, vis-à-vis des professeurs qu'il a sous sa responsabilité, il y aura un turn-over important, cela deviendra plus visible qu'avant.... Et il sera plus aisé à l'administration de leur appliquer à eux aussi, enfin, l'article 1 de la loi Blanquer qui concerne "les personnels d'éducation", et pas les seuls professeurs.

 

Nous avions invité Jean-Michel BLANQUER à notre 3e colloque le 15 juin 2016 et nous savons maintenant qu'il a bien lu les ouvrages que nous lui avons remis, et notamment tous ces témoignages de souffrances de professeurs dans "Souffrir d'enseigner...Faut-il rester ou partir ?"

 

LOI DUSSOPT, Une révolution

 

Nous sommes toutefois assez dubitatifs pour l'instant sur les chances de succès de la GRH de proximité telle qu'elle se profile, puisqu'elle établit un nouvel étage dans la pyramide du système qui a conduit à cette perte d'attractivité du métier de professeur. Nous plaignons par avance les futurs conseillers de GRH proximité qui seront pris en tenaille entre les professeurs en souffrance sur le terrain, et les comportements de certains IEN, IA-IPR et perdir qui ne voudront pas perdre leur pouvoir de coercition dont certains ont tant usé depuis au moins 20 ans. Nous prédisons un fort turn-over dans ces missions, et rappelons que le turn-over des conseillers mobilité depuis 2009 a été important. Rares ont été les CMC à dépasser 5 ans en poste, certains en sont sortis laminés psychologiquement, en souffrance au travail.

 

C'est une agence indépendante de l'Education nationale qu'il fallait créer, alors que là, cette GRH de proximité va attiser les tensions entre perdir et inspecteurs, chacun y voyant la perte progressive de son pouvoir. La GRH de proximité versus Education nationale va devenir la "guerre des egos".

 

Nous serons très attentifs aux questions de souffrances au travail, et de fluidité des parcours professionnels, et ne manqueront pas de publier nos analyses sur ces questions dans les années à venir.

 


Écrire commentaire

Commentaires: 2
  • #1

    PINAULT (jeudi, 30 mai 2019 12:35)

    Bonjour,
    Le temps partiel de droit pour création d'entreprise supprimé il y a peu de temps sera donc à nouveau possible pour les enseignants ?
    Je suis moins optimiste que vous sur la nouvelle loi, à voir dans le temps...

  • #2

    APRES PROF (samedi, 01 juin 2019 00:42)

    Bonjour
    Rien n'est décidé sur ce point, attendons les décrets d'application de la loi qui devraient être publiés d'ici janvier 2020.
    Cordialement.