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Loi Dussopt: une nouvelle donne pour les professeurs


La loi Dussopt est en train d'être étudiée par les parlementaires et déchaîne dans le même temps tous les syndicats qui s'y opposent farouchement: pourquoi ?

 

En prévoyant de dessaisir les syndicats de leur pouvoir de cogestion des affectations (mutations) et des promotions (hors classe, classe exceptionnelle), la loi Dussopt jette un véritable pavé dans la mare, et cela éclabousse très fort ces structures qui ont bâti leur pouvoir d'influence sur cette forme de cogestion en opposition, tout en étant bien obligées à un moment de trouver un terrain d'entente avec les autorités nationales et académiques.

 

Ainsi les syndicats éducatifs ne sont-ils jamais entrés en lutte pour le droit des professeurs à une seconde carrière en proposant des journées d'action pour obtenir plus de possibilités de postes adaptés, plus de postes de seconde carrière hors enseignement, ou pour obtenir des départs possibles en cours d'année scolaire, ou pour obtenir la réduction des nécessités de service qui empoisonnent la vie des professeurs qui souhaitent naturellement dans leur vie de citoyens libres de leurs choix de vie, un temps partiel, un mi-temps, une disponibilité ou une démission.

 

Dans le paysage éducatif, seule l'association Aide aux Profs/Après Prof a nagé à contre-courant pour faire évoluer les mentalités et convaincre de l'importance pour un professeur de changer de métier dans une vie active de plus en plus longue. Nous avons déversé sur le web des milliers d'articles, le Café Pédagogique en conserve une trace importante.

 

Les syndicats ne mobilisent jamais sur ces thèmes, car les professeurs sont leur raison d'exister, de se maintenir financièrement étant donné que militer pour des secondes carrières des professeurs reviendrait à accepter d'avoir moins d'adhérents. C'est totalement impensable pour chaque syndicat souhaitant maintenir le nombre de décharges de ses militants élus. 

 

Alors la loi Dussopt, c'est un tsunami, c'est un séisme de magnitude maximale sur l'échelle de Richter. Seuls les plus créatifs pourront s'en sortir pour ne pas sombrer, lorsque leurs adhérents actuels s'apercevront qu'ils ne peuvent plus grand chose pour eux.

 

C'est ce que cherche le Gouvernement, à n'en pas douter: réduire l'influence de ces syndicats multiples qui freinent voire paralysent toute évolution dans l'Education nationale depuis plusieurs décennies.

 

LREM a trouvé la clé: c'est la loi Dussopt.

 

Cette clé ouvre une autre porte: celle de la mobilité tout au long de l'année des professeurs, celle de leurs secondes carrières, celle de leur mobilité géographique facilitée, celle de la négociation de leur salaire en fonction des employeurs que seront les écoles, les collèges et les lycées.

 

En effet, ce qu'ouvre la loi Dussopt est une nouvelle ère de recrutement: comme chez nos voisins européens, le recrutement pourrait progressivement s'effectuer via le chef d'établissement sans qu'il ait à recruter lui-même directement, avec de plus en plus de professeurs contractuels, qui s'adapteront bien plus que les professeurs actuels ancrés dans leur stabilité (et sclérosés pour une partie d'entre eux dans cette sacro-sainte sécurité à double tranchant), et changeront complètement l'approche du métier d'enseignant. Cela fait peur à certains titulaires actuels, mais c'est un changement profond du métier de professeur qui va s'opérer sur 2 à 4 décennies.

 

Pour les professeurs contractuels, l'obtention de contrats de courte à moyenne durée aura de nombreux avantages, dans une France et même une Europe en pleine pénurie de professeurs, de toutes parts:

 

- la possibilité de réaliser leur migration vers une autre région à tout moment de l'année en rompant leur contrat, sans que rien ne puisse les en empêcher, puisque pas titulaires. 

 

- la possibilité de se réorienter plus ou moins rapidement vers un autre métier, avec beaucoup de facilité avant leurs 45 ans, puisque professeur sera devenu un métier de jeunes, qui auront acquis de nombreuses compétences transversales et transférables.

 

- la possibilité de négocier leur salaire selon ce que proposera l'académie ou le pays en pénurie de professeurs (les Etats-Unis ont déjà proposé des primes de plusieurs milliers de dollars/an en plus du salaire dans certains disciplines).

 

- la possibilité de toucher une allocation chômage puisque pas titulaires d'un concours, ce à quoi les titulaires n'ont pas droit.

 

- la possibilité de trouver à remplacer autant qu'ils le souhaitent tellement l'Europe va manquer de professeurs.

 

- l'inutilité de pousser leurs études jusqu'au Master 2, économisant 2 années d'épuisement garanti et de loyers.

 

- la possibilité d'éviter les établissements difficiles, puisqu'ils pourront rompre leur contrat si les conditions de travail leur paraissent trop difficiles, ce que n'osent pas la majorité des titulaires.

 

L'Education nationale sera obligée dans ce nouveau contexte de repenser totalement sa Gestion des Ressources Humaines, en modifiant le mode de recrutement de ses personnels d'encadrement, pour privilégier leurs savoir-être. Sans cela, la pénurie de professeurs sera-t-elle que l'Education nationale, face à la concurrence que vont se livrer entre eux les pays européens pour attirer vers eux les meilleurs, sera obligée de pré-recruter dès Bac+1, le Ministre le fait déjà via des formations proposées aux Assistants d'Education. Ce n'est pas brader le métier, c'est anticiper, et cela participe du prochain vote de la loi Dussopt.

 

Avec les lois Blanquer et Dussopt s'ouvre une nouvelle ère dans le métier de professeur: celle de la mobilité professionnelle quand vous l'aurez décidé, vers où vous le souhaiterez. Les départs en retraite vont être tellement massifs chez les salariés jusqu'en 2050, tous métiers confondus, que le chômage va se réduire, et vous aurez l'embarras du choix pour transférer vos compétences ailleurs.

 

Le temps de la cogestion syndicale de la "carrière" des professeurs est révolu grâce  à la loi Dussopt. Cette "carrière" ne désignait qu'un passage d'échelon à un autre. Rien de plus, rien de bien motivant pendant 37.5 à 44 ans d'une vie active.

 

La carrière qui se profile avec cette loi sera bien moins monotone, beaucoup plus motivante et gratifiante, à condition d'être motivé, et d'aller de l'avant, sans se laisser enferrer pour la vie dans un statut trop protecteur, et paralysant, au final.

 

LOI DUSSOPT

 

LOI BLANQUER

 


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