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L'article 1 de la Loi Blanquer


Le Sénat a adopté l'article 1 de la loi Blanquer qui repassera bientôt pour un vote définitif devant les Députés.

 

Nous en livrons ici notre analyse, en regard de notre expérience, appuyée par les milliers de témoignages qui nous sont parvenus de professeurs se plaignant de l'autoritarisme de leur inspecteur, ou de leur chef d'établissement, et dans une moindre mesure d'un cadre de leur administration.

 

"L’engagement et l’exemplarité des personnels de l’éducation nationale confortent leur autorité dans la classe et l’établissement et contribuent au lien de confiance qui unit les élèves et leur famille au service public de l’éducation. Ce lien implique le respect des élèves et de leur famille à l’égard des professeurs, de l’ensemble des personnels et de l’institution scolaire".

 

L'engagement: 

C'est une base, un minimum, cela doit faire partie du métier de professeur de s'engager pour la réussite de ses élèves. Cet engagement peut prendre au sein de l'établissement de multiples formes, au-delà du nombre d'heures statutaires d'enseignement. Contribuer à "devoirs faits", à des classes relais, à des projets pédagogiques, des jumelages, des concours, diversifier ainsi sa pédagogie pour motiver les élèves qui lui sont confiés. S'engager aussi dans la vie de l'établissement en participant assidûment aux diverses réunions proposées et destinées à créer un esprit d'équipe, et à éviter les individus isolés, car c'est à partir de là que débutent les difficultés au travail.

 

l'exemplarité des personnels de l'éducation nationale:

Beaucoup y voient - à raison si nous nous basons sur les témoignages des violences psychologiques endurées par certains professeurs du fait de leur hiérarchie ou de leur proche encadrement - un possible flicage de tous leurs faits et gestes. C'est un risque induit par cette expression. De quelle exemplarité s'agira-t-il ? Elle existe déjà d'une certaine façon. Etre un exemple pour ses élèves, toujours en forme et de bonne humeur, savoir établir le cadre nécessaire à leurs apprentissages même dans les contextes les plus complexes. Etre à l'heure pour réaliser ses heures en ayant bien préparé ses séquences, et être conscient que ses éventuels congés maladie font perdre des heures aux élèves car pas tous remplacés. Etre dynamique dans sa pratique pédagogique, en s'investissant sur différents projets si c'est possible. Cette exemplarité existe déjà. L'exemplarité est déjà une exigence des parents d'élèves, plus prégnante dans certains établissements que d'autres.

Ce qui fait peur, c'est la partir extensible induite par l'exemplarité. Dans cet article, l'exemplarité semble pouvoir être illimitée, et être interprétée avec un surcroît d'exigence inédit par les fonctionnaires d'administration, de direction et d'inspection les plus zélés qui soient. Le risque, le voilà. Un risque qui pourra conduire un plus grand nombre de professeurs à la dépression, ou au suicide. 

Il nous paraît donc essentiel que les députés définissent mieux l'exemplarité, et s'ils ne le font pas, qu'une vaste réflexion s'amorce pour que les décrets d'application de la loi, qui doivent déjà être préparés, précisent ce que signifiera concrètement l'exemplarité. Car si c'est la privation de la liberté d'expression, le regain d'attractivité du métier observé dans les admissibilités aux concours de recrutement 2019 pourrait bien n'avoir été qu'un feu de paille.

Ce qui est intéressant dans l'expression, est que ce sont tous les personnels de l'éducation nationale qui sont concernés. Les personnels, ce sont aussi les inspecteurs, les chefs d'établissement, les personnels administratifs. Si chacun est astreint au devoir d'exemplarité dans son comportement, alors c'est un formidable élan de bienveillance les uns envers les autres qui s'amorcerait, mais très honnêtement nous n'y croyons pas une seconde en raison du contenu effroyable des témoignages que nous lisons de temps en temps. Certains inspecteurs et chefs d'établissement semblent indifférents aux dégâts psychologiques qu'ils déclenchent chez des professeurs. C'est cela qui nous inquiète, dans "l'exemplarité" exigée par la loi.

 

confortent leur autorité dans la classe et l’établissement et contribuent au lien de confiance qui unit les élèves et leur famille au service public de l’éducation. Ce lien implique le respect des élèves et de leur famille à l’égard des professeurs, de l’ensemble des personnels et de l’institution scolaire

 

C'est à nos yeux le plus important, le plus positif dans cet article: la restauration de l'autorité du professeur dans ses classes, tant perdue depuis 20 ans avec une profonde dégradation de l'image du professeur, de son métier, de ses conditions de travail. Beaucoup de politiques ont fortement dégradé les conditions d'exercice de ce métier, et l'on pourrait considérer dans cette partie d'article qu'elle est le pendant de "l'engagement et de l'exemplarité": DONNANT-DONNANT.

 

En s'engageant à restaurer l'autorité du professeur dans ses classes, à faire preuve de plus de sévérité vis-à-vis des élèves qui ne respectent plus certains professeurs, et en étant plus sévère vis-à-vis de certains parents d'élèves violents verbalement ou physiquement, l'Education nationale rattrapera 20 ans d'errements en tous genres qui ont conduit à une perte d'attractivité du métier. Car enseigner est un beau métier lorsqu'on peut l'exercer dans le calme, avec des élèves attentifs, travailleurs, intéressés.

 

Alors, cet article de loi ? Nous le trouvons POSITIF, avec le souhait qu'avant la publication du décret d'application s'engage une réflexion sur la notion d'exemplarité, qui devra s'appliquer autant au professeur qu'à sa hiérarchie. Car si l'exemplarité est exigée du professeur, mais pas de ses inspecteurs, chefs d'établissement et DRH, DASEN et recteurs, alors elle sera un formidable échec, avec un risque de perte d'attractivité du métier.

 

Les témoignages des professeurs en difficulté, voire en souffrance au travail, sont des milliers chaque année dans tout le système, mais ne constituent que quelques % de l'effectif global/an.

 

Faut-il pour autant fermer les yeux sur cette réalité ?


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